Les libéraux fédéraux n'écartent pas la possibilité d'un mini-budget à l'automne

Ottawa — Même si la reprise des activités à la Chambre des communes n'est prévue que dans un peu plus d'un mois, les libéraux fédéraux donneront le véritable coup d'envoi de la saison politique dès mardi prochain, alors qu'ils se réuniront pour un caucus de trois jours à Regina, en Saskatchewan. Au menu: des discussions à saveur économique et beaucoup de politique partisane, à quelques mois du déclenchement des élections.

Il semble, malgré les précisions du ministre des Finances, Ralph Goodale, qui a affirmé ne pas avoir l'intention de présenter un mini-budget cet automne, que son caucus n'en soit pas aussi certain. Lors d'une entrevue avec Le Devoir, le président du caucus des libéraux, Andy Savoy, a soutenu que l'économie allait être l'un des sujets chauds de la rencontre à Regina, justement parce que la possibilité d'un mini-budget est dans l'air.

«Il y aura beaucoup de discussions sur l'économie, surtout qu'on parle d'un mini-budget pour novembre, a-t-il dit hier, dans son bureau d'Ottawa. Habituellement, les députés parlent surtout des enjeux locaux, de ce qui arrive dans leur comté, pour que le caucus soit au courant. Il y aura également ces discussions, c'est sûr, mais je pense que l'économie va prendre beaucoup de place.»

D'ailleurs, le journal torontois The Globe and Mail évoquait dans son édition d'hier la possibilité que le gouvernement présente, non pas un mini-budget, mais une politique économique, avec à la clé une série de mesures comme des réductions d'impôt pour les entreprises et les particuliers, et aussi des investissements en recherche et développement et dans la productivité des entreprises.

Selon le journal, qui cite des sources fédérales du ministère des Finances, il s'agit de couper l'herbe sous le pied des conservateurs et du NPD à l'approche des élections, qui doivent être déclenchées au plus tard en janvier prochain, selon la promesse du premier ministre. Les stratèges libéraux, qui estiment un mini-budget trop encombrant à faire accepter à la Chambre des communes, veulent tout de même offrir du nouveau aux Canadiens avant le scrutin et renouveler l'image d'un Paul Martin très à l'aise et compétent avec les finances publiques. Si cette politique économique voit le jour, elle serait annoncée en même temps que la mise à jour financière, qui a lieu en novembre.

Confiants à six mois des élections

Mini-budget ou politique économique, peu importe pour les députés libéraux, qui poussent fort sur le gouvernement pour obtenir de nouvelles munitions en vue des élections. Et ce scrutin, que Paul Martin a promis de mettre en branle 30 jours après le dernier rapport du juge Gomery, attendu le 15 décembre, va également occuper beaucoup l'attention des députés du PLC. Une rencontre préparatoire de une heure trente est d'ailleurs prévue dans l'horaire. «Tout le monde sera là», précise Andy Savoy.

Sont-ils confiants, les libéraux, à quelques mois des élections? «Je ne peux pas parler pour les autres, mais la plupart des députés sont assez confiants. Il reste beaucoup d'ouvrage à faire et il faudra être persuasif auprès de la population pour la convaincre de voter pour nous. Mais on ne pavoise pas non plus, on n'est pas trop confiants. Sauf que les sondages sont bons, ça aide.»

Effectivement, le dernier coup de sonde de la firme SES Research montre que le Parti libéral du Canada domine avec 39 % des intentions de vote au pays, contre 25 % pour le Parti conservateur et 19 % pour le NPD. Si la situation est encore difficile au Québec, l'Ontario est très rouge, alors que les libéraux trônent en tête avec 10 % à 15 % d'avance, selon la maison de sondage. Mille personnes ont été interrogées entre le 4 et le 8 août, avec une marge d'erreur de 3,1 % 19 fois sur 20.

Reste toutefois les inconnues de l'automne. Six mois en politique, c'est une éternité et les libéraux le savent. Ils devront d'ailleurs faire face, le 1er novembre, au plus dangereux des deux rapports Gomery. «Oui, on va en parler à Regina, c'est sûr. En tant que politicien, c'est le genre de chose auquel il faut être prêt, c'est important», dit Andy Savoy.