Enseignement supérieur - Les promesses libérales sentent le réchauffé, déplorent les premiers concernés

Paul Martin dit vouloir rendre l’éducation supérieure «plus abordable», alors que «les cours à l’université ou au collège coûtent de plus en plus cher».
Photo: Jacques Nadeau Paul Martin dit vouloir rendre l’éducation supérieure «plus abordable», alors que «les cours à l’université ou au collège coûtent de plus en plus cher».

Le flot de dollars promis hier par le chef du Parti libéral du Canada pour soulager les besoins financiers des étudiants n'a soulevé aucun enthousiasme chez les acteurs de l'enseignement supérieur, qui ont accusé Paul Martin de servir du réchauffé en plus de se défiler devant un engagement attendu sur les transferts fédéraux en éducation postsecondaire.

Réunis hier à une même table pour redire l'importance d'un retour des transferts canadiens en matière de programmes sociaux (TCPS) à leur niveau de 1994, les étudiants et employés du réseau universitaire québécois ont été prompts à accuser Paul Martin d'être «passé à côté de sa promesse d'augmenter les transferts» pour que ceux-ci atteignent sept à huit milliards, un investissement qui représenterait plus de quatre milliards de dollars.

Promis en 2004

Paul Martin avait promis en juin 2004, en plein coeur de la précédente campagne électorale, d'augmenter les transferts fédéraux pour l'éducation postsecondaire de quatre milliards, une promesse que le Conseil de la fédération, les universités canadiennes, de même que l'ensemble des acteurs du réseau de l'enseignement supérieur tentent de ressusciter depuis. Même si Ottawa a plus d'une fois bonifié l'aide ponctuelle aux étudiants et à la recherche, il n'a plus ouvert son jeu sur l'épineuse question des transferts.

«Une annonce détournée comme celle [d'hier], faite sous le couvert d'aider les familles, ne répond absolument pas à notre demande de soutenir les universités et les collèges dans leur base de financement», a indiqué hier la présidente de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU), Cécile Sabourin. «M. Martin essaie de passer à côté de son engagement de la dernière campagne électorale en présentant du réchauffé», a pour sa part déclaré François Vincent, président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

Trois milliards sur cinq ans

Ces groupes réagissaient aux engagements du chef libéral Paul Martin, qui, de passage hier à Waterloo, en Ontario, a dévoilé un plan pour aider les étudiants moins nantis qui fréquentent les établissements universitaires du pays. Une proposition en plusieurs volets qui ne s'appliquera toutefois pas au Québec, lequel dispose d'un droit de retrait avec pleine compensation financière lorsqu'il est question de bourses fédérales aux étudiants.

Les mesures, qui totalisent près de 3,1 milliards sur cinq ans, sont pour la plupart des propositions qui ont déjà fait l'objet d'annonces dans la Mise à jour financière du gouvernement, dévoilée fin novembre.

«J'annonce que nous allons faire encore plus en faveur des familles, en aidant nos concitoyens à franchir les obstacles qui les empêchent de poursuivre des études, de suivre les programmes de formation qu'il leur faut et de trouver un bon emploi», a soutenu Paul Martin dans son discours. Il a dit vouloir rendre l'éducation supérieure «plus abordable», alors que «les cours à l'université ou au collège coûtent de plus en plus cher».

S'ils sont réélus le 23 janvier prochain, les libéraux investiront 2,2 milliards sur cinq ans dans le régime fédéral d'aide aux étudiants. À l'intérieur de cette somme, 1,9 milliard ira à un nouveau programme appelé 50/50 (environ 600 millions par année). Cette mesure consiste à payer la moitié des frais de scolarité annuels (jusqu'à concurrence de 3000 $) d'un étudiant de premier cycle universitaire, et ce, lors de sa première et de sa dernière année de baccalauréat. Elle entrerait en vigueur en 2007-08 dans les provinces qui y ont accès.

Les étudiants plus pauvres auront aussi droit à un élargissement des subventions canadiennes pour l'accès aux études, ce qui coûtera 110 millions de plus par année au gouvernement (550 millions sur cinq ans). Soixante millions par année iront aussi à de nouvelles bourses à l'excellence pour ceux qui désirent aller étudier à l'étranger ou venir s'instruire au Canada.

Main-d'oeuvre

À cette annonce concernant l'éducation, le Parti libéral a greffé plusieurs propositions touchant l'emploi et la formation de la main-d'oeuvre, comme l'injection de 3,5 milliards pour accroître le nombre de diplômés des programmes d'apprentissage.

Ce flot d'annonces n'a pas séduit le réseau collégial, qui n'y a pas décelé la marge de manoeuvre financière demandée par les établisements. «Rien de cela ne permet de corriger le tir, il n'y a rien pour les collèges, rien pour les universités, rien qui fait suite à notre demande commune», a indiqué le président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher.

Les seuls qui avaient matière à se réjouir hier du programme 50/50 étaient les étudiants, mais même de ce côté de la barrière le coeur n'était pas à la fête. «C'est un investissement substantiel, un système de bourses plutôt que de prêts, oui, mais tout ça ne fait que démontrer que M. Martin n'a aucune intention de s'engager sur les transferts», a déclaré hier le président de la Fédération canadienne des étudiants (FCEE), George Soule.

La FCEE craint en outre que ces bourses ne constituent une invitation déguisée à une augmentation des droits pour les autorités universitaires. «Si les frais de scolarité augmentent, l'effet de cette bourse sera immédiatement annulé, a ajouté M. Soule. Le rétablissement des subventions de base fédérales serait plus efficace pour maintenir les frais de scolarité à un niveau peu élevé.»

Recyclage

Les partis d'opposition ont aussi été unanimes hier à décrier la proposition libérale. «En plus de faire fi du consensus québécois à l'effet de rehausser les transferts pour l'éducation, les milliards annoncés aujourd'hui par Paul Martin nous rappellent la promesse non tenue en juin 2004. Quelle confiance peut-on accorder à un chef qui ne remplit pas ses promesses électorales et qui pratique ce type de recyclage?», a dit le porte-parole du Bloc québécois en matière d'affaires intergouvernementales, Guy Côté.

Le NPD et les conservateurs ont également répété que Paul Martin trahissait ainsi sa promesse électorale de 2004, alors qu'il promettait d'investir environ quatre milliards de plus par année dans le transfert social canadien (TSC) destiné à l'éducation postsecondaire.