Le côté sombre d'une victoire

Diane Lemieux
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Diane Lemieux

Montréal se retrouve avec un nouvel échiquier politique à la suite des élections de dimanche. Le maire Gérald Tremblay en ressort d'autant plus affaibli que plusieurs gros joueurs de son équipe ont été défaits dimanche.

Gérald Tremblay a beau avoir gagné ses élections dimanche, il a perdu plusieurs vedettes, parmi lesquelles Diane Lemieux, André Lavallée et Michel Labrecque. Mme Lemieux, qui devait hériter du poste de présidente du comité exécutif, a subi une amère défaite dans le district d'Ahuntsic.

Gérald Tremblay avait déroulé le tapis rouge pour l'ancienne ministre péquiste en lui promettant des responsabilités importantes au comité exécutif s'il était reporté au pouvoir. Mais les Montréalais en ont décidé autrement puisqu'au terme du dépouillement des votes hier, on a appris que la candidate de Projet Montréal, Émilie Thuillier, l'avait battue avec une majorité de 120 voix. On peut toutefois s'attendre à ce qu'Union Montréal demande un second dépouillement.

À Union Montréal, on cherchait encore à comprendre ce qui s'était passé. Des membres de l'organisation ont évoqué le vote de protestation contre Gérald Tremblay et contre le parti de l'ancienne mairesse d'arrondissement, Marie-Andrée Beaudoin, dont l'administration avait été vertement critiquée. Mme Lemieux a refusé toutes les demandes d'entrevue hier.

Diane Lemieux n'est pas la seule vedette d'Union Montréal à être tombée au combat. Pilier du parti, le maire de l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie et responsable des transports au comité exécutif, André Lavallée, a lui aussi été défait. Il a dû concéder la victoire au candidat de Vision Montréal, François Croteau, et s'est retrouvé relégué en troisième place derrière le candidat de Projet Montréal.

«Je reçois le verdict et je l'accueille de façon sereine, a indiqué M. Lavallée hier. Aujourd'hui, je ne cherche pas d'explications. Je pense que le lendemain d'une élection comme celle-là, c'est tout à fait légitime de dire que je suis content de mon bilan.» Mais visiblement, ce vétéran de la politique municipale était sous le choc, répétant qu'il était fier de ses réalisations, en particulier du Plan de transport de la Ville. Union Montréal n'a réussi à faire élire aucun candidat dans cet arrondissement.

Décrit comme une «étoile montante de la politique municipale», Michel Labrecque a dû lui aussi se contenter d'une douloureuse troisième place à la mairie du Plateau-Mont-Royal, loin derrière le vainqueur, Luc Ferrandez, de Projet Montréal. M. Labrecque n'a pas voulu commenter sa défaite hier. Dans cet arrondissement, tous les candidats d'Union Montréal ont terminé troisièmes, y compris Robert Pilon (Mile-End), une autre vedette de l'équipe Tremblay.

Ces candidats incarnaient pourtant le renouveau chez Union Montréal, et Gérald Tremblay leur réservait une place de choix dans son comité exécutif. Il devra revoir ses plans et trouver ce renouveau chez les Sammy Forcillo, Claude Dauphin, Alan DeSousa, Luis Miranda et Helen Fotopulos qui ont survécu. «C'est triste qu'on ait perdu des personnes de grande qualité, s'est contenté de dire hier le maire Tremblay. Mais je ne pense pas que nous soyons ici pour procéder à la nomination du comité exécutif.»

De leur côté, les candidats de Vision Montréal pansaient leurs plaies hier après l'amère défaite de la veille. Louise Harel a refusé toutes les demandes d'entrevue hier. Son attachée de presse a toutefois indiqué que la chef de Vision Montréal entendait toujours prendre le poste de chef de l'opposition.

Au parti, on déplorait la division du vote qui a permis de reporter le maire Tremblay au pouvoir. «J'ai toujours cru que Projet Montréal et Vision Montréal auraient dû se mettre ensemble. Les egos des deux côtés ont permis de faire élire Tremblay», estime Anie Samson, mairesse de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension.

Mme Samson n'a pas pleuré sur le sort réservé à Diane Lemieux: «Diane Lemieux, on la connaissait pour son arrogance toutes les fois qu'on la voyait à la télévision. Elle a eu ce qu'elle méritait, j'imagine.»

Le chef de Projet Montréal a rejeté les reproches exprimés par plusieurs membres de Vision Montréal concernant l'alliance ratée du printemps dernier. «Mme Harel a préféré aller vers ce parti moribond, probablement parce qu'on lui avait dit qu'il y avait des réseaux qui pourraient être activés, que l'argent serait plus facile à y trouver. Eh bien, elle s'est brûlé les doigts, et c'est Gérald Tremblay qui est maire de Montréal aujourd'hui. Je n'accepte aucune responsabilité dans le troisième mandat de Gérald Tremblay», a indiqué Richard Bergeron.

Le maire Tremblay devra affronter une opposition plus importante puisque le nouveau conseil municipal sera composé de 39 élus d'Union Montréal, 16 de Vision Montréal et 10 de Projet Montréal. Les élus seront assermentés le 12 novembre prochain et participeront à une première séance du conseil municipal le 23 novembre.

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Avec Marco Bélair-Cirino

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