Tremblay sort son balai

Gérald Tremblay en conférence de presse hier
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gérald Tremblay en conférence de presse hier

Fraîchement réélu, Gérald Tremblay a suspendu le processus d'attribution des contrats municipaux de plus de quatre millions de dollars et plus d'ici à ce que les allégations de collusion, de corruption et de favoritisme entre des entrepreneurs de construction, des fonctionnaires et des élus de la Ville de Montréal soient éclaircies.

Au lendemain de sa victoire mitigée avec moins de 40 % des suffrages, Gérald Tremblay a assuré avoir «décodé» le message des électeurs et a dit hier s'atteler à la tâche de «regagner la confiance de tous les Montréalais». Dans un point de presse qui a pris les allures d'un sprint, il a annoncé un train de mesures administratives pour montrer sa volonté d'assainir les moeurs politiques à l'Hôtel de Ville.

Il a décrété la suspension de l'octroi de tous les «gros» contrats en matière de voirie et de travaux d'infrastructures, hormis les chantiers déjà entamés et les travaux jugés essentiels.

«[Nous voulons] réduire les investissements de la Ville, c'est-à-dire les limiter aux engagements pris, et surtout à l'essentiel, jusqu'à ce que nous ayons fait la lumière sur les rumeurs de collusion et de corruption qui existent dans le milieu de la construction», a affirmé M. Tremblay.

Il a également annoncé qu'il suspendait la taxe spéciale relative au service de la voirie et qu'il renonçait à majorer la taxe spéciale relative de l'eau en 2010 jusqu'à ce que son administration se soit entendue avec le gouvernement du Québec sur de nouvelles règles d'octroi de contrats.

Cela signifie que la Ville se privera en 2010 de revenus de 16,5 millions pour le Fonds de la voirie et de 20 millions supplémentaires pour le Fonds de l'eau.

Gérald Tremblay a aussi demandé au gouvernement du Québec de doter la Ville de Montréal d'un commissaire à l'éthique indépendant, et ce, au cours des prochaines semaines, sinon le conseil municipal le fera en décembre. Le commissaire à l'éthique sera responsable de l'application du code d'éthique et de conduite des élus que le conseil municipal a approuvé fin septembre.

M. Tremblay a également évoqué la mise en service très prochaine d'une ligne téléphonique «de prévention de la fraude et du gaspillage». Il a réitéré son intention de nommer un contrôleur qui s'assurera que les contrats sont attribués à juste prix et son projet de revoir le rôle du privé dans la conception des devis. Le système d'appel d'offres de la Ville de Montréal doit être «impeccable», a-t-il indiqué.

«Mesdames et messieurs, voilà mes premiers gestes pour rétablir la crédibilité de Montréal sur la scène nationale et [la scène] internationale», a déclaré solennellement Gérald Tremblay, précisant que d'autres mesures suivront.

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a dit croire le maire Gérald Tremblay dans son désir de corriger les moeurs politiques à l'Hôtel de Ville. «M. Tremblay ne voulait pas partir la tête basse, dans le déshonneur. [...] Il a la chance là d'avoir un bon troisième mandat et il ne souhaiterait pas faire le ménage à l'Hôtel de Ville?», s'interroge-t-il.

Le conseiller municipal du district de Jeanne-Mance dans l'arrondissement du Plateau-Montréal a réprouvé tout désir que pourrait ressentir le gouvernement du Québec de vouloir superviser le processus d'octroi de contrats de la Ville de Montréal. «Si ça se produit, c'est une honte», a lancé le chef de Projet Montréal. L'administration Tremblay doit disposer d'une période de «maximum six mois», pour faire le «ménage» à la Ville, après quoi il ne verrait aucune objection à ce que le gouvernement de Jean Charest se mêle de la partie. «Il faut revoir tous les processus administratifs de la Ville. Il faut remettre en place les garde-fous qui ont, de toute évidence, sauté au fil des ans», a souhaité M. Bergeron.

Montréal doit agir

Le gouvernement Charest resserrera les règles visant les appels d'offres municipaux, mais ne soumettra pas la ville de Montréal à des contraintes particulières. Au cours d'une conférence de presse dans ses bureaux à Québec, le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Laurent Lessard, a confirmé que Québec formulerait des changements législatifs ou réglementaires touchant les appels d'offres lancés par les municipalités. Des règles plus sévères s'appliqueront aux neuf plus importantes municipalités du Québec.

Laurent Lessard doit d'ailleurs rencontrer la semaine prochaine à ce sujet les maires de ces neuf villes avec les présidents de l'Union des municipalités du Québec et de la Fédération québécoise des municipalités.

Il n'est pas question que le ministère dépêche un fonctionnaire ou forme un comité gouvernemental pour superviser le processus d'appel d'offres à Montréal. La mise en tutelle de l'administration de Gérald Tremblay est aussi exclue. «Ce n'est pas des scénarios qui ont été envisagés», a soutenu Laurent Lessard. Le processus d'appel d'offres, «ça relève du monde municipal».

«Dans les grandes villes, dont Montréal, il devra y avoir un encadrement additionnel», a toutefois souligné le ministre. Le gouvernement «doit trouver des mécanismes additionnels et audacieux pour s'assurer que l'environnement d'affaires de ceux qui répondent aux appels d'offres des villes a changé».

Laurent Lessard a dit s'attendre à ce que Montréal fasse des «gestes importants» de son propre chef.

Le gouvernement Charest n'a donc pas besoin que la lumière soit faite sur la collusion dans la construction et la corruption des fonctionnaires municipaux pour édicter de nouveaux mécanismes d'appel d'offres. Que Gérald Tremblay ait été élu, lui qui rejette l'idée de tenir une enquête publique, conforte le gouvernement Charest dans sa démarche à l'aveugle.

Laurent Lessard a dit s'appuyer sur le contenu d'un reportage au sujet des compteurs d'eau à Montréal et sur le ouï-dire pour justifier son action. «Avec tout ce qu'on entend, on a l'obligation de faire quelque chose d'additionnel», a-t-il dit. Selon lui, il n'est «pas normal» que l'identité des entreprises qui se procurent les cahiers de charges d'un appel d'offres soit divulguée à des concurrents. «Il ne faut pas développer un régime de terreur derrière l'élu», a-t-il aussi souligné.

Comme c'est le cas au ministère des Transports, les municipalités pourront rejeter l'offre la plus basse si elle s'avère supérieure de 15 % à l'évaluation qu'en aura faite la ville, a évoqué le ministre.

«Il y a des trous à boucher» dans les lois municipales, a-t-il dit. Le ministère forcera les petites municipalités à lui fournir toute l'information probante en cas de plaintes, comme le font les grandes municipalités à l'égard de leur vérificateur général. En outre, même si les députés de l'Assemblée nationale n'ont toujours pas de code d'éthique, les élus municipaux devront, eux, se soumettre à un tel code, a indiqué Laurent Lessard.

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Avec Jeanne Corriveau

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