Non à un nouveau modèle fédératif

Ottawa — Si l'appui à la souveraineté au Québec est en constante hausse depuis 1995, c'est avant tout parce que les troupes fédéralistes ne parlent pas assez des avantages de faire partie du Canada, croit le premier ministre Paul Martin. Le chef libéral en campagne compte donc mener d'ici le 23 janvier une vaste entreprise de promotion du pays pour affronter son rival bloquiste, mais pas question de proposer un modèle fédératif modifié pour satisfaire les nationalistes ambivalents.

Au cours d'une entrevue accordée au Devoir lundi, Paul Martin a donné un avant-goût des arguments qu'il fera valoir au Québec pendant la seconde moitié de la campagne électorale. Des arguments à saveur référendaire, parce que la joute est, selon lui, référendaire.

Invité à interpréter les raisons de la hausse de l'option séparatiste dans la province, le premier ministre offre cette réponse: «On n'a pas parlé assez des raisons positives sur ce qu'on peut faire ensemble.» Jamais il ne mentionne une quelconque insatisfaction profonde qui pourrait animer les Québécois. Selon lui, la montée souverainiste s'explique d'abord par la faiblesse de la pédagogie fédéraliste.

Comme pour donner l'exemple, Paul Martin s'enflamme en parlant de l'accession de la Chine et de l'Inde au rang de nouvelles puissances et de la réorganisation économique mondiale qui s'ensuit. «La capacité du Québec de prendre avantage des économies d'échelle de la Chine et de l'Inde, c'est en faisant partie du Canada qui débouche sur l'Inde. La Colombie-Britannique, c'est un port du Québec! Les industries pétrolières de l'Ouest et de Terre-Neuve, c'est des ressources du Québec!» Selon le chef libéral, «ce qu'il faut faire, c'est expliquer clairement ces changements [qui s'opèrent] à l'extérieur de nos frontières».

M. Martin insiste sur le fait que son discours se veut positif. «Je n'ai pas l'intention d'entrer dans des arguments négatifs. Je n'ai aucune intention d'embarquer dans des arguments de peur. Pas du tout». Pourtant, le message principal (qu'il a répété à tous les autres médias ayant obtenu une entrevue ce jour-là et qu'il répétera en campagne pour confronter le chef bloquiste Gilles Duceppe), c'est que la souveraineté entraînera de l'instabilité politique nuisible pour l'économie.

«Je propose la stabilité politique. M. Duceppe offre de l'instabilité politique. C'est ça, un référendum. Un référendum, c'est la division des familles, ça crée une instabilité politique partout au Canada et certainement au Québec.» Selon M. Martin, la bonne performance économique du Canada s'explique non seulement par l'assainissement des finances publiques dans les années 1990, mais aussi par l'apaisement politique ayant suivi le référendum de 1995. «C'est à M. Duceppe d'expliquer comment on peut continuer d'avoir la prospérité que nous avons dans une période d'instabilité politique.»

Pareil à Jean Chrétien?

Lorsqu'on lui fait remarquer que son approche face au Québec ne diffère pas beaucoup de celle de son prédécesseur Jean Chrétien, M. Martin se fâche. «C'est pas juste et vous le savez très bien. Je n'ai pas l'intention de passer du temps à argumenter [à savoir si] je suis comme lui ou pas comme lui.» En quoi est-il différent alors? Piqué, il réplique: «Dès le début, j'ai endossé Meech, j'ai appuyé les revendications du Québec. J'ai tout mis en place depuis que je suis devenu premier ministre pour que ça fonctionne. Et lorsqu'on regarde tout ce qu'on a fait avec le Québec, ça fonctionne bien.»

À plusieurs reprises, Le Devoir a demandé à M. Martin s'il avait dans ses cartons une idée pour revoir le fonctionnement du fédéralisme et ainsi peut-être apaiser les ardeurs sécessionnistes québécoises. Chaque fois, il s'est contenté de revenir sur cette idée de stabilité et du besoin de parler des bienfaits du Canada. Il cite l'entente asymétrique sur la santé signée en 2004, l'entente sur la péréquation ou encore l'entente sur les garderies. «Remarquez que le fédéralisme fonctionne.»

Lorsque la promesse du chef conservateur Stephen Harper de régler le déséquilibre fiscal et d'encadrer le pouvoir de dépenser d'Ottawa lui a été soumise à titre d'exemple, M. Martin a esquivé la question. «Avec les dépenses qu'est en train de faire Stephen Harper, il n'y aura pas de déséquilibre fiscal, ça je peux vous l'assurer. Le gouvernement fédéral va être en déficit.»

