Louis Roquet accusé d'avoir coulé des informations confidentielles

Le directeur général de Montréal, Louis Roquet, a transféré une partie confidentielle du rapport du vérificateur général à l’entreprise Telus, qui était visée par le document.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le directeur général de Montréal, Louis Roquet, a transféré une partie confidentielle du rapport du vérificateur général à l’entreprise Telus, qui était visée par le document.

Le vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, a accusé hier le directeur général Louis Roquet d'avoir transmis des documents confidentiels à l'entreprise Telus, visée par un rapport qu'il déposera lundi prochain. Outré, M. Bergeron a qualifié le geste de M. Roquet de «transgression très grave du processus de reddition de comptes».

Jacques Bergeron remettra lundi aux élus montréalais son rapport annuel. Celui-ci traite notamment du projet d'impartition des services de télécommunications et des contrats accordés par la Ville de Montréal à Telus en janvier 2008.

Dans une lettre qu'il a fait parvenir mardi à Claude Dauphin, le président du conseil municipal, Jacques Bergeron relate avoir remis à Louis Roquet, sous pli confidentiel, la section de son rapport traitant des contrats octroyés à Telus. «Chacune des pages de cette copie comportait la mention explicite "Document confidentiel - Distribution interdite - Réservé à l'usage exclusif du destinataire"», précise le vérificateur.

Cela n'a pas empêché Louis Roquet de refiler le document à Telus. «Il s'agit là d'une transgression très grave du processus de reddition de comptes du vérificateur général envers le conseil municipal puisqu'un tiers, concerné par la vérification, a obtenu une information privilégiée avant même que celle-ci soit transmise aux élus municipaux», écrit Jacques Bergeron.

Telus n'a visiblement pas aimé le contenu du rapport. Le vérificateur signale d'ailleurs avoir reçu dimanche une lettre du président de l'entreprise, François Côté, «critiquant le rapport et tentant de s'immiscer dans le processus de vérification». Le dirigeant de Telus a également expédié un exemplaire de sa missive au directeur général de la Sûreté du Québec, Richard Deschesnes.

«C'est un manque de jugement de la part du directeur général, estime Alex Norris, conseiller de Projet Montréal dans le district du Mile-End. On attend les explications de Louis Roquet.» Selon lui, ce comportement remet en question la confiance que les élus ont jusqu'à maintenant témoignée envers le nouveau directeur général, qui a entrepris une vaste réforme à l'Hôtel de Ville afin d'assainir les règles d'octroi de contrats.

Louis Roquet n'a pas voulu commenter le litige et c'est Jean-Yves Hinse, directeur des relations professionnelles à la Ville, qui l'a fait à sa place. Selon M. Hinse, il n'y a rien d'anormal à ce que M. Roquet ait transmis des documents confidentiels à Telus. «Ça s'est fait dans les règles de l'art et surtout avec l'appui d'un avis juridique de notre contentieux. Je pense que M. Roquet était conscient de la sensibilité d'une telle chose et il a posé les gestes qui s'imposaient, comme un bon gestionnaire responsable.»

Ce procédé permet à la Ville et à l'entreprise visée d'être en mesure de présenter les mesures mises en place pour corriger les lacunes identifiées par le vérificateur général, affirme M. Hinse.

L'an dernier, le vérificateur général avait décidé d'enquêter sur les deux contrats octroyés par la Ville à Telus en janvier 2008 après avoir constaté que l'entreprise avait délogé Bell en déposant des soumissions beaucoup plus basses que son concurrent. Pour le contrat de transmission des données, Telus réclamait 47 millions de dollars, contre 83 millions pour Bell.

Ces contrats avaient reçu l'aval de Gilles Parent, l'ex-chef de projets à la Direction des systèmes d'information, qui a été congédié en septembre 2008 et qui fait face à des accusations de fraude.