Enquête publique sur les opérations de déneigement - La conductrice défend sa manoeuvre

Les angles morts des véhicules lourds, les artères où ils sont interdits d'accès et les longues heures de travail des conducteurs affairés au déneigement ont ponctué les échanges de la seconde journée de l'enquête publique sur le décès de piétons au cours d'opérations de déneigement l'hiver dernier.

Dany Riendeau roule sur la rue Fleury vers l'ouest. Elle entreprend un virage à droite sur la rue d'Iberville. La remorque longue de 37 pieds que son camion tire happe violemment Lucie Rivard Lanouette, âgée de 76 ans, la projetant entre les roues de sa remorque et l'asphalte. C'était le 3 février 2009.

«Je ne l'ai jamais vue!», s'est exclamée Dany Riendeau, hier, en se frappant les cuisses. Étranglée par l'émotion, la femme a quitté en trombe la salle d'audience du palais de justice de Laval avec l'accord du coroner Luc Malouin. Un procureur venait de lui demander comment elle s'était rendu compte de l'accident.

«Aux trois quarts du virage, j'ai entendu un bruit», a-t-elle expliqué quelques minutes plus tard. Ce n'est qu'après avoir immobilisé son véhicule et jeté un coup d'oeil dans un rétroviseur qu'elle s'est fait à l'idée que son véhicule avait mortellement happé un individu.

Dany Riendeau, qui cumulait plus de 20 années d'expérience dans le transport routier au moment de l'accident, dont près de 2 dans le chargement de la neige, a dû justifier son virage sur la rue d'Iberville, une rue résidentielle à sens unique où la circulation de transit des poids lourds est interdite. «Personne ne m'a dit de ne pas passer par une rue résidentielle de mon secteur», a-t-elle affirmé. «Quand je prends une rue, c'est pour déranger le moins possible», a-t-elle ajouté, soulignant que si les camionneurs s'en tenaient à emprunter les artères du réseau de camionnage de la ville, les opérations de chargement de la neige seraient «interminables».

Messages contradictoires

Le coroner Luc Malouin a souligné que les panneaux de signalisation fixés aux abords des rues interdites aux camions pouvaient envoyer un «message contradictoire pour les piétons». Les véhicules de plus de 3000 kg sont bel et bien autorisés à circuler sur des routes interdites aux camions, et ce, notamment pour aller prendre ou livrer un bien sur celle-ci, ou encore, y exécuter un travail. «C'est une information qui doit être donnée à la population. [...] C'est un débat qu'on aura avec la Ville [de Montréal]», a fait savoir M. Malouin.

D'ailleurs, des représentants de la Ville de Montréal et de la Société de l'assurance automobile du Québec seront entendus par le coroner demain.

«Tu en as, des affaires à faire avant de tourner un coin», a poursuivi Mme Riendeau. En plus de mettre son clignotant, la conductrice klaxonne légèrement et s'efforce d'établir un contact visuel avec les piétons sur le trottoir pour les avertir qu'elle est sur le point d'amorcer un virage serré, a-t-elle assuré hier.

Dany Riendeau, qui a écopé de trois constats d'infraction, dont un pour avoir dépassé de 8 heures le maximum permis de 70 heures, a défendu ses longues journées de travail. Pressée de questions, elle a déclaré: «Je les prends, mes pauses.» Elle a fait remarquer qu'elle était rémunérée selon le nombre d'heures qu'elle travaillait et que «jamais» elle n'a été avertie qu'elle était à l'oeuvre un trop grand nombre d'heures par semaine. «Il n'y a pas de contrôles. [Les conducteurs] font ce qu'ils veulent», a indiqué le coroner, assailli de cartes de temps contradictoires.

Son témoignage suivait celui de Marc Choquette, qui a happé à mort Solange Saint-Onge et Jean-Pierre Pinet, âgés respectivement de 72 et 71 ans, le 3 février 2009. «Tu as beau être fort. Il se passe de quoi dans ton corps», a-t-il laissé tomber. À l'instar de Dany Riendeau, le conducteur du camion à benne a déploré le fait que les passants «se tiennent beaucoup trop près» des véhicules lourds.
5 commentaires
  • Philippe CAUCHI - Inscrit 24 février 2010 08 h 11

    Un emploi d'hommes.

    Encore une fois, le résultat des quotas à l'embauche.

    Cela veut tout dire.

  • Sylvain Auclair - Abonné 24 février 2010 08 h 48

    Quel rapport?

    Voulez-vous dire que l'accident est dû au fait que le conducteur était une femme?
    Le problème, c'est que les semi-remorques n'ont pas d'affaire en ville.

  • Olivier Robichaud - Inscrit 24 février 2010 16 h 25

    Aucun rapport

    Vous n'avez certainement pas lu l'article jusqu'à la fin, où il est clairement écrit qu'un homme a également tué 2 passants avec son camion l'an dernier...

  • legada - Abonné 24 février 2010 21 h 21

    A quand le guide du piéton

    J'ai suivi un cours de sécurité pour les chantiers de construction. Une des règles de base est qu'il faut toujours s'assurer qu'un conducteur de poids lourd nous voie avant de traverser devant lui.

    Si on est près du véhicule, on m'a appris que le conducteur a beaucoup d'angle mort et qu'en cas de doute, il faut s'en éloigner car une collision avec un poids lourd, ça ne pardonne pas.

    J'ai déjà vu un auto se placer dans l'angle mort d'un 18 roues lors d'un embouteillage à l'entrée du pont Champlain. Le 18 roues a passé sur le capot de l'auto qu'il n'avait pas vue.

    Beaucoup de gens ne sont pas conscient qu'un conducteur de poids lourd ne les voie pas du tout lorsqu'ils sont dans les angles morts. On enseigne aux piétons qu'ils ont la priorité mais un véhicule est beaucoup plus solide qu'un corps humain.

    Lorsque je circule à pied, j'essaie toujours de me protéger en pensant que les conducteurs des véhicules qui m'entourent peuvent faire des erreurs.

    Les piétons font souvent preuve d'inconscience lorsqu'ils circulent et en particulier l'hiver.

    Lors de mon premier hiver de conduite, j'ai glissé en freinant avant un arrêt. Une piétonne traversait l'intersection à cet endroit, je glissai vers elle, j'ai klaxonné pour l'avertir de la situation, elle n'a pas accéléré pour ne pas être sur la trajectoire de mon auto. J'ai arrêté à quelques pouces d'elle mais j'aurai pu la frapper. Cette personne n'était pas consciente que l'on ne peut pas faire freiner plus rapidement un véhicule qui glisse.

    Daniel Legault

  • Malartic - Inscrit 28 février 2010 14 h 21

    Camion de déneigements

    J'ai toujours de la misère à comprendre qu'un piéton, agée en surplus,
    soit victime d'un camion qui tourne un coin. Presque impossible de blamer un excès de vitesse. Grand temps qu'on éduque les piétons
    sur leur "devoir" de se protéger lorsqu'ils circulent dans l'entourage des
    poids lourds. Après-tout, c'est eux qui souffiront après un heurt.