Traitement des immigrants chinois dans le passé - Martin improvise des excuses

Kitchener — Après avoir refusé de le faire pendant des mois, le premier ministre Paul Martin vient finalement de présenter ses excuses à la communauté chinoise au sujet d'une politique raciste remontant à une centaine d'années.

De 1885 à 1923, le gouvernement fédéral a imposé une taxe variant de 50 $ à 500 $ à chaque Chinois qui immigrait au pays — des montants énormes à l'époque. On craignait alors que les immigrants de Chine prennent les emplois des autres Canadiens.

Les Chinois ont pourtant très largement contribué à construire le chemin de fer transcanadien, une tâche peu enviable. Puis, en 1923, on a carrément mis fin à l'immigration chinoise, pour ne la reprendre officiellement qu'à la fin des années 1940.

Le chef libéral y est allé de ses excuses inattendues au cours d'une entrevue avec la station de radio canado-asiatique Fairchild, à Vancouver, mardi soir.

«Il est impossible d'ignorer le fait que des gens ont été traités très injustement», a admis M. Martin.

«Est-ce que je regrette cela? La réponse est oui. Est-ce que je présente mes excuses? Oui.»

La façon dont la nouvelle est sortie illustre l'improvisation qui caractérise la campagne libérale depuis quelques jours. Les journalistes qui accompagnent Paul Martin n'ont appris qu'en fin d'après-midi, mercredi, qu'il avait accordé une entrevue à Fairchild, ce qui est contraire à la pratique habituelle.

Le ministre ne savait pas

Pire encore, le ministre d'État au multiculturalisme, le Sino-Canadien Raymond Chan, ne semblait pas au courant des excuses de son chef mardi, si l'on se fie au mutisme dont il a fait preuve à l'égard du quotidien torontois Globe and Mail le soir même.

La volte-face des libéraux vise notamment à sauvegarder l'important appui dont ils ont jouit par le passé auprès de l'importante communauté asiatique de Colombie-Britannique, théâtre d'une intense course à trois avec les conservateurs et les néo-démocrates.

Les avocats fédéraux ont toujours craint que des excuses officielles n'entraînent une série de poursuites réclamant réparation.

Les chefs conservateur, Stephen Harper, et néo-démocrate, Jack Layton, ont déjà promis des excuses nationales aux Sino-Canadiens.

Le premier ministre a toutefois fermé la porte au versement d'indemnisations directes aux descendants des immigrants qui ont acquitté l'infâme taxe.

«Ça n'implique pas une compensation, ça n'implique pas d'argent», a réitéré Paul Martin lors d'une conférence de presse, hier.

Non aux indemnités

Mardi, le ministre responsable de la Colombie-Britannique, David Emerson, s'est pourtant montré ouvert à l'idée, après y avoir été opposé. Pour sa part, le ministre Ujjal Dosanjh est d'accord pour les excuses, mais pas pour des indemnités.

En février 2005, le gouvernement a institué un fonds de 25 millions $ visant à financer des projets de sensibilisation aux affronts du passé — qui ont aussi touché les communautés italienne et ukrainienne, entre autres. Quelque 2,5 millions $ de cette somme doivent aller aux Sino-Canadiens. Les leaders de ces derniers estiment qu'il faut aller plus loin.

«Des excuses personnelles ne suffisent pas», a affirmé dans un communiqué le directeur du Chinese Canadian National Council, Sid Tan. «Le premier ministre Martin doit s'engager à formuler des excuses officielles dans la Chambre des communes afin d'amorcer le processus de réconciliation.»