Gare à l'eau potable dans les avions!

Ottawa — Le gouvernement fédéral a beau demander aux Canadiens de bien se comporter écologiquement, il n'a pourtant aucune leçon à donner, puisque sa feuille de route en matière d'environnement est peu reluisante. C'est la conclusion à laquelle arrive la commissaire à l'environnement et au développement durable du Canada, Johanne Gélinas, qui n'a pas été tendre hier envers Ottawa, dépeignant un tableau de la situation plus noir que vert.

«Un constat s'impose: le gouvernement fédéral souffre d'une incapacité chronique à mener ses propres initiatives à terme, écrit la commissaire dans l'introduction de son document. Il prend le départ, mais traverse rarement, sinon jamais, la ligne d'arrivée. Voilà le thème récurrent de mon rapport de cette année.»

De fait, Ottawa est mitraillé de critiques dans plusieurs domaines environnementaux: de l'inspection de l'eau potable jusqu'à la protection des milieux océaniques, en passant par la stratégie sur la biodiversité qui n'a toujours pas vu le jour plus de dix ans après qu'on en ait fait la promesse, le gouvernement fédéral n'obtient pas la note de passage.

Le plus inquiétant pour les Canadiens est sans aucun doute l'inspection de l'eau potable qui tombe sous la responsabilité fédérale. Selon la loi, Santé Canada a le devoir de protéger la santé des Canadiens à bord des trains de voyageurs, des avions, des navires de croisières, des gares, des aéroports, des édifices gouvernementaux fédéraux, des bases militaires, des réserves autochtones, etc.

Le cas des avions commerciaux, empruntés par 60 millions de personnes par année, est particulièrement inquiétant aux yeux de la commissaire à l'environnement, puisque aucune inspection n'a lieu en ce qui a trait à l'eau potable, contrairement aux navires et aux trains de passagers. «Lors de notre examen des responsabilités fédérales liées à la salubrité de l'eau potable, nous avons observé des lacunes susceptibles de représenter une menace pour la santé humaine», écrit Johanne Gélinas.

Et puisque le gouvernement «a interrompu ses inspections de routine en raison de questions financières à régler entre le gouvernement et les transporteurs aériens, Santé Canada ne peut donc garantir aux millions de voyageurs canadiens que l'eau du robinet utilisée pour boire et pour préparer les repas à bord des avions de passagers est salubre», soutient la commissaire. Pour bien montrer qu'il y a là matière à amélioration, Mme Gélinas souligne que le gouvernement américain, qui fait des inspections à la suite d'ententes conclues avec les compagnies aériennes, a découvert que 15 % des aéronefs transportaient de l'eau contaminée par des bactéries coliformes. Le ministre de l'Environnement, Stéphane Dion, a affirmé que son collègue à Santé Canada, Ujjal Dosanjh, allait bientôt rencontrer les compagnies aériennes à ce sujet.

Le gouvernement est également pointé du doigt en ce qui concerne la protection des océans. La commissaire souligne que «les attentes n'ont pas été comblées» depuis que la Loi sur les océans a vu le jour en 1996. Sur les 13 sites marins qui doivent être protégés, seulement deux l'ont été jusqu'à présent. «À ce rythme, le Canada risque de ne pas pouvoir s'acquitter de son engagement international d'établir des réseaux représentatifs de zones de protection marines d'ici 2012», écrit Johanne Gélinas.

La commissaire s'en prend aussi à la stratégie gouvernementale sur la biodiversité... qui n'existe tout simplement pas, et ce, près de dix ans après la ratification de la Convention sur la diversité biologique. «Il n'y a toujours pas de plan pour sa mise en oeuvre», souligne-t-elle.

De plus, le gouvernement n'utilise pas bien son énorme pouvoir d'achat de 13 milliards par année. Les ministères n'ont toujours pas de politique d'achat écologique, même si cela fait dix ans que le gouvernement en promet une.

Réagissant à ce sévère rapport, le ministre Dion a pris acte des recommandations de la commissaire, avouant que le gouvernement n'avait pas rempli toutes ses obligations depuis quelques années. «Elle nous donne des raisons additionnelles pour aller dans la direction que nous avons prise de façon très active depuis un an à travers notre grand projet, le projet vert», a-t-il dit.