Après les élections municipales à Montréal - Les nouveaux élus prennent place dans leur royaume

Photo: Jacques Grenier - Le Devoir

Les électeurs ont reconduit Gérald Tremblay à la mairie de Montréal dimanche dernier, mais dans plusieurs arrondissements, c'est le branle-bas de combat. À l'échelle locale, de nouveaux élus s'apprêtent à s'installer au pouvoir dans leur royaume respectif, marquant le début de nouveaux régimes dans les arrondissements.

Les élections municipales de dimanche ont permis l'entrée en scène de nouvelles figures dans le paysage politique montréalais. Si Gérald Tremblay a réussi à maintenir ses troupes dans les arrondissements des anciennes villes de banlieue, il a perdu du terrain dans les quartiers centraux où les partis d'opposition ont mis la main sur des postes stratégiques. Deux candidats indépendants ont même réussi à se faufiler, l'une dans Outremont, l'autre dans l'arrondissement de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève.

Dans le Plateau-Mont-Royal, les candidats de Projet Montréal ont fait un score parfait, raflant tous les sièges de l'arrondissement. C'est un nouveau régime qu'on s'apprête à instaurer. À peine remis de sa victoire — à laquelle il n'avait jamais osé croire —, Luc Ferrandez se prépare à ses nouvelles fonctions.

Consultant en management et ex-conseiller principal en communication chez Hydro-Québec, M. Ferrandez a remporté la mairie, défaisant l'une des vedettes de Gérald Tremblay, Michel Labrecque. Avant même d'être assermentés, les nouveaux élus ont rencontré la directrice de l'arrondissement, question de se familiariser avec les dossiers qui les attendent et de discuter du budget qu'il faudra adopter sous peu. «La directrice Isabelle Cadrin nous a accueillis à bras ouverts, explique M. Ferrandez. Mais elle nous a dit que la direction de l'arrondissement avait le devoir de réalisme. On lui a répondu que nous, on avait le devoir du changement.» Les candidats, qui ont notamment fait campagne sur l'apaisement de la circulation, soutiennent qu'ils tenteront, dès le printemps, de mettre à exécution leurs promesses à cet égard.

Luc Ferrandez a aussi visité le bureau qu'il occupera sous peu. «C'est très grand. Mme Fotopulos avait un cabinet de mairesse immense. On va réformer ça, mais sans coûts. Ce sera un changement significatif et symbolique», a-t-il fait savoir.

Le château fort d'André Lavallée

De son côté, François Croteau n'a jamais fait de politique municipale. Chargé de cours à l'UQAM, il se retrouve du jour au lendemain propulsé au poste maire de l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie sous la bannière de Vision Montréal, le parti de Louise Harel. C'est lui qui devra chausser les souliers d'André Lavallée, un vétéran de l'équipe de Gérald Tremblay qui a essuyé un cuisant revers dimanche dernier. Dans cet arrondissement tous les candidats d'Union Montréal ont été éjectés, et désormais majoritaire, Vision Montréal comptera dans ses rangs Pierre Lampron et Élaine Ayotte, qui cohabiteront avec deux élus de Projet Montréal. François Croteau n'a pas voulu accorder d'entrevue au Devoir, estimant qu'il était trop tôt pour commenter son imminente accession à la mairie de cet arrondissement.

Dans l'est de la ville, Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles est aussi passé aux mains de Vision Montréal même si le nouveau maire de l'arrondissement, Joe Magri, fait partie de l'équipe d'Union Montréal. Réélue dans son district, la conseillère de Vision Montréal, Suzanne Décarie, admet qu'elle devra s'habituer à son nouveau statut de membre d'une équipe majoritaire. Elle se méfie toutefois d'éventuelles tentatives du camp adverse pour attirer des conseillers et de possibles défections, comme ce fut le cas au cours des dernières années. «Joe Magri nous a déjà tous appelés pour soi-disant prendre un café», relate-t-elle.

Dans Outremont, une candidate indépendante a créé une brèche en se faisant élire dans le district électoral de Joseph-Beaubien, délogeant Claude B. Piquette. Ex-conseillère municipale dans les années précédant les fusions, Céline Forget est aussi une citoyenne engagée qui assiste de façon systématique aux séances du conseil d'arrondissement, où tous les sièges sont détenus par Union Montréal depuis huit ans.

Bien que consciente du pouvoir limité qu'elle détiendra au sein de l'équipe d'élus, Mme Forget croit tout de même que sa présence obligera l'administration à plus de transparence. À titre d'exemple, elle cite l'épisode du Centre communautaire intergénérationnel, un projet dont les coûts ont explosé. «Les élus ont mis beaucoup de temps à avouer le coût total du projet. Ils ont toujours nié les chiffres que nous avancions, mais ils ne pourront plus faire ça parce qu'ils savent que désormais, parmi les élus, quelqu'un aura l'information. S'ils cachent des informations, moi, je les dévoilerai. Alors, c'est un rôle de chien de garde que j'aurai», explique-t-elle.

Un autre candidat indépendant a réussi à se tailler une place dans l'ouest de l'île. Il s'agit de Jacques Cardinal, ancien maire de Sainte-Geneviève, qui a décroché un poste de conseiller dans l'arrondissement de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève.

Cohabitation

La composition des arrondissements du Sud-Ouest et d'Ahuntsic-Cartierville sera plus bigarrée puisque les trois partis ont réussi à y faire élire des candidats. Dans le Sud-Ouest, Benoît Dorais, de Vision Montréal, a remporté avec une faible marge la mairie, alors que dans Ahuntsic-Cartierville, la victoire est allée à Pierre Gagnier, candidat de Projet Montréal et ancien conseiller municipal de 1990 à 1998. Bien que Montréal-Nord soit resté aux mains d'Union Montréal, Gilles Deguire, un ancien policier, succédera à Marcel Parent qui a pris sa retraite.

Ville-Marie appartient à une classe à part, car la loi 22 adoptée en juin 2008 a entraîné l'abolition du poste de maire d'arrondissement. C'est le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui dirigera l'arrondissement avec deux membres de son équipe qu'il désignera sous peu, ainsi que les trois conseillers élus localement. Les électeurs ont choisi d'être représentés par des membres des trois partis puisque Sammy Forcillo, d'Union Montréal, Pierre Mainville, de Projet Montréal, et François Robillard, de Vision Montréal, ont décroché un siège.

Les nouveaux élus seront assermentés jeudi et devront aussitôt se plonger dans les chiffres puisque la fin de l'année coïncide avec l'adoption des budgets.

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