Harel doit s'incliner devant Tremblay

Louise Harel
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Louise Harel

Louise Harel a perdu son pari et a dû concéder la victoire à Gérald Tremblay tard hier soir. La déception était palpable au Théâtre Telus, où ses militants s'étaient réunis.

Dès l'annonce des premiers résultats, vers 21h, l'inquiétude avait gagné les militants qui croisaient les doigts en espérant une victoire qui n'est jamais venue. Des exclamations de dépit avaient accueilli les premiers résultats apparus sur les écrans géants. Toute la soirée, Gérald Tremblay a devancé son adversaire de quelques milliers de votes et à mesure que la soirée progressait, l'écart ne faisait que croître.

Quand la défaite est devenue une évidence, les mines étaient sombres. La chef de Vision Montréal s'est présentée devant ses militants vers 23h20. Entourée de son équipe, elle s'est dite fière de la campagne qu'elle a menée. Elle a indiqué qu'elle avait communiqué avec Gérald Tremblay pour lui faire part de son intention de siéger au conseil municipal, sa colistière Monique C. Blanchet ayant été élue dans le district de Maisonneuve-Longue-Pointe. «Nous avons l'intention de redémarrer la Ville avec une opposition très forte à l'Hôtel de Ville», a-t-elle déclaré.

«Nous pouvons être légitimement déçus du taux de participation. Nous aurions voulu que les Montréalais votent pour le changement [...], mais ce résultat est le début d'un changement démocratique nécessaire», a-t-elle ajouté en soulignant que son équipe allait être vigilante. Elle a rapidement quitté les lieux sans s'adresser aux journalistes.

Vision Montréal a tout de même connu quelques moments de joie avec les victoires de Réal Ménard à la mairie de l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et d'Anie Samson, dans Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension. Dans Rosemont-La Petite-Patrie, François Croteau, de l'Équipe Harel, a fait la vie dure à André Lavallée, l'un des piliers de Gérald Tremblay. À minuit, il était en voie de l'emporter alors qu'André Lavallée était relégué au troisième rang. Vision Montréal a d'ailleurs remporté trois des quatre autres sièges disponibles avec les victoires de Pierre Lampron, le bras droit de Louise Harel, de Rémy Trudel et d'Élaine Ayotte. Seul le siège de conseiller municipal dans Saint-Édouard a échappé à l'équipe de Mme Harel, et c'est le candidat de Projet Montréal, François Limoges, qui l'a emporté.

Dans le Sud-Ouest, le candidat de Louise Harel, Benoit Dorais, a livré une chaude lutte à Nicole Boudreau, candidate d'Union Montréal à la mairie de cet arrondissement, mais au petit matin, le verdict des électeurs n'était toujours pas connu.

«Je suis à demi-content», a confié Réal Ménard, dont l'équipe a raflé tous les sièges dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, fief de Mme Harel. De son côté, Anie Samson gagnante à la mairie de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, n'a pas obtenu la majorité qu'elle souhaitait dans cet arrondissement, car seule l'ex-députée péquiste Elsie Lefebvre a été élue, alors que les trois autres postes ont été décrochés par Union Montréal. Soraya Martinez a essuyé un revers dans Saint-Michel.

La performance de Vision Montréal a été décevante aux mairies des autres arrondissements. Dans le Plateau-Mont-Royal, le candidat de l'équipe Harel, Guillaume Vaillancourt, a été relégué au troisième rang derrière Luc Ferrandez, de Projet Montréal, et Michel Labrecque, d'Union Montréal, même s'il avait devancé M. Labrecque une partie de la soirée. Dans Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Brenda Paris, qui briguait la mairie, est arrivée en troisième place. La candidate Chantal Rouleau suivait de près le candidat d'Union Montréal, Joe Magri, mais elle a finalement été défaite.

Les candidats aux postes de conseillers ont été sur les dents toute la soirée, car à 23h30 les résultats n'étaient toujours pas connus. Lyn Thériault, candidate de Vision Montréal dans le district de Louis-Riel, l'a finalement emporté, mais elle s'est dite tout de même déçue par la tournure des événements. «Je suis déçue et surprise à la fois. Ça me dépasse de voir la réaction des Montréalais», a-t-elle dit en commentant l'avance détenue toute la soirée par Gérald Tremblay à la mairie. Elle a attribué la piètre performance de Vision Montréal à l'effet des débats sur l'éthique, qui ont éclipsé tous les autres enjeux au cours des dernières semaines.

Dans l'arrondissement de Ville-Marie, Benoit Labonté s'était désisté comme candidat dans Sainte-Marie, mais son ex-collègue dans Saint-Jacques, François Robillard, a défait Catherine Sévigny, responsable du dossier de la culture au comité exécutif de l'administration Tremblay.

La campagne électorale de Louise Harel n'a pas été de tout repos. L'ancienne ministre péquiste avait entrepris sa campagne électorale en brandissant son balai, avec la ferme intention de faire le ménage à l'Hôtel de Ville, où plusieurs scandales ont éclaté au fil des mois. Elle s'est toutefois retrouvée dans l'embarras lorsque son propre lieutenant, Benoit Labonté, a admis avoir reçu de l'argent de divers entrepreneurs, dont Tony Accurso, pour financer sa campagne à la chefferie de Vision Montréal au printemps de 2008. Mme Harel avait été contrainte de montrer la porte à M. Labonté.

Contrairement à ses adversaires, Louise Harel avait promis un gel de taxes pour 2010, sans vouloir se prononcer pour les années suivantes. Elle s'était aussi engagée à maintenir au même niveau les tarifs de la Société de transport de Montréal (STM) pour la première année de son mandat et des hausses ne dépassant pas l'augmentation du coût de la vie pour les années suivantes.

La chef de Vision Montréal voulait aussi revoir la gouvernance de la Ville afin de centraliser certains services comme l'urbanisme, la voirie, le déneigement et la gestion des matières résiduelles. En matière d'éthique, son parti avait promis de créer un poste de commissaire à l'éthique et de faire adopter un code d'éthique sévère.

Un sondage publié à la mi-septembre lui avait accordé 41 % des intentions de vote, mais au fil des semaines, ses appuis se sont effrités pour atteindre 34 % dans un autre coup de sonde effectué la semaine dernière. Même si elle devançait toujours ses rivaux, l'écart avec ses deux opposants était minime. La morale de cette histoire, c'est qu'il ne faut pas toujours se fier aux sondages, surtout quand la lutte est serrée à quelques jours du scrutin.

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