Stratégie du Bloc québécois - Pour Duceppe, les choses ne sont pas si simples

Papineauville — Il refuse systématiquement de discuter de stratégie devant les journalistes, mais le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a révélé hier, à ses dépens, quelques opinions sur la position de son parti dans plusieurs comtés chauds.

Lors d'un échange informel avec le journaliste Daniel Lessard avant de débuter une entrevue pour l'émission Les Coulisses du pouvoir de Radio-Canada, M. Duceppe s'est livré à quelques confidences. Or, le microphone qu'on avait installé fonctionnait et la conversation d'à peine plus d'une minute a été retransmise jusqu'aux boîtes de son installées pour les journalistes.

S'il dit publiquement être «très optimiste» et «confiant» de voir le Bloc effectuer des percées dans des comtés traditionnellement fédéralistes, les choses ne semblent pas si simples.

En Beauce, par exemple, le chef du Bloc s'est dit d'accord avec l'analyse de M. Lessard. «En Beauce, la clé, je pense, c'est que le vote libéral va être tellement faible», a soutenu le journaliste. «Et c'est ça le danger», a admis M. Duceppe.

Dans cette circonscription, une véritable lutte à trois se déroule puisque les conservateurs ont présenté un candidat-vedette, Maxime Bernier. Avec ce troisième joueur important, le Bloc pensait pouvoir se faufiler vers la victoire grâce à la division du vote fédéraliste.

Au scrutin de juin 2004, le Bloc était arrivé deuxième derrière l'ancien ministre Claude Drouin. Le candidat conservateur terminait bon troisième avec 8 091 votes.

Région de Montréal

Ailleurs, dans la région de Montréal, M. Duceppe n'a pas concédé la victoire aux libéraux dans bien des endroits. Dans les comtés de Papineau, Ahuntsic, Jeanne-Le Ber, Brossard, Outremont, «c'est serré». «Ils [les libéraux] sont nerveux», a-t-il précisé.

Et s'il était journaliste, il irait faire un tour dans Brome-Missisquoi pour saisir le pouls sur le terrain, a-t-il répondu à M. Lessard lorsque ce dernier lui a posé la question. À cet endroit aussi, le Bloc mise sur la division du vote fédéraliste pour arracher la victoire.

«Les conservateurs ont fait moins de 10 % [en 2004] et c'est un comté qui a souvent été conservateur», a analysé M. Duceppe. Le Bloc avait terminé deuxième (17 537 votes) derrière l'ex-ministre Denis Paradis (18 609 voix). Là encore, les conservateurs avaient terminé au troisième rang, avec 4 888 voix.

Remontée

Trois récents sondages concluent à une remontée significative des conservateurs au Québec, faisant perdre quelques plumes à la grande popularité du Bloc.

M. Duceppe refuse de commenter les sondages, répétant hier (six fois plutôt qu'une) ne «rien tenir pour acquis». Dans l'entourage du chef, on affirme ne pas trop s'inquiéter de cette tendance qui semble se profiler, les échantillons de personnes interrogées étant plutôt faibles.

Pourtant, hier, le chef du Bloc a durci le ton face au parti de Stephen Harper. Elle est finie, l'époque du «beau risque», tel que le présentait Brian Mulroney dans les années 1980.

«Ce que Stephen Harper propose, ce n'est pas un beau risque, c'est un gros risque qui va à l'encontre des intérêts du Québec dans plusieurs domaines», a fait valoir Gilles Duceppe.

Invité par les journalistes à illustrer cette déclaration par des exemples, le chef bloquiste mentionne l'approche des conservateurs au «niveau du social, des garderies».

Il cite aussi la vision en matière de lutte contre la criminalité. «On s'attaque aux conséquences et non aux causes même», soutient M. Duceppe, qui ajoute la culture à cette liste.

Il met aussi Paul Martin, Stephen Harper et Jack Layton dans le même sac, puisqu'ils promettent tous des choses, «puis de faire le contraire».

Par exemple, le chef conservateur veut démontrer une ouverture sur le Québec, mais il a voté contre une motion du Bloc pour faire reconnaître la place du Québec sur la scène internationale, a rappelé M. Duceppe.