Voitures du métro - Ticket pour un nouvel appel d'offres

Jesus Esnaola, directeur général aux affaires internationales de l’entreprise espagnole CAF, a affirmé que le constructeur se plierait aux exigences de la STM en ce qui a trait au contenu canadien. Elle promet d’effectuer la fabrication et la finition des voitures au Québec: «Nous avons quelques sites en vue et rien n’est décidé. Mais c’est clair que ce sera au Québec.»
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Jesus Esnaola, directeur général aux affaires internationales de l’entreprise espagnole CAF, a affirmé que le constructeur se plierait aux exigences de la STM en ce qui a trait au contenu canadien. Elle promet d’effectuer la fabrication et la finition des voitures au Québec: «Nous avons quelques sites en vue et rien n’est décidé. Mais c’est clair que ce sera au Québec.»

Le constructeur espagnol CAF a décidé de se lancer dans la course pour l'obtention du contrat de renouvellement des voitures du métro de Montréal. L'entreprise a déposé hier son dossier de candidature à la Société de transport de Montréal (STM), mais contrairement à la chinoise Zhuzhou Electric Locomotive, CAF serait en mesure de fournir des voitures équipées de pneus comme l'exige la STM.

Avec l'arrivée de ce nouveau joueur, il semble de plus en plus probable que la STM lance un nouvel appel d'offres, ce qui retarderait d'au moins un an la livraison des nouvelles voitures.

CAF (Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles) est une entreprise bien établie dans l'industrie du transport ferroviaire. Ses rames de métro roulent notamment à Bruxelles, Barcelone, Madrid, Rome et Washington. Pour le métro de Montréal, CAF propose de fabriquer des voitures de métro sur pneumatiques comme le requiert la STM. L'entreprise espagnole connaît bien cette technologie puisqu'elle a fourni des voitures dotées de pneus pour les métros de Mexico et de Santiago du Chili.

Deux représentants de l'entreprise espagnole étaient de passage à Montréal hier pour remettre à la STM un volumineux dossier de candidature, répondant ainsi à l'avis international lancé le 22 janvier dernier. «Nous estimons que nous avons la capacité et la technologie pour obtenir ce contrat. Nous pensons être capables de faire une offre concurrentielle», a fait valoir Jesus Esnaola, directeur général aux affaires internationales de CAF.

M. Esnaola a affirmé que le constructeur se pliera aux exigences de la STM en ce qui a trait au contenu canadien. Même si, à l'heure actuelle, l'entreprise ne dispose pas d'usine au Canada, elle promet d'effectuer la fabrication et la finition des voitures au Québec. «Nous avons quelques sites en vue et rien n'est décidé. Mais c'est clair que ce sera au Québec», a assuré M. Esnaola.

CAF ne s'était pas manifestée lorsqu'en 2008, la STM avait lancé un avis international pour le remplacement des 342 voitures MR-63. Hier, M. Esnaola a expliqué que les circonstances étaient différentes aujourd'hui, notamment à cause de l'ampleur prise par la commande de voitures pour le métro montréalais. Rappelons que l'appel d'offres initial visait le remplacement 342 voitures, tandis que la STM souhaite maintenant signer un contrat pour 765 voitures avec une option pour 288 voitures supplémentaires.

Nouvelle course?

La STM a confirmé hier avoir reçu le dossier de CAF qui sera étudié «avec diligence», a dit Odile Paradis, porte-parole de la société de transport. La STM s'assurera que l'entreprise respecte ses critères en matière de capacités techniques et financières. Si elle juge que la candidature de CAF satisfait ses exigences, la STM devra alors lancer un nouvel appel d'offres.

D'autres joueurs pourraient décider de sauter dans l'arène puisque les constructeurs intéressés par le contrat de la STM ont jusqu'à lundi 15h pour se manifester. Le constructeur allemand Siemens, qui compte une usine au Canada, pourrait ainsi vouloir tenter sa chance. Hier, le porte-parole de l'entreprise n'a pas rappelé Le Devoir.

De son côté, Zhuzhou Electric Locomotive compte déposer une proposition lundi matin, mais l'entreprise chinoise persiste à vouloir fournir des voitures sur roues d'acier. Par l'entremise de ses avocats, la STM a déjà fait savoir qu'elle rejetait cette offre. Zhuzhou menace de s'adresser aux tribunaux si la STM maintient sa décision de l'exclure de la course.

Les constructeurs Alstom et Bombardier, avec qui la STM était prête à signer un contrat, devront eux aussi soumettre une nouvelle proposition si le processus d'appel d'offres est relancé. Les deux entreprises pourraient même décider de mettre fin à leur alliance et soumettre des propositions distinctes. Bombardier n'a pas commenté hier.

Reste que le lancement d'un nouvel appel d'offres retarderait le processus d'attribution du contrat d'au moins un an, voire deux ans. Le projet prévoit le remplacement des voitures MR-63, âgées de 40 ans, ainsi que le renouvellement du parc des 423 voitures MR-73. L'option de 288 voitures supplémentaires est liée aux projets de prolongement du réseau du métro envisagé par Québec.

À l'Hôtel de Ville, on n'a pas voulu commenter les derniers rebondissements, mais une source a indiqué qu'un nouvel appel d'offres permettrait peut-être à la STM d'obtenir un meilleur prix pour ses voitures de métro, ce qui pourrait s'avérer profitable.

Rappelons que la saga des voitures du métro a débuté en 2006. À l'origine, le gouvernement du Québec, qui assumera 75 % de la facture, avait négocié de gré à gré avec Bombardier. Le constructeur français Alstom avait contesté avec succès cette entente devant la Cour supérieure, obligeant la STM à lancer un appel d'offres. Alstom et Bombardier avaient finalement déposé une proposition conjointe. La STM n'a jamais voulu confirmer la valeur de l'entente conclue avec le consortium, mais le coût pourrait avoisiner les trois milliards de dollars.
1 commentaire
  • François Beaulé - Abonné 27 février 2010 16 h 52

    Voilà qui est très intéressant

    Le commentaire de Pascal Mallet est très éclairant. J'aimerais savoir comment il a obtenu ces chiffres.

    La STM a fait une grave erreur dans le traitement de l'appel d'offres lancé en 2008. Elle n'aurait pas dû accepter la formation du consortium Bombardier-Alstom puisque cela éliminait la concurrence. Voilà qui explique pour une large part l'écart de prix. Bombardier a pourtant bénéficié en 1973 de l'obtention du contrat des MR-73, un magnifique tremplin pour une compagnie qui n'avait pas fabriqué autre chose que des motos-neige jusque là. Mais les entreprises capitalistes n'ont pas de coeur. La STM en 2008 aurait dû exiger des offres concurrentes de la part de Bombardier et Alstom.

    On peut questionner aussi la mise au rancart précoce des MR-73 qui sont 10 ans plus jeunes que les MR-63 et sont munies de moteurs plus puissants et de meilleures suspensions.

    Finalement, la STM refuse bêtement d'utiliser désormais des voitures sur roues d'acier alors qu'une étude commandée par le gouvernement du Québec en 1984 concluait à la faisabilité d'une conversion. Et récemment des experts ont récemment témoigné de cette faisabilité dans le journal LaPresse. Ces hommes s'y connaissent car ils ont construit le réseau initial avec une grande compétence.