Santé - Presque sur la même longueur d'onde

Ottawa — Les chefs libéral et conservateur se ressemblent au moins sur un point dans cette campagne électorale: tous les deux promettent de réduire les délais d'attente pour certains soins de santé. Stephen Harper en a fait l'annonce il y a un mois, Paul Martin, hier. Dans les deux cas, les moyens proposés sont déjà en vigueur ou ont été tentés sans succès jusqu'à présent...

Ainsi, Paul Martin a promis hier de réduire les délais d'attente en créant un Fonds de garantie de soins de santé. Cette cagnotte de 75 millions sur cinq ans servirait à couvrir les frais d'hébergement et de transport d'un malade — accompagné d'un membre de sa famille — qui déciderait de se faire soigner ailleurs au Canada où les délais sont moins longs. Les conservateurs proposent eux aussi de payer ces frais, mais, contrairement aux libéraux, ils ne garantissent pas que cet argent sera réservé uniquement aux malades s'étant fait soigner dans un établissement de santé public. Par contre, les deux exigent que les soins soient obtenus en sol canadien. Personne ne se rendra aux États-Unis aux frais de la reine.

Ni le programme proposé par les libéraux hier ni celui des conservateurs n'offrent de détails sur les critères d'admissibilité à ce programme de remboursement. Un patient pourra-t-il simplement «magasiner» la liste d'attente la plus avantageuse au pays? «C'est à négocier avec les provinces qui veulent y adhérer», a expliqué le porte-parole libéral Marc Roy. De plus, notons que le Québec s'est retiré il y a plusieurs années d'un programme interprovincial garantissant aux citoyens la gratuité de leurs soins hors Québec. Les Québécois doivent donc parfois payer de leurs poches. De plus, le Québec ne rembourse que selon sa grille tarifaire, qui est souvent inférieure, laissant le patient payer la différence. Advenant un tel programme de voyage interprovincial, on peut se demander si les Québécois en profiteraient.

Médecins

L'autre moyen envisagé par Paul Martin pour réduire les délais d'attente consiste à accélérer l'accréditation des médecins formés à l'étranger. On vise ainsi l'embauche de 1000 médecins immigrants. Le problème, c'est qu'Ottawa n'a aucun contrôle sur ce processus. Au Québec, même le gouvernement provincial n'a que très peu de choses à dire à ce sujet. «Le rôle du gouvernement du Québec en est un d'accompagnateur, explique la porte-parole du ministre de la Santé, Isabelle Merizzi. Les décisions relèvent ultimement des organismes d'agrément, ici le Collège des médecins.»

En 2004, une annonce attendue d'Ottawa sur la reconnaissance des professionnels formés à l'étranger (médecins, mais aussi infirmières, ingénieurs, travailleurs de la construction... ) avait été annulée justement à cause des difficultés à s'entendre avec les divers organismes réglementaires concernés. «Puisque ce n'est pas de compétence fédérale, nous devons travailler avec plusieurs groupes différents et tous ces groupes ne sont pas certains de vouloir aller de l'avant avec certaines de nos idées», avait expliqué la secrétaire parlementaire à la Citoyenneté et l'immigration, Hedy Fry.

Finalement, 0ttawa a annoncé dans son budget de février dernier une somme de 75 millions pour faciliter l'intégration de ces travailleurs. Selon le Parti libéral, des ententes ont été signées avec chaque province pour déterminer l'utilisation de cette somme et les 100 millions supplémentaires promis hier viendront seulement bonifier ces ententes.

Quant à Stephen Harper, il propose d'établir des délais maximaux pour certaines interventions médicales. «Seul un nouveau gouvernement conservateur offrira aux Canadiens une garantie sur les délais d'attente pour les patients», claironne le document d'information. Faux. Ces délais ont été convenus par les ministres provinciaux de la Santé le 12 décembre: six mois pour le remplacement du genou ou de la hanche, quatre semaines pour un traitement de radiothérapie contre le cancer, même délai pour une opération de la cataracte si le patient risque de perdre la vue. L'établissement de ces délais était une condition au versement des 41 milliards de dollars promis par Ottawa en 2004 (le Québec n'était pas soumis à cette condition).

Ces cibles ne signifient rien pour l'instant. Les provinces disposent d'encore deux ans pour les appliquer et encore, on ne connaît pas les conséquences d'un non-respect. Les conservateurs ont malgré tout promis de forcer les provinces à se plier aux délais un an plus tôt que prévu, mais les délais sont dans certains cas plus permissifs, dans d'autres, moins. Ainsi, les conservateurs pensent que la radiothérapie devrait débuter dans les 10 jours suivant le diagnostic et non quatre semaines, mais ils sont prêts à faire attendre jusqu'à 10 mois pour un remplacement de genou plutôt que six.