Profession de foi de Michaëlle Jean - La Légion royale est insatisfaite

Ottawa — Certains fédéralistes ne sont pas satisfaits de la profession de foi effectuée mercredi par la gouverneure générale désignée, Michaëlle Jean. Hier, la Légion royale canadienne a pressé l'ancienne animatrice d'aller plus loin. «Cette déclaration ne répond pas à ce que nous attendions», a déclaré la présidente de la Légion, Mary Ann Burdett, dans un communiqué.

«Le mot qui manque, pour nous, est le mot "loyauté", a-t-elle ajouté. Nos membres prient Mme Jean et son époux d'affirmer leur opposition au séparatisme et aux séparatistes, d'offrir leur loyauté à un Canada uni et de clarifier comment elle peut proclamer sa vraie allégeance à la reine du Canada tout en offrant sa loyauté à la France en tant que citoyenne de ce pays.»

En entrevue téléphonique, Mme Burdett a précisé que plusieurs anciens combattants ont contacté l'organisation pour exprimer leur inquiétude devant la controverse lancée par le journal Le Québécois la semaine dernière.

Dès son installation, le 27 septembre, Michaëlle Jean deviendra commandante en chef des Forces canadiennes. Comme le veut la tradition, la Légion, qui représente 400 000 membres et affiliés, demandera alors à Mme Jean de devenir sa «patronne» (protectrice).

Des membres de l'organisation s'interrogent particulièrement sur la nationalité française de la future gouverneure générale. «Nous aimerions savoir comment une personne peut vouer une loyauté à 100 % à deux pays», a expliqué Mary Ann Burdett.

La présidente de la Légion a toutefois refusé de dire si Michaëlle Jean devrait renier sa citoyenneté française avant de prendre ses fonctions vice-royales.

«Nous lui laissons le soin de nous rassurer de la manière qu'elle juge la plus appropriée», a-t-elle indiqué.

À l'ambassade de France à Ottawa, on assure qu'il n'y a «absolument aucune incompatibilité» entre le nouveau poste de Mme Jean et sa citoyenneté française.

Au cours des derniers jours, certains observateurs ont évoqué l'article 23-8 du Code civil français, qui date du XIXe siècle et qui se lit ainsi: «Perd la nationalité française le Français qui, occupant un emploi dans une armée ou un service public étranger [...], n'a pas résigné son emploi ou cessé son concours nonobstant l'injonction qui lui en aura été faite par le gouvernement.»

«En fait, on a été les premiers surpris [par la controverse]», a souligné hier un porte-parole de l'ambassade, Moncef Follain.

«C'est un processus extrêmement théorique et, bien évidemment, il n'est absolument pas question, une seule seconde, que ça puisse s'appliquer au cas de Mme Jean», a-t-il ajouté.

Presse canadienne

la publication a soutenu que M. Lafond était un «pur indépendantiste qu'une enquête de sécurité n'a pu ignorer».

Lundi, le journal attirait l'attention sur un documentaire que M. Lafond a tourné en 1991, La Manière nègre, dans lequel Mme Jean prend part à un toast «à l'indépendance» et «aux indépendances», avant de dire: «L'indépendance, ça ne se donne pas, ça se prend.»

Dans le livre du film, paru en 1993, le cinéaste a carrément écrit: «Un Québec souverain? Un Québec indépendant? Oui, et j'applaudis des deux mains et je promets d'être de tous les défilés de toutes les Saint-Jean.»

Dans une déclaration diffusée mercredi, Mme Jean soutenait qu'elle et son mari n'ont «jamais adhéré à un parti politique ou à l'idéologie souverainiste».

La porte-parole de la gouverneure générale désignée, Catherine Gagnaire, n'a pas voulu répondre à la sortie de la Légion royale.