Andrée Champagne, sénatrice

Ottawa — Le premier ministre Paul Martin y est allé hier d'un coup d'éclat au Sénat: en plus d'y nommer la comédienne Andrée Champagne, il a fait signe à Dennis Dawson, son ancien bras droit, au maire de Vancouver, Larry Campbell, et à Hugh Segal, ancien chef de cabinet de Brian Mulroney. M. Martin a aussi appelé l'homme d'affaires et philanthrope manitobain Rod Zimmer à la Chambre haute.

«C'est quelque chose à quoi je n'avais vraiment pas pensé», a confié Mme Champagne. «J'ai été la fille la plus surprise de la Terre quand on m'a appelée et j'en suis très honorée. Je me prépare à reprendre du service.»

Andrée Champagne, qui a été candidate conservatrice lors de la campagne électorale de juin 2004, ambitionne de «rajouter un peu de progressisme au parti» dirigé par Stephen Harper. «C'est de l'intérieur qu'il faut le faire», estime-t-elle.

Mme Champagne s'est illustrée par son rôle de Donalda dans la populaire série télévisée Les Belles Histoires des pays d'en haut. En 1984, elle a été élue députée conservatrice et a été, pendant deux ans, ministre d'État à la Jeunesse dans le premier cabinet Mulroney. Elle a ensuite été la première femme à occuper le poste de vice-présidente de la Chambre des communes (de 1990 à 1993). Elle siégera au Sénat à titre de membre du Parti conservateur.

La nomination de Dennis Dawson a toutes les apparences d'une affaire partisane. Lors de son élection aux Communes en 1977, sous la bannière libérale, M. Dawson était l'un des plus jeunes députés fédéraux de l'histoire canadienne. Il a représenté la circonscription de Louis-Hébert, dans la région de Québec, jusqu'en 1984. Proche collaborateur de M. Martin depuis l'entrée en politique de ce dernier, en 1988, M. Dawson a été l'un des principaux stratèges de sa campagne pour déloger Jean Chrétien, de 2000 à 2003. Il portera les couleurs libérales à la Chambre haute.

Pas de réforme

En nommant deux conservateurs au Sénat, Paul Martin neutralise, en quelque sorte, d'éventuelles critiques de l'opposition officielle à l'égard de l'accession de Dennis Dawson au Sénat. Il sera aussi difficile pour le parti de droite de dénoncer le fait que ces nominations sont faites, une fois de plus, en l'absence d'une réforme de la Chambre haute.

Andrée Champagne ne s'est d'ailleurs par formalisé de cette lacune. «Ce n'est pas parce qu'on veut changer de voiture qu'on n'utilise plus celle qu'on a», a-t-elle soutenu.

Les conservateurs prônent depuis des années la mise en place d'un Sénat élu, efficace et plus représentatif des provinces de l'Ouest. Paul Martin s'est dit d'accord avec de tels changements. Mais comme ils nécessiteraient un amendement constitutionnel, le gouvernement minoritaire de M. Martin ne prévoit aucune réforme pour l'instant.

Stephen Harper a bien accueilli la nomination de Mme Champagne et de M. Segal. «L'un et l'autre sont des personnes de grande expérience dans le service public qui apporteront de réelles contributions à la vie politique canadienne», a-t-il déclaré dans un communiqué. «Le Parti conservateur reste convaincu que les sénateurs devraient être élus, et ce sera le cas au sein de tout gouvernement conservateur.»

Hugh Segal a oeuvré dans les coulisses du pouvoir fédéral pendant les années Mulroney. Il était jusqu'à tout récemment président de l'Institut de recherche en politiques publiques, basé à Montréal, et professeur à l'université Queen's, de Kingston. Il représentera les conservateurs au Sénat.

Après un mandat à la Ville de Vancouver, Larry W. Campbell a annoncé en juin qu'il ne se représenterait pas lors des élections de novembre prochain. «Je ne suis pas un politicien», avait alors dit l'ancien policier et coroner, fort populaire dans sa ville. Or, il est maintenant sénateur libéral.

Quant à Rod Zimmer, il a été directeur du marketing et des communications de la Fondation manitobaine des loteries (1985-93), président du Royal Winnipeg Ballet (1989-91) et vice-président de la Pan American Games Society (1995-98). Il représentera les libéraux.

Après des mois de tergiversation, Paul Martin a maintenant pourvu la quasi-totalité des sièges vacants au Sénat. Il n'en reste plus que deux.

Les sénateurs, qui doivent se retirer à l'âge de 75 ans, gagnent 116 000 $ par année, sans compter les avantages sociaux.