Tremblay confronte ouvertement Julie Boulet

Gérald Tremblay, le maire de Montréal
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gérald Tremblay, le maire de Montréal

Gérald Tremblay a changé de ton hier. En riposte aux réticences exprimées par la ministre des Transports, Julie Boulet, au cours des derniers jours, le maire a dévoilé sa propre vision du futur échangeur Turcot, plus vert et d'une capacité routière réduite. Le maire a toutefois été incapable de préciser les coûts de son projet, de facture très différente de celui élaboré par le ministère des Transports du Québec (MTQ).

Le maire refusait jusqu'à maintenant de révéler les détails du projet conçu par les services de la Ville. Lundi soir, pressé par l'opposition de mettre cartes sur table, il disait ne pas vouloir créer de confrontation avec le MTQ. Mais le maire a fait volte-face, visiblement agacé par les déclarations publiques des derniers jours de la ministre Julie Boulet. Sur plusieurs tribunes, la ministre des Transports a répété qu'il était «minuit moins cinq» et que le MTQ n'avait pas «nécessairement le temps de tout recommencer à zéro» en raison de l'échéancier de 2017.

Devant un auditoire attentif, hier après-midi à l'Hôtel de Ville, le maire Tremblay et le responsable de l'urbanisme au comité exécutif, Richard Bergeron, ont présenté les esquisses du projet élaboré par les services municipaux.

Icône urbaine?

Montréal suggère la construction d'un échangeur circulaire étagé qui occuperait une superficie plus réduite que les aménagements sur talus proposés par Québec. Dans l'axe nord-sud, la capacité routière serait maintenue, mais dans l'axe est-ouest, elle serait moindre que celle envisagée par le MTQ, avec trois voies dans chaque direction, dont une réservée au transport collectif, alors que Québec en prévoit quatre.

La Ville s'est inspiré des échangeurs circulaires construits à Chicago, Albany et Shanghai pour concocter son projet. Richard Bergeron estime que le futur échangeur pourrait devenir une «icône urbaine» dont les Montréalais seraient fiers. Le maintien des structures en hauteur et la forme circulaire de l'échangeur auraient l'avantage de dégager des terrains qui pourraient alors être valorisés, a-t-il indiqué.

Dans le secteur de la cour Turcot, l'administration Tremblay propose de maintenir les voies autoroutières où elles sont à l'heure actuelle pour permettre l'agrandissement du parc de la falaise Saint-Jacques et la création d'un quartier résidentiel traversé par un circuit de tramway.

Le maire Tremblay a soutenu que la proposition de la Ville reflétait les préoccupations des Montréalais et des organismes qui se sont opposés farouchement au projet du MTQ lors des consultations menées par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. «Il ne s'agit pas d'une autoroute au milieu d'un champ, mais au milieu d'une ville», a-t-il fait valoir.

La Ville a déposé sa proposition à la ministre des Transports il y a près de trois semaines et elle attend toujours la réponse du MTQ qui a entrepris d'en évaluer les coûts et la faisabilité. Gérald Tremblay a d'ailleurs admis qu'il ne pouvait pas préciser l'ampleur des investissements que son projet nécessiterait. À un journaliste qui avait eu vent d'une évaluation de coûts pouvant atteindre de 4 à 6 milliards de dollars, au lieu des 2 milliards du projet du MTQ, le maire a rétorqué qu'à terme, sa proposition pourrait engendrer des retours d'investissement importants compte tenu du développement domiciliaire envisagé, ainsi qu'une réduction des pertes financières liées à la congestion routière.

Gérald Tremblay affirme que la Ville tente depuis quatre ans d'être considérée comme un «véritable partenaire» par le MTQ dans l'élaboration de ce projet, mais visiblement, elle n'est pas satisfaite de l'écoute qu'elle a obtenue de Québec. «Le MTQ est le seul maître à bord de tout ce projet. C'est une structure routière qui lui appartient et il est le seul à en assumer les coûts», a prudemment expliqué le maire.

Gérald Tremblay dit comprendre que la sécurité constitue une préoccupation majeure pour le MTQ, mais il a fait valoir que des voies alternatives pourraient être construites à brève échéance pour permettre la démolition immédiate de certaines parties de l'échangeur.

