Tremblay résiste à l'assaut

Gérald Tremblay, le maire réélu de Montréal
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gérald Tremblay, le maire réélu de Montréal

Le vent de changement n'a pas soufflé aussi fort que prévu hier soir à Montréal. Plongé dans les controverses tout au long d'une campagne électorale âprement disputée, le maire sortant de Montréal, Gérald Tremblay, a réussi à se faire réélire à la tête de la métropole du Québec. Ses appuis ont résisté à l'assaut d'une opposition divisée sur deux fronts.

Gérald Tremblay a récolté 37 % des voix, en route vers une victoire serrée. Il devançait Louise Harel (33 %) et Richard Bergeron (26 %). La majorité de Gérald Tremblay dépasse les 13 000 voix.

Loin derrière, Louise O'Sullivan a récolté près de 2 %, alors que Michel Bédard devait se contenter de 1,3 %. Ensemble, Mme O'Sullivan et M. Bédard ont obtenu 11 500 voix.

Aucune vague de fond n'a emporté la mairie de Montréal. L'écart de quelques points entre Gérald Tremblay, Louise Harel et Richard Bergeron a pris forme dès le début de la soirée et ne s'est pas démenti. Le vote de protestation s'est finalement divisé entre Louise Harel, de Vision Montréal, et Richard Bergeron, de Projet Montréal. Ensemble, ils ont récolté près de 59 % des voix.

À Union Montréal, le parti du maire sortant, on donnait le crédit de cette victoire à l'arraché à une machine électorale bien huilée et aux 1600 bénévoles qui ont certainement fait une différence dans une bataille aussi rangée. Tard hier soir, Gérald Tremblay a souligné sa victoire en affirmant qu'il voulait «regagner la confiance de tous les Montréalais». «Notre administration a été secouée par des événements et la confiance a été mise à rude épreuve, a-t-il dit. Les citoyens veulent du changement et nous incarnons ce changement.»

Le maire de Montréal semble lui aussi vouloir faire un certain ménage. «Les citoyens veulent que Montréal soit exemplaire à tous les égards. Ils veulent que Montréal soit exemplaire en ce qui a trait à l'intégrité. Soyez assuré que je vous ai entendu», a dit Gérald Tremblay. Il a ajouté: «Mon défi politique est de regagner la confiance de tous les Montréalais. Mon défi comme maire est de vous redonner confiance dans les institutions de Montréal.»

Fait à noter, Diane Lemieux, promise au rôle de bras droit de Gérald Tremblay, a été élue conseillère dans Ahuntsic-Cartierville, ce qui lui ouvre la porte du comité exécutif.

La déception était évidente dans le clan de Louise Harel, même si cette dernière devient chef de l'opposition. «C'était un rendez-vous important pour les Montréalais, a dit Louise Harel. Les électeurs ont fait un autre choix. Nous le respectons. J'aurais aimé qu'ils votent pour le changement, mais convenons qu'ils n'ont pas voté pour le statu quo. Les deux tiers des électeurs ont voté contre le statu quo», a-t-elle dit devant ses partisans. Elle a affirmé vouloir continuer «le combat» au conseil municipal. «Il faudra être vigilant pour mettre fin à la corruption, à la collusion et à la sous-traitance trop chère», a-t-elle ajouté.

Du côté de Richard Bergeron, la défaite a une saveur de victoire. Le parti n'a peut-être pas remporté la mairie, mais les gains sont importants. M. Bergeron, inconnu du grand public il y a à peine quelques semaines, a largement dépassé les 9 % obtenus en 2005. Il siégera au conseil municipal.

Projet Montréal ajoutera également quelques conseillers municipaux et probablement deux mairies d'arrondissement (Plateau-Mont-Royal et Ahuntsic-Cartierville). Le Plateau a été arraché à un candidat-vedette d'Union Montréal, Michel Labrecque, président du conseil d'administration de la Société de transport de Montréal (STM).

«On a toutes les raisons d'être fier de ce qu'on a fait. Nous n'étions rien il y a cinq ans», a lancé Richard Bergeron hier soir devant quelques centaines de partisans. «Maintenant, Gérald Tremblay doit se montrer à la hauteur de la confiance de la population», a-t-il ajouté, soutenant qu'il s'agit du «dernier mandat de Gérald Tremblay». «Nous serons là en 2013», a-t-il promis.


Faible taux de participation

Le taux de participation à Montréal s'est révélé plus faible que prévu. Il a à peine atteint les 35 % — selon les derniers résultats disponibles — soit loin des 50 % souhaités par le directeur général des élections du Québec. En 2005, il avait également été de 35 %.

Pour l'ensemble du Québec, le taux de participation sera connu aujourd'hui seulement. En 2002, afin d'augmenter le taux de participation aux élections municipales, le gouvernement du Québec a obligé toutes les municipalités de la province à tenir leurs élections en même temps. Le premier événement commun s'est déroulé en 2005, mais le taux de participation de ces élections générales n'a pas été à la hauteur des attentes.

Hier, quelque 839 villes et villages du Québec devaient élire un dirigeant. Huit municipalités seront sans maire après les élections puisque personne ne s'est porté candidat. Il faudra donc reprendre ces élections.


Mandat majoritaire

Outre le poste de maire, âprement disputé, la grande inconnue à Montréal était la composition du conseil municipal. Une course aussi serrée pouvait réserver des surprises, y compris celle de voir le maire diriger une équipe minoritaire. En incluant le maire de la Ville, 65 élus siègent au conseil, soit 18 maires d'arrondissements et 46 conseillers municipaux. La majorité requise était de 33 élus.

Union Montréal a remporté 37 conseillers, suivi de Vision Montréal (16) et de Projet Montréal (10). Gérald Tremblay a donc reçu un mandat majoritaire au conseil municipal.

Dans la métropole, un autre enjeu se superposait, celui des mairies d'arrondissements, qui possèdent de grands pouvoirs, notamment celui de taxer et de donner des services de proximité. Dix-huit mairies étaient dans la balance (sur les 19 arrondissements, puisque Ville-Marie a automatiquement le maire de Montréal comme dirigeant). Depuis 2005, Union Montréal, le parti de Gérald Tremblay, dominait 17 des 19 arrondissements. Vision Montréal n'avait que deux mairies (Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension).

Hier, Union Montréal en a remporté 12, alors que Vision Montréal conservait ses deux mairies (notamment avec Réal Ménard dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve). Projet Montréal était en voie d'en remporter deux.

Deux arrondissements étaient trop serrés pour désigner un vainqueur. Dans Rosemont—La-Petite-Patrie, le maire sortant d'Union Montréal, André Lavallée, a perdu sa bataille, mais le gagnant n'était pas désigné. L'équipe Harel était en avance de peu tard dans la nuit. Dans le Sud-Ouest, l'Équipe Harel dominait par quelques dizaines de voix seulement. Vision Montréal pouvait donc ajouter deux mairies. Les résultats définitifs seront connus ce matin seulement.

Outre sa victoire dans Plateau-Mont-Royal, Projet Montréal était également en avance dans Ahuntsic-Cartierville, avec Pierre Gagnier. Il devançait d'une courte longueur François Purcell (Union Montréal) et Zaki Ghavitian (Vision Montréal).

Dans Anjou, malgré les controverses de fin de campagne, Luis Miranda (Union Montréal) a été réélu. Dans l'arrondissement chaud de Montréal-Nord, le nouveau maire, Gilles Deguire (Union Montréal), est un ancien policier.

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