Le Bloc affiche ses appuis dans les communautés culturelles

Gilles Duceppe, photographié plus tôt au cours de la campagne en compagnie de membres des communautés culturelles.
Photo: Jacques Nadeau Gilles Duceppe, photographié plus tôt au cours de la campagne en compagnie de membres des communautés culturelles.

Les efforts soutenus du Bloc québécois auprès des communautés culturelles au cours des dernières années semblent commencer à porter leurs fruits. Le parti souverainiste a pu en faire la démonstration hier, sa candidate dans le comté de Papineau obtenant l'appui de divers représentants de la communauté arabe de Montréal.

De passage dans la circonscription électorale du ministre sortant des Affaires étrangères Pierre Pettigrew, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a répété que les «libéraux ne peuvent plus tenir pour acquis le vote des Québécois issus des communautés culturelles».

S'il est difficile de transposer cet appui en nombre de votes, l'image qu'il véhicule est importante.

Fort de sa popularité, le Bloc met en effet le paquet pour conquérir certains comtés montréalais traditionnellement hors de sa portée. Mais ces victoires, dans bien des cas, doivent passer par le soutien des communautés ethniques. C'est le cas dans Papineau, un comté qui a échappé au Bloc en 2004 par seulement 468 votes.

Appui à Barbot

Hier, le Regroupement des Algériens du Canada et des représentants des communautés marocaine, tunisienne et mauritanienne ont appuyé la candidate bloquiste Vivianne Barbot, la mieux placée pour défendre leurs droits et leur donner une parole à Ottawa, ont-ils expliqué, se disant déçus des positions prises par le gouvernement libéral et le ministre Pettigrew dans certains dossiers.

«Nous avons choisi la personne, explique le président de l'association, Rachid Boudjarane. Elle vient des communautés culturelles. On a des droits [...] Le fait que quelqu'un parle de nos droits et nous défende à Ottawa, c'est déjà beaucoup.»

Ce serait la première fois que cet organisme, qui regroupe environ 3000 personnes, se positionne en faveur d'un candidat lors d'une élection fédérale. Aux élections municipales montréalaises de l'automne dernier, il avait appuyé une candidate dans ce même secteur de la ville, candidate qui a remporté la victoire.

La mobilisation politique, ça fonctionne dans ce groupe de gens, a soutenu M. Boudjarane.

Le Bloc québécois ne peut toutefois pas se vanter de les avoir convaincus à adhérer à la cause souverainiste.

«Nous, on donne notre appui à Mme Vivianne. Pas au Bloc québécois», a précisé M. Boudjarane, qui ne voit pas pour autant de problèmes à appuyer une candidate en faveur de la séparation du Québec. «L'élection, ce n'est pas une élection référendaire», a-t-il poursuivi.

Le chef libéral, Paul Martin, soutient depuis le début de la campagne électorale qu'il s'agit d'une élection référendaire et qu'un vote pour le Bloc, le 23 janvier prochain, est un vote pour la souveraineté.

Les libéraux en mode panique

Conscient que le Parti libéral du Canada ne recueille peut-être plus aussi facilement l'appui des électeurs des minorités ethniques, M. Martin s'engageait mardi à abolir la taxe de 975 $ que doit acquitter tout nouvel immigrant au Canada.

Voilà un autre exemple que les libéraux sont en mode «panique» et tentent par tous les moyens de reconquérir des électeurs, a fait valoir M. Duceppe.

«Les Québécois issus de l'immigration ne sont pas dupes, a déclaré le chef du Bloc en point de presse. On voit bien qu'à la dernière minute, on tente d'acheter leurs votes alors qu'on aurait dû agir il y a de cela dix ans.»

Cette taxe avait été créée en 1995 par le gouvernement libéral de l'époque afin, disait-il, d'aider à lutter contre le déficit. Depuis, les déficits sont de l'histoire ancienne et la taxe, elle, existe toujours. Pourtant, souligne M. Duceppe, ce «n'est pas les occasions qui ont manqué aux libéraux [pour la faire disparaître] avec les nombreux surplus qu'ils ont accumulés».

Le Bloc réclame depuis plusieurs années l'abolition de ces frais d'entrée au Canada pour les nouveaux immigrants.

Mais plus encore que ces frais, le gouvernement doit améliorer l'accueil réservé aux immigrants, a noté M. Duceppe. Il n'a pas manqué de rappeler que, malgré les promesses libérales, la création d'une section d'appel pour les réfugiés se fait toujours attendre.

Le cas d'Abdelkader Belaouni, cet Algérien d'origine qui vient de trouver refuge dans une église du quartier Saint-Henri, à Montréal, pour éviter son expulsion, est un autre bon exemple des lacunes dans le sort qu'on fait subir à ceux qui tentent d'immigrer au Canada, a fait observer le chef du Bloc.

«ll y a d'ailleurs un Algérien qui s'est réfugié dans une église, et c'est un cas de section d'appel. Il n'a pas droit d'appel alors qu'on l'avait promis. Et sur ça, vous pouvez compter sur nous [...] et notre voix à Ottawa», a promis M. Duceppe en s'adressant à la poignée de Québécois d'origine arabo-musulmane.