L'écrivain René Depestre se réjouit pour sa nièce Michaëlle Jean

René Depestre, un des meilleurs écrivains haïtiens vivants, se réjouit de voir sa nièce accéder au poste de vice-reine du Canada. Dans une lettre adressée au Devoir et publiée dans notre édition d'aujourd'hui, ce lauréat de nombreux prix littéraires affirme que «dans un monde hérissé d'incertitudes — quant aux nouveaux repères existentiels dont a besoin l'universalisation de la démocratie — la désignation d'une femme-journaliste d'origine haïtienne à ce poste honorifique considérable est un fait culturel de civilisation qui honore le Canada du premier ministre Paul Martin».

René Depestre envisage des fonctions providentielles internationales pour la future gouverneure générale. Grâce «à la Couronne britannique et au Commonwealth» ainsi qu'à la place du Canada au sein du G8, il espère voir «sauver les États-nations, et la diversité de leurs cultures, des barbaries qui, par le sang qui court autour de la terre, humilient et profanent violemment les processus de concertation et de "savoir-vivre-ensemble" des multiples civilisations de la scène mondiale». Il croit que «l'arrivée spectaculaire de Michaëlle Jean à Rideau Hall permet de rêver, sans toutefois verser béatement dans une énième utopie historique».

Joint par téléphone à sa résidence du sud de la France, l'écrivain âgé aujourd'hui de 79 ans précise qu'il avait d'abord cru à une blague lorsqu'on lui a annoncé la nomination de sa filleule. «Mais ce n'était finalement pas une blague, mais bien un conte de fées!».

Républicain lui-même, pétri depuis toujours de principes qui s'accommodent mal avec l'exercice monarchique, René Depestre trouve-t-il étrange que sa nièce devienne représentante d'une institution qui prétend détenir son autorité de Dieu? «Certainement! Mais dans ce siècle où tout peut arriver, il ne faut plus se surprendre de rien. La vie a des détours extraordinaires!»

Après avoir vécu en exil pendant plus de quarante-cinq ans, dont plusieurs années à Cuba, sous le régime de Castro, René Depestre s'est fixé en France, après avoir aussi vécu en Tchécoslovaquie, en Italie et au Chili. Poète, romancier, essayiste, il a notamment remporté le prix Renaudot 1988 pour son roman intitulé Hadriana dans tous mes rêves.