Peines plus sévères et présence policière accrue - Sécurité: Harper entend serrer la vis aux criminels

Stephen Harper, hier, alors qu’il présentait le plan de son parti pour contrer la violence.
Photo: Agence Reuters Stephen Harper, hier, alors qu’il présentait le plan de son parti pour contrer la violence.

Le chef conservateur a lancé hier son programme en matière de sécurité, un plan ambitieux qui prévoit des peines minimales de cinq à dix ans de prison pour tous les crimes commis avec des armes à feu, une présence policière accrue à travers tout le pays, l'abolition du registre des armes à feu et un appareil judiciaire beaucoup plus sévère.

«Les actes de violence survenus récemment à Toronto et ailleurs au Canada sont la preuve que les vains discours ne peuvent sauver des vies, a lancé M. Harper, dans une attaque qui visait directement le gouvernement Martin. Il faut rendre plus sévère notre système de justice, qui est trop conciliant, accroître les effectifs policiers dans les rues et réprimer la contrebande.»

Les conservateurs souhaitent notamment embaucher 2000 policiers provinciaux et municipaux de plus, mais aussi 1000 agents de la Gendarmerie royale du Canada supplémentaires. S'ils sont élus, ils investiront aussi quelque 100 millions de dollars par année pour contrer la criminalité et aider les victimes de crimes violents. Cette somme comprend une enveloppe de 50 millions sur cinq ans dédiée aux programmes de prévention du crime et d'aide aux jeunes à risques.

Le Bloc dénonce

Selon les troupes de Stephen Harper, toute personne de 14 ans et plus inculpée de crime violent grave ou récidiviste sera toutefois «automatiquement assujettie aux dispositions sur les peines pour adulte». Une mesure dénoncée par le porte-parole du Bloc québécois en matière de justice, Richard Marceau. «C'est aux antipodes de l'approche adoptée par le Québec. Notre façon de traiter les jeunes contrevenants est reconnue à travers le monde, a-t-il expliqué au Devoir. On ne doit pas les traiter comme des criminels endurcis, alors qu'on peut les réhabiliter. N'oublions pas que la prison peut parfois être une université du crime.» Ce dernier souligne du même souffle le caractère «cow-boy à l'américaine» des conservateurs, alors que leur chef se comporte selon lui en «shérif qui veut nettoyer la ville». Pour M. Marceau, ce parti semble mettre de côté les problèmes de pauvreté et d'exclusion sociale, directement liés selon lui à la criminalité. «En se limitant à une approche punitive, on ne réglera pas le problème», a-t-il ajouté.

Les libéraux accusent de leur côté M. Harper de favoriser le laisser-aller en matière de contrôle des armes à feu. «Il dit qu'il veut plus de sécurité au pays, mais il s'est prononcé contre le registre des armes à feu et il a voté contre les mesures qui prévoyaient un durcissement des peines de prison pour les crimes commis avec armes à feu», a expliqué hier Marlene Jennings, une porte-parole du Parti libéral. Au sujet de l'embauche d'agents de la GRC supplémentaires, elle note que les libéraux se sont déjà engagés à porter à 1400 le nombre de policiers formés chaque année à compter de 2008 en y investissant 10 millions de dollars annuellement. Dans leurs engagements en matière de sécurité, les libéraux promettent aussi 50 millions pour la prévention de la violence armée et du phénomène des gangs, en plus de 50 millions destinés à la sécurité en milieu rural.

Au coeur de la ville de Toronto, toujours traumatisée par la fusillade qui a fait un mort au lendemain de Noël, le leader conservateur a par ailleurs réitéré sa volonté d'abolir la Loi sur le registre des armes à feu, jugée «très coûteuse», puisqu'elle a englouti plus de deux milliards jusqu'à présent. Il compte plutôt sur une présence policière accrue et sur une répression plus sévère de la contrebande pour enrayer la violence urbaine. Au chapitre des armes de poing, les conservateurs veulent maintenir l'actuel registre, «tout en respectant le droit des Canadiens honnêtes d'avoir et d'utiliser des armes à feu de manière responsable». Paul Martin s'est engagé en début de campagne à les bannir du pays.

Stephen Harper a aussi promis un durcissement des «politiques trop conciliantes» de libération sous caution et de libération conditionnelle. De plus, toute personne reconnue coupable à trois reprises de voies de fait avec violence ou d'agression sexuelle sera automatiquement considérée comme un criminel dangereux. «Sous les gouvernements libéraux, les délinquants sexuels ont bénéficié de peines trop légères et le Canada est devenu un paradis pour la pornographie juvénile sur Internet», ont ajouté les conservateurs dans leur plan dévoilé hier. Ceux-ci travailleraient en outre à modifier la Constitution canadienne pour «interdire aux prisonniers incarcérés dans les établissements fédéraux de voter aux élections».

Le plan des conservateurs, intitulé «Changeons pour vrai: la sécurité», est très dur à l'endroit du Parti libéral, jugé laxiste en la matière. «Le nombre d'homicides est en hausse, les crimes commis avec des armes à feu sont une menace croissante, les infractions pour culture illégale de cannabis ont doublé au cours de la dernière décennie et le gouvernement a montré qu'il était incapable d'expulser les criminels du Canada et de les empêcher de revenir», est-il écrit dans le document dévoilé hier. Fouettées par un sondage Ekos publié hier qui accorde 36 % des intentions de vote aux conservateurs, contre 30 % pour les libéraux, les troupes de Stephen Harper comptent justement jeter aux oubliettes le projet de décriminalisation de la marijuana et adopter des mesures plus sévères contre les producteurs et les vendeurs de drogue.

Protéger les frontières

Le Parti conservateur est par ailleurs toujours préoccupé par la lutte contre le terrorisme, mais aussi par le maintien de bonnes relations avec les États-Unis. Il entend donc accroître les mesures sécuritaires aux frontières. «La sécurité, c'est aussi de savoir que nos frontières sont sûres et que le gouvernement fédéral nous protège activement contre le terrorisme, la contrebande et le crime», souligne leur programme.

Stephen Harper souhaite donc déployer «une technologie de reconnaissance faciale et d'autres technologies biométriques aux passages frontaliers et aux bureaux d'entrée», en plus de rouvrir les détachements de la GRC aux frontières. La Garde côtière verrait aussi son budget haussé de 276 millions de dollars sur cinq ans et les agents frontaliers seraient armés. Libéraux et bloquistes s'opposent fermement à ce que les agents des douanes soient armés, alors que les principaux intéressés applaudissent à cette mesure, qu'ils réclament depuis longtemps.

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- Peines de prison minimales de cinq à dix ans pour les personnes qui commettent des crimes avec des armes à feu

- Durcissement du régime de libération conditionnelle ou sous caution

- Abolition du registre des armes à feu

- Embauche de 1000 agents de la GRC et 2000 policiers provinciaux et municipaux

- Armer les agents frontaliers