Génie-conseil à Montréal - Dix sociétés se partagent la plus grosse part du gâteau

Avec Gérald Tremblay à la mairie depuis huit ans, les firmes de génie-conseil ont connu un essor grandissant au coeur de la Ville de Montréal. Au cours du dernier mandat, des exemples de contrats accordés aux ingénieurs externes démontrent une mainmise du privé sur certaines fonctions stratégiques de la plus importante municipalité du Québec.

Trois contrats sur quatre (73 %) accordés à des firmes de génie-conseil à Montréal sont concentrés entre les mains de 10 firmes, qui se sont partagé un pactole de près de 100 millions de dollars depuis quatre ans, a appris Le Devoir.

La firme Tecsult arrive en tête de liste des entreprises dont les services professionnels sont le plus souvent retenus par Montréal. Ainsi, Tecsult a reçu un total de 19 contrats sur les 159 octroyés en génie-conseil entre janvier 2005 et juin 2009, à Montréal. Tecsult a fait alliance avec des firmes concurrentes à 15 reprises afin de remporter des soumissions totalisant plus de 30 millions.

Outre Tecsult, on retrouve SNC-Lavalin, Génivar, CIMA+, BPR, le Groupe HBA, Teknika, Géniplus, le Groupe Cardinal Hardy et le Groupe Séguin. Au total, ces firmes ont empoché approximativement 100 millions de dollars en contrats.

Les services professionnels, et en particulier le génie-conseil, sont devenus ni plus ni moins un rouage de l'appareil municipal montréalais. Les responsabilités publiques sont ainsi imparties aux firmes, qui ne se limitent plus à faire un travail technique d'ingénieur. Elles mènent de très nombreux dossiers au nom de la Ville.

Par exemple, en août 2007, l'administration Tremblay a octroyé un contrat de 289 000 $ à CIMA+ pour offrir une «assistance opérationnelle en gestion de projets majeurs» pour une période de deux ans.

Le maire Tremblay a beau dire sur tous les tons depuis quelques semaines que son administration est en plein contrôle et que de toute façon, des changements sont en cours pour redresser la situation, il reste que les contrats aux firmes d'ingénierie continuent de se multiplier. Parmi ceux-ci, on compte de nombreux contrats d'études d'opportunité, soit une planification qui normalement relèverait des services municipaux. Il en va de même de la responsabilité déléguée aux firmes privées pour la gestion de travaux.

Par exemple, plusieurs contrats ont été accordés à des experts-conseils tout simplement pour planifier le réaménagement de certains parcs pour enfants. Chaque fois, plusieurs milliers de dollars vont à des firmes privées.

Il y a un mois jour pour jour, le comité exécutif a retenu les services de quatre firmes (le Groupe ABS, Consultants SM, Tecsult et Dessau) pour effectuer plusieurs mandats de caractérisation environnementale. Or, devant le flot de projets et la lenteur qu'impose le processus d'appel d'offres public, l'administration a sélectionné des firmes qui réaliseront des mandats selon des demandes à être déterminées. Il s'agit de contrats ouverts avec une gestion des dossiers relevant des firmes de génie-conseil.

Le même argument est présenté par le Service des infrastructures, du transport et de l'environnement pour l'octroi en juin dernier d'un contrat d'études géotechniques. Trois firmes, LVM Technisol, Labo SM et Inspec-sol, ont remporté la mise (1,5 million). Elles se partageront la tarte des mandats.

D'autres exemples soulèvent des interrogations concernant les hauts tarifs des honoraires réclamés par les firmes par rapport aux travaux exécutés. Ainsi, pour la restauration de la croix du mont Royal, la firme Géniplus a reçu 163 000 $ pour un projet devant coûter 850 000 $. Les services professionnels représentent donc 19 % de la facture des travaux. Notons toutefois que le prix a explosé en cours de chantier, pour s'établir à près de 1,5 million.

La directrice générale par intérim de Montréal a d'ailleurs remis un rapport lundi dernier qui met en lumière «la perdition des compétences, ce qui n'a pas permis aux ressources internes [les professionnels de la Ville] d'assurer un encadrement adéquat, d'assumer le rôle de gardien des actifs et de donneur d'ordres, imputable et responsable, et finalement d'assurer le contrôle de la Ville sur ses projets».