Stephen Harper s'est engagé un peu avant Noël à mettre un terme à ce qu'il appelle un fédéralisme «dominateur» et «paternaliste» en limitant le pouvoir «exorbitant» de dépenser d'Ottawa dans les champs de compétences des provinces. Fait intéressant à noter, un sondage Ipsos-Reid, réalisé pour le réseau CanWest Global ce week-end, démontre que les électeurs bloquistes sont ceux dont l'opinion au sujet de Stephen Harper s'est le plus améliorée depuis cette annonce remarquée. Leur perception s'est améliorée de 17 % en une semaine. Il ne s'agit pas d'intentions de votes pour autant, celles-ci stagnant à environ 12 % au Québec.
8 commentaires
  • Jean-Guy Beaulieu - Inscrit 4 janvier 2006 08 h 31

    Le fédéralisme de Paul Martin

    Le problème de Paul Martin (aussi d'une majorité de fédéralistes et même de la contrepartie québécoise souverainiste qui s'empêtre dans le discours) c'est de s'identifier fédéraliste alors qu'il défend un Canada national unitaire : «La Colombie-Britannique, c'est un port du Québec !» «Remarquez que le fédéralisme fonctionne.»

    Paul Martin a toujours défendu un Canada unitaire bien avant de devenir le chef libéral. Ce qui est étonnant, c'est d'avoir cru (même au Devoir) qu'il promettait du nouveau alors qu'il tentait de déloger Jean Chrétien. Il a toujours eu le mot --national-- à la bouche : Les normes nationales, jamais les normes fédérales.

    Un véritable fédéraliste ne peut craindre la souveraineté du Québec, le fédéralisme étant, par nature, une structure politique opportuniste : on adhère au fédéralisme par force ou par intérêt.

    Toutefois, et il faudrait se le rappeler plus souvent, rien n'a changé depuis la Conquête. Les Britanniques ont conquis les territoires nordiques sur les Français et se les ont fait concéder au Traité de Paris pour développer leurs colonies en terre d'Amérique. En 1867, les Britanniques ont réunis leurs territoires nordiques sous une seule autorité souveraine (la même qui coiffait chaque territoire) et ils se sont mis à parler de fédéralisme en allant jusqu'à parler de Confédération tout en conservant leur objectif d'en faire un État anglo-saxon unitaire. La seule concession au Traité de Paris qui a été faite aux Français-Canadiens, a été celle de la religion, jamais celle de la langue.
    Le discours n'a donc pas changé : un Canada national anglo-saxon unitaire avec un partage des pouvoirs entre les provinces. Cela n'est pas du fédéralisme. En termes syndicaux, on parlerait d'un fédéralisme de boutique.
    Bonne année !

    Jean-Guy Beaulieu
    Drummondville

  • Gabriel RACLE - Inscrit 4 janvier 2006 09 h 10

    Avantages et désavantages

    Paul Martin a raison d'attirer l'attention des électeurs sur les avantages de la participation du Québec à l'ensemble fédéral. Et il devrait le faire de façon détaillée et demander à ses candidats d'en faire autant. Mais il ne devrait pas se contenter de cela, il devrait aussi faire valoir au reste du Canada les avantages pour l'ensemble du pays de conserver le Québec au sein de la fédération et ce qu'il faut consentir pour ce faire : avantages économiques, sociaux, culturels, géographiques. Ce dernier point devrait avoir du poids dans les provinces maritimes qui se trouveraient couper du reste du Canada.

    Pour ce qui est du Québec proprement dit, P. Martin pourrait tirer exemple de la crise du gaz russe qui vient de secouer l'Europe. Si un accord vient finalement d'être trouvé entre la Russie et l'Ukraine, c'est bien parce que le problème dépassait le cadre des relations entre ces deux États et mettait en jeu l'Union européenne elle-même. La Russie ne pouvait que tenir compte des réactions et des pressions exprimées par l'Union européenne et l'Ukraine de la nécessité d'obtenir du gaz dont dépendent sa population et son économie. Autrement dit, l'Ukraine seule aurait certainement dû passer sous les fourches caudines russes et accepter le prix de 230 $ les 1 000 m3 imposé par Gazprom, alors qu'avec le compromis de l'accord, elle s'en tire pour le moment à un prix de 95 $.
    En plus de la nécessité de diversifier leurs sources énergétiques, les États membres de l'Union européenne devraient réfléchir aux répercussions de cette « crise » sur leur comportement individualiste et sur la nécessité de s'entendre pour former une véritable union politique, économique, sociale, pour faire face à des situations critiques qu'un pays seul ne peut affronter. L'Estonie ou la Lettonie, par exemple, deux petits États qui dépendent totalement du gaz russe, seraient bien incapables de contrer une baisse de ses livraisons, leur poids politique ou économique étant insignifiant au regard du géant russe.

