Gérald Tremblay n'a jamais été inquiété

Gérald Tremblay, le maire réélu de Montréal
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gérald Tremblay, le maire réélu de Montréal

Après les scandales, les rumeurs, les révélations, les allégations, Gérald Tremblay et son équipe ont fait face hier à un suspense qui s'est étiré sur plusieurs heures. Mais le chef d'Union Montréal a finalement obtenu à l'arraché un troisième mandat grâce à la division du vote d'opposition.

En début de soirée, les militants d'Union Montréal ont été peu nombreux à répondre à l'appel de leur chef à se rassembler. Il y avait beaucoup de nervosité dans l'air. Les très nombreuses polémiques qui ont explosé au cours des derniers mois n'étaient pas étrangères à cette ambiance plutôt morne.

Au fur et à mesure que l'écart s'est creusé entre M. Tremblay et ses adversaires, Louise Harel et Richard Bergeron, un changement d'ambiance s'est fait sentir. Des applaudissements ont accompagné l'annonce de la victoire du chef d'Union Montréal, mais personne n'était prêt à festoyer compte tenu des résultats dans les arrondissements. Des luttes serrées pour certaines têtes d'affiche du parti ont surpris.

Ainsi, la mairie de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal est passée entre les mains de Luc Ferrandez de Projet Montréal. Juste au nord, Vision Montréal semblait se diriger vers un gain et écarter André Lavallée. Dans Ahuntsic-Cartierville, Projet Montréal voguait vers une victoire au moment de mettre sous presse.

Ces résultats semblaient commander beaucoup de prudence dans le clan Tremblay. «Ç'a été une campagne difficile. Tout était négatif. Heureusement, on a une grosse équipe sur le terrain», a commenté Jean-Bosco Bourcier, organisateur pour Union Montréal dans 11 des 19 arrondissements.

L'organisation d'Union Montréal a beaucoup misé sur la sortie de vote afin de contrer une possible vague de mécontentement envers l'administration Tremblay. Le parti du maire apparaissait comme étant le mieux nanti des trois pour stimuler les Montréalais à se rendre aux urnes. Une armée de 1600 bénévoles a été à pied d'oeuvre toute la journée.

Selon M. Bourcier, le taux de participation assez faible a avantagé Union Montréal, d'autant plus que les adversaires se sont partagé le vote de protestation. «Un vote de masse est en général un vote de contestation. Cela ne semble pas s'être produit», a-t-il souligné.

D'autres dans l'équipe du maire Tremblay ne cachaient pas leur aigreur quant au travail journalistique. Les médias sont à la source des difficultés connues au cours des derniers mois, soulignait-on.

Il est vrai que Gérald Tremblay est sur la défensive depuis plus d'un an. Les scandales et les allégations de toutes sortes sont comme autant d'épines au pied du maire sortant. En décembre 2007, Le Devoir révélait le scandale des compteurs d'eau. L'automne dernier, l'histoire a refait surface alors que La Presse révélait que l'ancien président du comité exécutif Frank Zampino avait séjourné sur le yacht de luxe de l'entrepreneur Tony Accurso au moment où se déroulait le processus d'octroi du contrat.

Un autre scandale a fortement ébranlé l'administration Tremblay. Il s'agit de celui concernant la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM), qui a développé le projet immobilier Contrecoeur, marqué par le favoritisme. Devant la tourmente, le maire Tremblay a modifié la structure de la SHDM et remercié le directeur général, qui avait pourtant été son chef de cabinet.

Puis, en début de campagne électorale, Radio-Canada démontrait que le processus d'appel d'offres était la plupart du temps vicié. Il y aurait collusion et corruption. Le territoire serait partagé entre les membres d'un club d'entrepreneurs. La mafia ne serait pas étrangère à tout cela.

Union Montréal avait des coffres bien garnis pour mener cette campagne électorale comparativement à ses adversaires. Le financement du parti de M. Tremblay a toutefois soulevé de nombreux doutes à la suite de la sortie publique de l'ex-maire de l'arrondissement de Ville-Marie, Benoit Labonté. Ce dernier a soutenu que Union Montréal bénéficierait de ristournes sur les contrats octroyés par la Ville de Montréal. Les sommes recueillies correspondraient à 3 % de la valeur de chaque contrat.

Au moment de mettre sous presse, le maire Tremblay n'avait pas encore pris la parole devant ses partisans.

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