Métro de Montréal : Bombardier et Alstom s'attaquent à CAF

Le lancement d’un nouvel appel d’offres international pour le métro de Montréal signifie que d’autres joueurs que CAF, Bombardier et Alstom pourraient se lancer dans la course.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le lancement d’un nouvel appel d’offres international pour le métro de Montréal signifie que d’autres joueurs que CAF, Bombardier et Alstom pourraient se lancer dans la course.

La perspective d'un nouvel appel d'offres pour le remplacement des voitures du métro de Montréal est loin de plaire à Alstom et à Bombardier. Le consortium, qui convoite le contrat évalué à plus de trois milliards de dollars, a remis en doute hier la capacité du constructeur espagnol CAF (Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles) de fournir les nouvelles voitures dans les délais requis.

La firme Hatch Mott MacDonald, qui avait pour mandat d'analyser la candidature de CAF, a fait une présentation de ses conclusions aux représentants de la Société de transport de Montréal (STM) hier. Selon les informations obtenues par Le Devoir, la firme aurait confirmé que l'entreprise espagnole respectait toutes les exigences techniques et financières contenues dans l'avis d'intention lancé par la STM en janvier dernier, ce qui obligera la société de transport à relancer un appel d'offres international.

La STM n'a pas voulu confirmer les conclusions de Hatch Mott MacDonald ni se prononcer sur l'éventualité d'un nouvel appel d'offres, mais sa porte-parole, Odile Paradis, a précisé que le rapport écrit de la firme sera déposé au cours des prochains jours, voire la semaine prochaine.

Bombardier et Alstom doutent des capacités financières et techniques de CAF de réaliser un contrat pour 1053 voitures de métro. «On ne voit vraiment pas comment une firme étrangère, qui n'a aucune assise locale et qui n'a jamais eu un contrat de cette envergure-là en Amérique du Nord, puisse vraiment penser pouvoir faire ça», a indiqué hier Marc-André Lefebvre, porte-parole de Bombardier Transport au nom du consortium.

Bombardier estime aussi que les perspectives à long terme dans le domaine du rail au Canada sont insuffisantes pour justifier la construction d'une usine par une entreprise étrangère comme CAF.

Selon un sondage réalisé par la firme Léger Marketing pour le compte du consortium, 83 % des Québécois souhaitent que le contrat soit accordé à une firme québécoise.

De son côté, CAF n'a eu aucune communication de la STM hier. «Depuis le début, on considère qu'on se qualifie, car on respecte les trois critères de l'avis international, a fait valoir le porte-parole de CAF, Philippe Roy. On a juste très hâte que ce soit officiel et qu'on puisse travailler à l'appel d'offres. On va travailler très fort pour faire l'offre la meilleure et la moins coûteuse pour les Québécois.» M. Roy a toutefois refusé de commenter les critiques d'Alstom-Bombardier à l'endroit de CAF.

Deux dirigeants de l'entreprise espagnole sont par ailleurs à Montréal aujourd'hui pour rencontrer des fournisseurs potentiels.

Pour la présidente de la Confédération des syndicats nationaux, Claudette Carbonneau, le gouvernement et la STM doivent mettre fin à cette «bouffonnerie». Elle souhaite qu'ils renoncent à lancer un nouvel appel d'offres pour octroyer le contrat sans tarder à Alstom-Bombardier, car dit-elle, 900 emplois sont en jeu à La Pocatière et à Sorel-Tracy. «On ne va pas éternellement recommencer. Est-ce qu'on va se reposer la question une quatrième fois en se demandant s'il n'y a pas une compagnie sur la planète Mars qui pourrait offrir mieux?» a-t-elle déclaré sur les ondes de RDI.

Lors des débats à l'Assemblée nationale hier, le député de Verchères et critique du Parti québécois en matière de transports a reproché au gouvernement libéral de ne pas avoir lancé d'appel d'offres dès 2006, ce qui aurait évité des retards dans la livraison des nouvelles voitures. La ministre des Transports, Julie Boulet, a répliqué que les libéraux n'avaient pas de leçons à recevoir des péquistes qui ont piloté le projet du métro à Laval, dont les coûts ont explosé.

Le lancement d'un nouvel appel d'offres international signifie que d'autres joueurs que CAF, Bombardier et Alstom pourraient se lancer dans la course, qu'il s'agisse de l'allemande Siemens ou la japonaise Kawasaki, puisque ces deux entreprises ont déjà une expertise en matière de voitures de métro sur pneumatiques. La STM devrait alors vérifier la conformité de leurs soumissions.
4 commentaires
  • Pascal MALLET - Inscrit 29 avril 2010 07 h 18

    ENFIN !

    Avec un nouvel appel d'offre, les Québécois vont enfin connaître quel est le prix de marché des métros sur pneus. Et plus il y aura de concurrents (CAF, Siemens, Kawasaki,...), plus la compétition sera fructueuse.

  • Jean Richard - Abonné 29 avril 2010 07 h 51

    Québécoise Bombardier Transport ?

    « Bombardier estime aussi que les perspectives à long terme dans le domaine du rail au Canada sont insuffisantes pour justifier la construction d'une usine par une entreprise étrangère comme CAF.

    Selon un sondage réalisé par la firme Léger Marketing pour le compte du consortium, 83 % des Québécois souhaitent que le contrat soit accordé à une firme québécoise. »

    Ça fait un peu drôle de voir Bombardier jouer la carte du nationalisme économique en disant que CAF est une entreprise étrangère. Bombardier Transport, celle qui fait dans le ferroviaire, n'est pas plus québécoise que CAF. Son siège social est à Berlin et qui oserait prétendre que l'Allemagne est plus près de nous que l'Espagne ?

    Par ailleurs, on dirait que Bombardier Transport ne croit pas trop en l'avenir en affirmant que les perspectives à long terme ne justifient pas la construction d'une usine ferroviaire. Bien sûr, si on observe la tendance locale, on est porté à croire que le rail n'a pas d'avenir au Canada, mais il suffit de regarder un peu plus loin à l'horizon pour comprendre que tôt ou tard, le rail sera un incontournable si le Canada veut rester économiquement à la hauteur des pays modernes.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 29 avril 2010 09 h 05

    Qui sont les bouffons, Madame Carbonneau?

    Comme larrons en foire, nos héros de Bombardier et les autorités ont confectionné un beau contrat, puis ont dû à leur corps défendant accepter le co-contractant habituel, Alstom, tout en continuant d'ignorer dans toute la mesure du possible les contraintes posées par les règles de commerce international. Madame CSN traite tout cela de bouffonnerie. Mais il fallait des bouffons et ce sont ses"alliés objectifs" de l'heure qui le sont, avec elle. Ils disent: Québec Inc. et syndicats d'affaires, faisons un seul combat "entre nous québécois"! La belle affaire. Ce sont les consommateurs qui paieront. La véritable collusion, elle est là.
    Trêve de plaisanterie, amenons plus de concurrence sur notre territoire.

  • Daniel Vézina - Abonné 29 avril 2010 09 h 34

    "les libéraux n'avaient pas de leçons à recevoir des péquistes qui ont piloté le projet du métro à Laval, dont les coûts ont explosé."

    au moins, le prolongement du Metro a été livré lui... contrairement à tous ce que votre "bon" gouvernement entreprend ma chère Mme Boulet!

    Pitoyable ce gouvernement...