Dingwall démissionne de la présidence de la Monnaie royale canadienne

Ottawa — Pris en flagrant délit de dépenses somptueuses de toutes sortes aux frais des contribuables, le président de la Monnaie royale canadienne et ancien ministre libéral fédéral, David Dingwall, a remis sa démission hier. Le gouvernement Martin a tout de même défendu la carrière de l'ancien politicien et demandé en vain à ce dernier de rester en poste malgré les révélations, ce qui a soulevé la colère des partis d'opposition à la Chambre des communes.

Le Parti conservateur et le Journal de Montréal ont révélé simultanément hier les frasques du président de la Monnaie royale canadienne, un proche de Jean Chrétien qui avait pris la tête de cette société d'État en 2003. En deux ans, selon les chiffres obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information, David Dingwall a monté un compte de dépenses de près de 155 000 $, incluant 10 394,60 $ en frais de restaurant et 142 725,05 $ en coûts de déplacement. Le haut dirigeant facturait tout à la Monnaie royale: des réparations de sa voiture personnelle (3200 $) jusqu'à l'achat de ses paquets de gomme à mâcher(1,29 $ pour de la Dentyne Ice).

Des chiffres qu'a révélés le Parti conservateur révèlent en outre que M. Dingwall aurait fait payer par son employeur une carte de membre dans un club de golf (1 235 $) et un souper au restaurant bien arrosé de 5 728 $. En tant que président de la Monnaie royale, M. Dingwall touchait un salaire de 241 000 $ par année, plus une prime de 15 %.

En début d'après-midi, conscient de la tempête à venir, David Dingwall a remis sa démission au gouvernement. «En voyant l'ampleur que prend cette histoire, je ne veux pas distraire les employés de la Monnaie royale du travail qu'ils ont à faire, a-t-il annoncé par voie de communiqué. Donc, plutôt que d'attendre quelques mois avant de partir, comme j'avais prévu le faire, je saisis cette occasion pour commencer une nouvelle étape de ma vie.»

À propos de ses dépenses, M. Dingwall n'y voit pas de problème. «Toutes ces dépenses étaient reliées à mes responsabilités et elles ont toutes été divulguées au conseil d'administration qui a jugé le tout approprié à l'égard de mon rôle de président de la Monnaie royale», écrit-il.

Alcock lui a demandé de rester

Pendant la période des questions à la Chambre des communes, l'Opposition en a profité pour talonner le gouvernement sur ces révélations. Les conservateurs, en partie à l'origine de la tempête, ont accusé le gouvernement de se croiser les bras jusqu'à ce qu'un scandale sorte au grand jour. «Est-ce que le premier ministre peut nous dire pourquoi cette culture libérale de gaspillage et de corruption est toujours arrêtée seulement quand les faits sortent grâce à l'opposition et aux médias?» a demandé le chef Stephen Harper.

Plutôt que de condamner les agissements de M. Dingwall, le premier ministre a préféré souligner la carrière de ce dernier. «M. Dingwall a dédié la majeure partie de sa vie au service public. Il a été député, ministre et il était maintenant à la tête de la Monnaie royale, a dit Paul Martin. Je voudrais souligner que la Monnaie royale fait maintenant des profits.»

À la sortie des Communes, le président du Conseil du trésor, Reg Alcock, a même affirmé qu'il avait tenté en vain de persuader M. Dingwall de rester en poste, soutenant qu'il faisait «un excellent travail». Mais pourquoi un président qui gagne 241 000 $ par année doit-il faire payer aux contribuables sa gomme à 1,29 $, ont questionné les journalistes. «Je n'étais pas au courant de ce détail», a lancé Reg Alcock.

Brian Pallister, le député conservateur qui a rendu publics certains des documents, n'a pas apprécié cette réaction tiède du gouvernement Martin. «Je suis très surpris de la réaction du premier ministre, qui tente d'excuser ces gestes et défend le gaspillage en disant que la Monnaie royale fait des profits. Il aurait dû s'excuser auprès des Canadiens, prendre la responsabilité qui lui revient et condamner ces actions», a-t-il dit.