    Mais lorsqu'il s'agit de l'Europe entière, unie et solidaire, c'est une toute autre histoire, car si l'Europe a besoin de l'énergie russe, la Russie a aussi besoin de l'Europe.
    Mais précisément, le Canada et le Québec peuvent aussi tirer une leçon de cette crise européenne. Elle montre en effet qu'un ensemble fort est de plus en plus nécessaire dans le monde actuel pour faire face aux problèmes économiques de plus en plus complexes qui confrontent les ensembles mondiaux.

    Le Québec est fort dans l'ensemble canadien et le Canada est fort avec la participation du Québec. Il y a là matière à réflexion pour aboutir à une entente fédérale-provinciale qui établisse le rôle et l'apport de chacun et la collaboration positive des autres provinces. L'union fait la force.

    En même temps, il faudrait tout de même mentionner les désavantages de la séparation du Québec. Il ne s'agit pas de faire peur, mais d'être réaliste. G. Duceppe ne parle jamais de ce volet, alors qu'il est pourtant essentiel de le faire, pour que les électeurs votent en toute connaissance de cause et que leur réaction ne soit pas purement émotionnelle. C'est une question d'honnêteté et de responsabilité. G. Duceppe y perdra son salaire de député et la partie fédérale de sa retraite. Et le Québec y perdra quoi? Ce que perd le conjoint qui quitte le domicile conjugal de son propre chef, en n'emportant que son costume 3 pièces et sa cravate? Il faudrait tout de même savoir à quoi on s'engage.

  • oleron - Inscrit 4 janvier 2006 10 h 43

    Une occasion de s'interroger sur le Canada

    Le Devoir, nous apprend qu'à la suite de son chef, l'armateur multimillionnaire Paul Martin, le Parti Libéral du Canada, uniquement soucieux d'économie et de bien-être matériel, ne voit pas la nécessité de repenser et de réorganiser la fédération canadienne, appelée en anglais Confederation (fédération de cons), pour reconnaître les identités multiples et les aspirations variées des populations issues d'une multitude d'origines et promouvoir la compréhension mutuelle, le respect, la bonne entente et le bonheur au sein et entre les diverses nations qui forment le pays. Car on ne saurait penser qu'il existe une seule nation canadienne dans un territoire où il y en a des centaines.

    À mon sens, c'est la question fondamentale qui sous-tend la présence du Bloc québécois à Ottawa. Au Québec, il y a une population variée formée d'autochtones de diverses nations, d'une société fondatrice fidèle à sa langue et à sa culture françaises présente au pays depuis plusieurs siècles, d'une société anglo-saxonne conquérante arrivée par la suite et d'une foule de citoyens et de citoyennes venus de diverses régions du monde. Sauf une petite minorité aux velléités dominatrices, la population québécoise tient à affirmer son identité et sont attachement à la langue et à la culture française qui lui sont communes, non seulement au Canada mais aussi en Amérique du Nord, résistant aux assauts constants de l'anglo-saxonnerie nord-américaine.

    Ces assauts touchent également les autres sociétés canadiennes, celles de l'Est, dites maritimes ou atlantiques, celle de l'Ontario où l'on trouve une forte minorité de royalistes anglais, celle des Prairies et celle de la Colombie dite Britannique. Il semble que c'est grâce à la présence française et la détermination de loyalistes à la couronne d'Angleterre que le Canada résiste à la pression états-unienne sur le plan de la culture et cherche à conserver son autonomie commerciale et économique.

    La concentration des pouvoirs, qui mine sournoisement l'autorité, les compétences et l'indépendance des provinces, grâce à la violation quotidienne et impunie de la Constitution canadienne par le gouvernement libéral en place depuis des générations, a comme paralysé les esprits dans la recherche d'une organisation sociale et politique qui reposerait sur une vraie fédération où le pouvoir central découlerait d'une véritable délégation de la part des états participants et non sur une usurpation d'autorité s'appuyant faussement sur un double et coûteux exercice électoral où les soi-disant gagnants fondent leur autorité sur un vote contradictoire des mêmes électeurs. Une véritable bouillie favorisant évidemment les mieux nantis, les pus forts, les plus riches, au détriment de la masse que ceux-ci prétendent servir. après s'être grassement gavés !

