L'échangeur Turcot divise même les experts en génie

Si le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal divergent d'opinion concernant le réaménagement de l'échangeur Turcot, le projet divise aussi la population et les spécialistes en génie de la construction.

La ministre des Transports, Julie Boulet, a rejeté jeudi la proposition élaborée par la Ville de Montréal pour reconstruire l'échangeur Turcot, alléguant qu'elle était trop coûteuse et retarderait la réalisation des travaux. Alors que le ministère des Transports du Québec (MTQ) prévoit abaisser les structures sur des talus, la Ville souhaite le maintien de l'échangeur en hauteur.

Professeur au Département de génie de la construction à l'École de technologie supérieure, Gabriel Assaf estime que si la solution proposée par la Ville comporte plusieurs avantages, le projet élaboré par le MTQ est préférable. «La solution de la Ville est plus urbaine, elle priorise davantage le transport en commun et elle est plus consciente des émanations de gaz à effet de serre. Il faut lui donner ce crédit, explique-t-il. Mais d'un autre côté, il ne faut pas oublier une chose: le but d'une route et d'un système de transport, c'est la mobilité. Nonobstant qu'on veut développer le transport en commun, ça prend des routes.»

Et selon lui, la question des coûts n'est pas accessoire quand on connaît les contraintes auxquelles sont confrontés les gouvernements. «Il faut regarder des solutions selon nos moyens. Une solution à 2 ou 3 milliards est certainement préférable à une solution à 6. Est-ce que les 6 milliards estimés par MTQ sont justifiés? [...] Je ne crois par que ce soit des paroles en l'air. Et c'est logique qu'une structure comme celle proposée par la Ville coûte plus cher.»

De façon générale, ajoute-t-il, les structures routières plus près du sol sont moins coûteuses à construire et à entretenir. De plus, elles ont une durée de vie plus longue.

Saeed Merza ne partage pas cette vision des choses. Professeur au Département de génie civil à l'Université McGill, il rappelle le contexte des années 1960 qui ont vu apparaître plusieurs autoroutes dans le paysage montréalais. «Les autorités étaient tellement pressées, comme elles le sont aujourd'hui, que le contrôle de la qualité a été déficient. Ces structures élevées auraient dû durer au moins 75 ans, mais ce ne fut pas le cas».

«Nous avons l'occasion de corriger nos erreurs», dit-il. Mais selon lui, il importe que désormais, dans tout projet de construction routière, les autorités incluent dans leur évaluation de coûts, non seulement les dépenses liées à la construction et à l'entretien, mais également les impacts économiques sur l'environnement, la santé et la qualité de vie des citoyens. «Examinons les deux propositions en tenant compte de tous ces aspects et essayons de trouver la meilleure solution.»

Selon lui, la proposition de la Ville coûte peut-être plus cher — même s'il émet des doutes concernant les 6 milliards évoqués par Québec —, mais selon lui, elle occasionnerait des bénéfices beaucoup plus importants à long terme. À son avis, avec les connaissances actuelles, il est possible de construire des structures en hauteur qui puissent durer jusqu'à 125 ans.
1 commentaire
  • Marie Alice Dupuis - Inscrit 24 avril 2010 00 h 49

    Échangeur Turcot : comparons des pommes avec des pommes

    Le chiffre de 2 milliards $ avancé par le MTQ (tout hypothétique qu’il soit) correspond au projet d’échangeur du MTQ, alors que le chiffre de 6 milliards $ (tout hypothétique qu’il soit) avancé par le même ministère couvre le projet d’échangeur de la Ville l'établissement d'une ligne de tramway les investissements majoritairement privés dans l'aménagement d'un nouveau quartier. il n’y a AUCUNE raison pour que le projet d’échangeur de la Ville en tant que tel coûte plus cher que celui du MTQ. (Je vous invite à vérifier ces affirmations auprès de la Ville, ils seront confirmés.) Cette mise au point mérite d’être faite de manière très claire car une grande confusion règne manifestement dans la population et même dans les médias.