Chez Vision Montréal, le candidat à la mairie de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, suit de près le rôle grandissant joué à Montréal par les firmes d'experts-conseils. Il juge «aberrants» les exemples soumis par Le Devoir. Il cite notamment la planification des travaux pour réaménager les parcs de Montréal ou encore la restauration de la croix du mont Royal.

«Comment se fait-il qu'il n'y ait pas d'ingénieurs ou de cols bleus à Montréal pour aménager des aires de jeu pour enfants? Il faut se poser des questions. On est allé trop loin», dit-il.

Selon lui, les firmes de génie-conseil font maintenant partie de la «planification stratégique» de pans entiers de la ville. «Quand vous êtes tributaire des firmes privées à un moment où il y a une infiltration du crime organisé, il me semble que ça nous met à risque, dit-il. Il faut créer un renouveau dans la fonction publique, avec les ingénieurs notamment, parce que les fonctionnaires ont à c¶ur les intérêts publics.»
3 commentaires
  • gaetanfo - Abonné 29 octobre 2009 08 h 48

    Études...

    C'est fou ce que ces conseils nous coûtent. La palme revient
    sans doute aux études pour le remplacement du toit du stade.
    Des dizaines de millions. Pour ce prix là avait dit Taillibert, on construit un stade.

    Modifications malheureuses : la projet original modifié par
    l'une de nos firmes d'ingénierie. Désastreux. On reprend les mêmes et l'on recommence.

  • Richard Brunelle - Abonné 29 octobre 2009 17 h 10

    Un peu de rigueur s'il vous plaît

    Votre article mêle deux problématiques fort différentes: d'une part le fait qu'une dizaines de firmes de génie-conseil se soient partagées la majeure partie des contrats de services professionnels octroyés par Montréal, et d'autre part la tendance à élargir les mandats de ces firmes pour leur confier des tâches qui devraient relever normalement des services municipaux. Ce n'est pas du tout la même chose, et vous faites une relation de cause à effet entre ces deux phénomènes qui n'est pas justifiée. Je ne vois pas ce qu'il y a de mal à ce que les firmes mentionnées dans votre article obtiennent des contrats de la Ville de Montréal, pour peu évidemment que la sélection ait été faite selon les règles. En revanche, le vrai problème, c'est que la Ville leur confie des mandats de planification stratégique qu'elle aurait dû assumer elle-même, à titre de gardienne de l'intérêt public. C'est cela que vous auriez dû documenter de façon un peu plus rigoureuse.

  • Pierre Allard - Inscrit 29 octobre 2009 19 h 43

    corruption et calomnie

    " Les services professionnels, et en particulier le génie-conseil, sont devenus ni plus ni moins un rouage de l'appareil municipal montréalais"

    Erreur. C'est l'appareil municipal montréalais qui est devenu un rouage d'une association d'ingénieurs conseils devenue une combine au sens strict. Et la magouille se répand comme une gangrène. Il semble que l'on cherche à importer dans le processus électoral la même turpitude qui est devenue le signe distinctif de l'administration municipale.

    Et rien n'est trop abject. Un blogueur sous le pseudo "desjarjo" a publié une vidéo trafiquée dans laquelle il fait passer Richard Bergeron pour un abominable macho... Avec une rapidité impressionnante, la vidéo-torchon est reprise sur le blog de Lagace de Cyberpresse, un groupe où l'on n'aime pas ceux qui contestent l'Establishment.

    Sur le blog de Lagacé, elle suscite évidemment une levée de boucliers. On se bouscule pour dire que Bergeron est discrédité... Mais des blogueurs ont découvert le subterfuge et le débat s'enfle.. Qu'est-ce qui aura le plus d'impact ? La calomnie qui a été largement diffusée.. ou l'indignation qui augmente face à cette calomnie ? Et on découvre que "desjarjo" est Jocelyn Desjardins, pilier actif dans l'organisation Harel...

    La corruption sera l'affaire des tribunaux. Mais la calomnie devrait faire l'objet d'une intervention judiciaire immédiate.

    Pierre JC Allard