    Mon propos est peut-être maladroit, mais y a-t-il une seule autorité scientifique, sociale ou autre qui saurait profiter d'une élection pour y penser, poser des jalons de recherche et de réflexion. et inciter également le Canada anglais, qui semble endormi, à s'interroger sur cet état de fait ainsi que sur son avenir et le genre de pays qu'il veut ?

    En tout cas, grâce au Parti québécois et au Bloc québécois, indépendantistes - ont-ils vraiment le choix ? -, la question se pose. Y a-t-il encore des Canadians et des Canadiens, préoccupés par autre chose que l'économie et le profit, fiers de leur propre identité, qui seraient capables de se poser la question, ou en auraient le courage ? Une campagne électorale n'y serait-elle pas propice ? Sinon, quand ? Faut-il attendre qu'il y ait de la casse ?

    Chose certaine, la population canadienne ne peut plus compter sur les Libéraux, ni fédéraux ni provinciaux, pour la guider !

    Claude Gendron
    Rosemère

  • Roland Berger - Inscrit 4 janvier 2006 12 h 57

    Et l'Alberta ?

    Paul Martin est venu a un cheveu de nous dire que les ressources petrolieres de l'Alberta aidaient le Quebec. Pourtant, le Quebec a lui aussi contribue a soutenir cette province alors que le petrole etranger coutait moins cher que le sien. On n'enseigne malheureusement pas cette histoire dans les ecoles.

  • Benoît Bélanger - Inscrit 4 janvier 2006 15 h 42

    Paul Martin, ne parle pas comme un Québécois, mais comme un Ontarien!

    Ce que le Parti Libéral nous répète depuis qu'il a été pouvoir à Ottawa, de Wilfrid Laurier à Mackenzie King, c'est comme il a eu raison de trahir l'esprit de la Confédération dans lequel baignait l'AABN, pour imposer celui d'une fédération centralisatrice à outrance. Ce que les chefs du Parti Libéral ne cessent de nous marteler depuis Pierre Elliot Trudeau jusqu'à Paul Martin, c'est qu'il est tout à fait légitime d'être nationaliste canadien, mais pas du tout d'être nationaliste québécois.

    Ce que l'on voudrait nous faire croire encore en ce 21ie siècle, c'est qu'il nous en coûtera beaucoup plus cher d'administrer le Québec avec un seul gouvernement qu'avec onze autres qui ne partagent nullement nos préoccupations économiques et culturelles?

    Il est peut-être arrivé pour les Québécois de dépasser le stade de la petite enfance et de ne plus croire au Père Noël et de réaliser que si un petit pays comme l'Islande,avec une population un peu plus élevée que celle de la Ville de Sherbrooke, avec une fraction des ressources naturelles de celles du Québec,s'est mérité le droit de faire partie du Concert des Nations, pourquoi le Québec ne pourrait-il pas l'obtenir également?

    Dans une grandiloquence dont il ne sait faire montre qu'en anglais, Mister Martin a tenté de nous convaincre qu'il ne pouvait laisser les souverainistes briser son pays!!!!

    Mais, Mister Martin, ce ne sont pas les souverainistes qui ont tout fait pour briser le pacte confédératif, mais bien le parti que vous dirigez! Vous auriez sans doute intérêt à relire votre histoire et à ne plus cacher vos véritables origines qui sont ontariennes par votre père et qui transpirent toujours dans votre langue comme dans vos discours!

    Peut-être que Stephen Harper aurait intérêt de son côté à se reporter aux racines de son parti qui ont été celles de la naissance du pacte confédératif, ce qu'avait timidement tenté de reprendre son prédécesseur M.Mulronney.

    Mais il est évident que ni lui ni son autre adversaire Jack Layton ne voudront s'aventurer top loin sur cette pente, car l'Ontario ne le permettrait pas.....

    Voià pourquoi, la grande majorité des Québécois se rangera une fois de plus derrière le Bloc, et cette fois Mister Martin, pour vous donner raison pour la dernière fois en ce qui a trait à l'issue de cette élection, soit le prélude à un choix référendaire HEUREUSEMENT DÉCIDÉ PAR LES QUÉBÉCOIS,POUR LES QUÉBÉCOIS ET SURTOUT .......AU QUÉBEC EXCLUSIVEMENT.

    Comme l'a déjà affirmé, Sa très excellence, madame la Gouverneure Générale que vous avez eu la sagesse de désigner, affirmation saluée en un temps ou elle n'était encore que simple prolo, "un pays,ça ne se discute pas, ça se prend". Thank you maam for having reminded us of that simple truth, and thak you Mister Martin to have given this affirmation a vice-regal weight !