Tribunal islamique - La décision de l'Ontario soulève la colère des uns et le soulagement des autres

Les femmes militantes du Québec saluent la décision ontarienne d'interdire tout tribunal d'arbitrage religieux, et non seulement islamiques, pendant que différents groupes religieux du pays mécontents critiquent la manière expéditive avec laquelle elle a été prise.

À la Fédération des femmes du Québec, on se réjouissait hier du dénouement de cette petite tourmente sociale et politique, qui, selon la présidente Michèle Asselin, a été portée «par la voix des femmes et par les grands principes d'égalité».

«C'est une bonne décision, juge celle qui voit dans la laïcité des institutions le gage de l'égalité entre tous, tout en réaffirmant le droit à la liberté de religion. Je pense qu'on peut attribuer cette décision aux manifestations qui ont eu lieu au Canada et dans le monde. Les arguments ont porté leurs fruits. Il est important de noter que beaucoup de femmes musulmanes ont pris la parole dans ce débat parce qu'elles étaient inquiètes.»

Il faut toutefois rester vigilant jusqu'à l'adoption du projet de loi, croit Mme Asselin, à l'instar de Fatima Houda-Pepin, qui a rappelé hier la menace que font peser les intégristes sur les femmes et le système de justice. La députée libérale de La Pinière a fait adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale, en mai, une motion en vue d'interdire les tribunaux islamiques.

Même son de cloche du côté de l'Association des femmes iraniennes de Montréal, qui félicite le premier ministre ontarien de rejeter tout tribunal d'arbitrage religieux, qu'il soit juif, chrétien ou islamique. «C'est une grande victoire, croit Elahe Choukrai. C'est une leçon pour notre gouvernement. Si on veut la séparation de l'Église et de l'État, il faut que ça s'applique à toutes les religions.»

Après une vague de manifestations ici et ailleurs dans le monde, le premier ministre ontarien Dalton McGuinty a refusé de voir sa province devenir la première juridiction occidentale à recourir à la charia, la loi islamique, pour résoudre les conflits familiaux chez les musulmans. Il a dans le même temps interdit tout arbitrage religieux dans la province.

«C'est une décision rapide et pleine de préjugés, estime l'imam Said Jaziri de la mosquée Al-Qods à Montréal, qui voit dans toute l'affaire une triste campagne de dénigrement de l'islam. «Il ne faut pas mélanger ce qui est l'islam et ce qui est tradition ou ce qui est propre à l'Iran ou à l'Afghanistan.»

Sans que ses démarches soient ni rémunérées ni reconnues par la loi québécoise, l'imam dit régler des litiges familiaux au moins deux fois par jour comme le font probablement la cinquantaine de mosquées de la ville. Il aurait bien aimé entendre ces femmes dont le mariage a été sauvé par ses conseils, ou celles, divorcées, qui ont automatiquement la garde des enfants et le soutien financier de l'ex-mari selon la charia. Et pourquoi avoir d'abord accepté de tels tribunaux pour les juifs et les chrétiens, pour leur refuser ensuite quand les musulmans l'ont demandé, s'insurge-t-il.

Cette volte-face a également surpris le Congrès juif canadien, qui déplore que la décision ait été prise de manière unilatérale et cavalière par le premier ministre. Le groupe ainsi que d'autres issus de la communauté juive souhaitent une rencontre avec M. McGuinty.

Avec la Presse canadienne et Canadian Press