Rouge ou bleu, pour Duceppe, c'est du pareil au même

Gilles Duceppe ne cesse de faire campagne dans des comtés qu’on aurait qualifiés, auparavant, d’imprenables.
Photo: Agence Reuters Gilles Duceppe ne cesse de faire campagne dans des comtés qu’on aurait qualifiés, auparavant, d’imprenables.

Alors que les conservateurs prennent pour la première fois de l'avance dans les sondages nationaux, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, soutient que son parti travaillera de la même façon à Ottawa que le prochain gouvernement soit rouge ou bleu.

Il serait donc mal avisé, souligne M. Duceppe, de penser que le Bloc pourrait conclure des alliances précipitées avec le Parti conservateur, comme le soutenait mercredi le chef néo-démocrate, Jack Layton.

«On regardera chacune des propositions faites par quelque parti que ce soit qui exercerait les tâches de gouvernement à la valeur des propositions qu'il fait, et non pas à la couleur du parti qui les propose», a déclaré M. Duceppe lors d'un point de presse hier.

C'est de cette façon que le Bloc a travaillé à Ottawa au cours des 18 derniers mois avec un gouvernement minoritaire libéral, rappelle le chef bloquiste, et c'est de cette façon qu'il entrevoit son travail à venir, advenant l'élection d'un autre gouvernement minoritaire.

«On aurait le même comportement, exactement le même comportement, face à un gouvernement conservateur», a-t-il tenu à répéter, précisant que son parti a pour préoccupation première les intérêts du Québec.

Ainsi, le Bloc serait plus apte à collaborer avec les conservateurs pour régler le déséquilibre fiscal, mais il serait plus près des libéraux en matière de mariage des couples homosexuels ou du Nouveau Parti démocratique pour le logement social. Les conservateurs ne pourraient pas compter non plus sur le Bloc pour faire adopter leurs mesures très sévères en matière de criminalité, a averti le chef bloquiste.

«Mais c'est ça, un gouvernement minoritaire, s'est exclamé M. Duceppe. On ne peut pas dire qu'on voterait plus souvent avec les uns qu'avec les autres, il faut voir ce qu'ils proposeraient de fait.»

«Clignoter à gauche, tourner à droite»

Reste que M. Duceppe a continué hier à faire campagne en réservant ses attaques les plus agressives au chef libéral, Paul Martin. Questionné par les journalistes sur les deux visions différentes présentées par M. Martin et son adversaire conservateur Stephen Harper, le chef souverainiste a tourné au ridicule la tendance du chef du Parti libéral du Canada à changer de position.

«Il faudrait parler de la vision de Stephen Harper et des visions de Paul Martin, parce qu'il change de vision régulièrement. C'est un multivisionnaire», a déclaré M. Duceppe.

Encore hier, M. Martin a fait une rotation de 180 degrés en décidant de présenter des excuses à la communauté chinoise pour des torts subis dans le passé alors qu'il se disait contre une telle chose il y a peu de temps. «J'ai de la difficulté à saisir la vision de Paul Martin [...] Cet homme à cette manie de clignoter à gauche et de tourner à droite», a dit le chef bloquiste.

Ce n'est qu'une fois confronté par les journalistes que M. Duceppe a admis que M. Harper aussi a eu son lot de métamorphoses.

«Il y a eu des changements entre des visions exprimées entre les conservateurs en 2004 et aujourd'hui, vous avez tout à fait raison», a-t-il noté, précisant rapidement que M. Martin demeure le champion des girouettes.

La stratégie du Bloc d'attaquer principalement Paul Martin et les libéraux pourrait toutefois être modifiée légèrement, si la tendance des derniers sondages se confirme. Deux récents sondages tendent à démontrer que les conservateurs ont gagné du terrain au Québec, grugeant un peu la forte majorité bloquiste.

Fidèle à son habitude, M. Duceppe a refusé de commenter les résultats des sondages, se contentant de mentionner qu'il demeurait «très optimiste» et ajoutant au passage son classique «je ne tiens rien pour acquis».

Dans l'entourage du chef, on soutient que les signaux dans les comtés sont toujours bons, que l'avance ne semble pas fléchir. C'est pourquoi M. Duceppe ne cesse de faire campagne dans des comtés qu'on aurait qualifiés, auparavant, d'imprenables.

Hier matin, il était de passage dans la forteresse libérale de Saint-Léonard-Saint-Michel, où le Bloc a reçu l'appui de jeunes et de gens d'affaires de la communauté haïtienne.

En soirée, il devait s'adresser aux militants du comté de Pontiac. Une véritable lutte à trois se déroule dans cette circonscription de l'Outaouais, où les conservateurs ont un candidat-vedette en la personne de l'ancien ministre libéral provincial, Lawrence Cannon.