Ville de Montréal - Des lacunes dans les contrats de télécommunications

Le vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, a découvert de «graves indices d'irrégularités» dans le dossier des télécommunications, en lien avec deux contrats accordés par la Ville à Telus. Dans son rapport annuel déposé hier soir au conseil municipal, M. Bergeron signale avoir saisi les autorités policières de cette affaire.

Le rapport de plus de 400 pages rendu public peu après 22h hier révèle notamment que la prise en charge du réseau de téléphonie de la Ville par Telus, qui devait prendre la relève de Bell comme fournisseur pour certains services de téléphonie, accusait un retard important même deux ans après l'octroi des contrats.

M. Bergeron évoque le manque de précision des devis et il constate que les contrats accordés ne permettront pas de réaliser les économies espérées de 50 millions de dollars.

Rappelons que le vérificateur général s'était intéressé l'an dernier aux deux contrats décrochés par Telus en janvier 2008, intrigué par la différence importante des prix proposés par deux fournisseurs. La soumission déposée par Telus, qui a obtenu deux des trois contrats de télécommunications, était presque deux fois moins élevée que celle de son concurrent Bell. Pour le contrat de transmission des données, Telus réclamait 47 millions de dollars, contre 83 millions pour Bell.

La chef de l'opposition, Louise Harel, estime que le projet Telus a été «mal évalué, mal planifié, mal divisé, mal préparé». «C'est une catastrophe!», s'est-elle exclamée hier. Concernant l'enquête policière, elle a lancé: «Une de plus!»

Rappelons que ces contrats avaient reçu l'aval de Gilles Parent, l'ex-Chef de projets à la Direction des systèmes d'information (DSI) qui a été congédié en septembre 2008 et qui fait face à des accusations de fraude.

BCIA

Le vérificateur s'est également penché sur le cas de l'agence de sécurité privée BCIA qui fait parler d'elle depuis qu'elle s'est placée sous la protection de la Loi sur la faillite en avril dernier. Cette entreprise effectue depuis 2006 la surveillance du quartier général de la police de la rue Saint-Urbain et assure aussi la sécurité de deux autres immeubles appartenant au SPVM, soit 750, rue de Bonsecours et celui de la DSI, au 2620, boulevard de Saint-Joseph Est.

Dans son rapport, M. Bergeron relate que la firme Sécurité Unique, qui avait obtenu le contrat initial en 2003, l'a par la suite transféré à BCIA. La Ville a tardé à relancer un appel d'offres et le contrat a été prolongé en 2008 sans l'approbation des élus, a-t-il rappelé. Une majoration des tarifs a également été effectuée.

Le vérificateur note que «des dépenses importantes ont été engagées en 2009 pour le gardiennage des édifices sans qu'aucune entente écrite ne vienne préciser les modalités d'exécution des travaux et les conditions de paiement». Il recommande qu'à l'avenir, des recommandations soient au moins prises pour conclure une entente écrite entre les parties.

La firme BCIA ne s'occupe plus de la sécurité du quartier général de la police depuis 17h hier, a fait savoir le responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Claude Trudel, lors de la séance du conseil municipal. C'est désormais Sécur Action qui assume ces responsabilités, a-t-il indiqué.

M. Trudel a aussi affirmé qu'il ne fallait pas faire de lien entre la démission récente du chef du SPVM, Yvan Delorme, et les problèmes rencontrés par BCIA: «Essayer de relier la démission de M. Delorme avec ce qui s'est passé avec BCIA, c'est faire de la petite politique ou rêver en couleurs. [...] Je ne ferai pas d'enquête policière sur un policier. La parole de M. Delorme me suffit amplement.»

Un ancien employé de BCIA et ex-policier au SPVM aurait affirmé avoir participé à deux reprises à un repas réunissant M. Coretti et Yvan Delorme quelques mois avant que ce dernier soit nommé à la tête du SPVM, a révélé La Presse la semaine dernière. C'est le patron de BCIA qui aurait assumé la facture.

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Avec la collaboration de Marco Bélair-Cirino