Martin tire à boulets rouges sur Harper et Duceppe

Le premier ministre Paul Martin a accordé quelques entrevues, ce week-end, dans son bureau de l’édifice du Parlement, à Ottawa.
Photo: Agence Reuters Le premier ministre Paul Martin a accordé quelques entrevues, ce week-end, dans son bureau de l’édifice du Parlement, à Ottawa.

Après la brève accalmie du temps des Fêtes, la campagne électorale fédérale a repris son erre d'allée et le chef libéral Paul Martin, dont la formation est au coude à coude avec les conservateurs selon les plus récents sondages, a tiré hier à boulets rouges sur Stephen Harper, mais aussi sur les bloquistes de Gilles Duceppe.

Devant le Canadian Club de Winnipeg, le premier ministre a défendu à nouveau les «valeurs libérales», qualifiant les conservateurs de «perpétuellement insatisfaits» et de «pessimistes». «Moi, je vois le Canada comme un pays qui a réussi, comme un pays qui a un potentiel extraordinaire à exploiter, alors que M. Harper, lui, parle d'un Canada marqué par ce qu'il considère comme des échecs.» Le chef libéral compte d'ailleurs profiter de la deuxième moitié de la campagne pour dévoiler progressivement sa plate-forme politique. Dès aujourd'hui, il devrait faire une annonce en matière d'environnement, avant de faire de même en santé, en éducation et au sujet de la politique étrangère au cours de la semaine. Hier soir, il a promis que les libéraux, s'ils sont réélus, aboliront la taxe de 975 $ que les étrangers doivent payer pour immigrer au Canada.

La formation de M. Martin tente ainsi de faire tourner le vent en sa faveur, alors que les plus récents sondages mettent les libéraux et les conservateurs au coude à coude. Un premier sondage, produit par Ipsos-Reid et publié lundi, accorde 33 % des intentions de vote aux conservateurs, 32 % aux libéraux et 18 % au NPD. Un autre sondage, rendu public hier par le quotidien torontois Globe and Mail, octroie plutôt 33 % des voix à la formation de Paul Martin, 31 % à celle de Stephen Harper et 17 % aux troupes de Jack Layton. À l'extérieur du Québec, les conservateurs bénéficient de l'appui de 38 % des électeurs et les libéraux, de 35 %. L'avance des libéraux sur les conservateurs a notamment fondu en Ontario, passant de 14 à 6 points de pourcentage. Le sondage du Globe démontre aussi que le chef libéral est toujours le préféré de 29 % des Canadiens pour occuper le siège du premier ministre, contre 25 % pour Stephen Harper.

Harper attaque

De passage dans la région de Québec, le chef conservateur a de son côté accusé les libéraux d'avoir continué l'an dernier à dilapider des fonds publics à des fins partisanes, en accordant des contrats de sondages à des amis du régime sans retenir les leçons du scandale des commandites. «Les choses ne changent pas à Ottawa. C'est la nature des libéraux. Quand le Parti libéral manque d'argent pour ses activités partisanes, il utilise l'argent du gouvernement», a dénoncé M. Harper.

Les sondages d'opinion publique commandés à grands frais par le gouvernement Martin sont dans le collimateur du chef conservateur. Ces consultations, destinées à mesurer l'humeur de la population face aux décisions gouvernementales, ne sont souvent l'objet que d'un rapport «verbal», dont il ne reste aucune trace écrite attestant le travail accompli. Qui plus est, les contrats «sont fréquemment accordés à des amis politiques», a soutenu le chef conservateur. Le «penchant» des libéraux pour les rapports verbaux, qui se manifeste particulièrement dans les contrats accordés pour la réalisation de sondages, a été condamné par la vérificatrice générale, a-t-il rappelé. «Nous mettrons fin aux sondages politiques payés par les contribuables, a déclaré le chef du Parti conservateur. Il y aura des soumissions ouvertes et concurrentielles pour toutes les recherches sur l'opinion publique.»

D'ailleurs, l'un des premiers effets de la future loi conservatrice sur l'imputabilité fédérale sera d'instituer une enquête indépendante pour faire la lumière sur les «contrats de sondages contestables» accordés au fil des ans par le gouvernement libéral. M. Harper est aussi toujours déterminé à faire campagne en capitalisant sur «cinq priorités». Outre leur projet de loi sur l'imputabilité, les conservateurs entendent réduire la TPS, accentuer la lutte contre le crime, mais aussi régler la question du déséquilibre fiscal et favoriser l'aide directe aux familles qui ont des enfants de moins de 6 ans.

Le Bloc ciblé par Martin

Parti de la capitale fédérale à 3h du matin, n'ayant pu décoller la veille en raison d'ennuis mécaniques de son avion de tournée, Paul Martin a par ailleurs répété que les présentes élections ont un caractère référendaire et il a mis en garde les fédéralistes contre la tentation de voter pour le Bloc québécois, qui récolte plus de 50 % des intentions de vote au Québec. «Si vous appuyez le Bloc, Gilles Duceppe va s'emparer de votre bulletin de vote le soir du 23 janvier. Il le brandira tout haut. Il dira qu'en votant pour lui, vous lui avez confié la mission de sceller avec André Boisclair le pacte d'enclencher un troisième processus référendaire», a martelé le chef libéral.

Une idée balayée du revers de la main par les bloquistes. «Les libéraux ont tenté d'acheter la conscience des Québécois avec leur propre argent. C'est pour ça que les Québécois doivent les sanctionner et c'est pour ça qu'il faut aller voter», a affirmé leur chef lors du lancement de deux publicités télévisées hier à Montréal. Qualifiées de «positives» par M. Duceppe, ces publicités insistent sur la nécessité de se déplacer pour aller voter le jour des élections et reprennent, sur un fond de nature hivernale, le thème «heureusement, ici au Québec, c'est le Bloc». Le chef bloquiste croit aussi que le gouvernement fédéral doit respecter sa promesse de continuer d'appuyer financièrement les organismes par l'entremise d'autres programmes, comme il s'était engagé à le faire lors de l'abolition du programme, en décembre 2004.

De passage à Oshawa et Windsor, en Ontario, où l'industrie automobile est omniprésente, le chef néo-démocrate Jack Layton a quant à lui cherché à renforcer l'appui traditionnel des électeurs de la région envers sa formation.

Avec la Presse canadienne