Accueil enthousiaste

La chef de l'opposition, Louise Harel, qui pressait depuis des semaines le maire de rendre publique sa proposition, s'est réjouie de la volte-face de l'administration. La proposition de la Ville semble d'ailleurs obtenir l'adhésion de l'ensemble des élus montréalais. «Maintenant que la proposition est sur la table, il faut que Québec sache qu'on va parler d'une seule voix», a indiqué Mme Harel. Le maire de l'arrondissement du Sud-Ouest, Benoit Dorais, croit pour sa part que l'opinion publique pourrait faire reculer le MTQ.

La proposition de la Ville a été accueillie avec enthousiasme par les organismes qui ont vivement critiqué le projet du MTQ, qu'il s'agisse du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Montréal ou d'Équiterre. «La Ville de Montréal a fait ses devoirs. Elle nous propose un projet qui répond aux préoccupations de l'ensemble des acteurs à Montréal autant en termes de réduction de la circulation que d'augmentation du transport collectif et des espaces verts», a commenté Daniel Bouchard, du CRE. Selon lui, il n'est pas trop tard pour «faire le bon choix».

«Je pense que c'est un projet qui va dans le sens où il faut aller au XXIe siècle pour une métropole comme Montréal. Et ça permet de réaménager, quasiment au coeur de la ville, des immenses espaces avec la falaise [Saint-Jacques] d'un côté et le canal Lachine de l'autre», estime Florence Junca-Adenot, directrice du Forum Urba 2015.
37 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 22 avril 2010 00 h 14

    Un maire un peu « déconnecté » !

    Sincèrement, à la place du maire Gérald Tremblay et de son responsable à l'urbanisme, Richard Bergeron, j'aurais été un peu gêné de proposer une solution comme celle qu'ils ont présentée hier pour remplacer l'échangeur Turcot, même si celle-ci est intéressante au plan environnemental.

    Contrairement à ce qui a été planifié par le ministère des Transports (une autoroute sur terre d'environ 2 millards $ et pouvant durer 100 ans) leur projet, selon certains experts, coûterait le triple et ne pourrait tenir plus d'une quarantaine d'années !

    On dirait que M. Tremblay et son acolyte ont complètement oublié que c'est le Gouvernement du Québec (donc tous les contribuables de la province) qui en paiera entièrement la note. Surtout depuis la présentation du budget austère du ministre Bachand, je doute que les habitants des autres régions se montrent très favorables !

    De plus, ce même projet serait d'une capacité routière réduite afin d'inciter les gens, qui habitent en périphérie, à utiliser les transports en commun, pour entrer à Montréal. Encore faudrait-il que ces services soient constants et efficaces, ce qui n'est guère le cas.

    Décidément, MM. Tremblay et Bergeron font tout pour que les résidents de la Rive-Sud viennent le moins possible à Montréal !

  • Jacques Morissette - Inscrit 22 avril 2010 02 h 01

    Petite suggestion au maire Tremblay

    Moi, ayant écouté son exposé, j'opterais très sérieusement pour la proposition du maire Tremblay. À Québec, au gouvernement, on sait que les politiciens ont la vue courte quant à notre avenir. L'avenir, pour eux, ne dépasse pas le temps d'un mandat.

    Mais, j'ai une petite suggestion pour le maire Tremblay pour aider sa cause. Il n'a qu'à leur garantir que ce sont les proches du parti Libéral qui obtiendront les contrats. Je ne sais pas, mais ça pourrait peut-être marcher.

  • Pierre Schneider - Abonné 22 avril 2010 06 h 21

    La valse des milliards

    Deux milliards, trois, quatre ou même six milliards, il n'y a rien là n'est-ce pas quand on croule sous la richesse collective. J'me demande pourquoi Québec nous demande de nous serrer encore une fois la ceinture. Après tout, on a les moyens d'avoir non pas un mais deux méga hôpitaux universitaires. Pourquoi pas un autre Stade olympique tant qu'à y être ???

  • Richard Larouche - Inscrit 22 avril 2010 06 h 24

    Surprenant... Bonne idée!

    C'est surprenant de voir le maire Tremblay (un libéral) critiquer la ministre des transports libéral !

    En tout cas, le projet proposé par Tremblay et Bergeron est beaucoup plus intéressant...

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 22 avril 2010 06 h 52

    6 Stades olympiques!

    Attachez-le. Pendant ce temps à Québec, on attend un petit 50 millions pour réparer la huitième merveille du monde qui a rouillé au point de la mettre en danger.