Fin d'une session tumultueuse - Le dossier du mariage gai est clos, dit Martin

Ottawa — Au lendemain de l'adoption aux Communes de la loi autorisant le mariage entre conjoints de même sexe, le premier ministre Paul Martin est catégorique. Le dossier est clos et, si les conservateurs veulent revenir à la charge durant la prochaine campagne électorale, il leur reviendra d'expliquer leur désir de retirer à une minorité un droit reconnu par la Charte, croit le chef libéral.

«Je pense que c'est un enjeu dont les Canadiens ne veulent plus entendre parler. Le Parlement a réglé cette question», a déclaré M. Martin hier, au cours d'une conférence de presse destinée entre autres à faire le bilan d'une session «tumultueuse» qui a pris fin avec l'adoption du projet de loi C-38 par 158 voix contre 133 mardi soir. Trois conservateurs ont voté en faveur de la loi, mais cinq bloquistes et 32 libéraux s'y sont opposés.

Le premier ministre n'entend pas laisser les conservateurs ressusciter cet enjeu durant la prochaine campagne électorale, ce que leur chef Stephen Harper a promis, sans faire planer de nouveau des doutes sur leur attachement aux droits fondamentaux des Canadiens. Son arme sera le recours à la clause dérogatoire de la Charte des droits et libertés, qui permet de suspendre l'application de certains droits, ce qui la rend très impopulaire au Canada anglais.

«Il y a un point qui est très clair et c'est que tout gouvernement qui voudra changer cette loi [...] devra avoir recours à la clause dérogatoire. Il ne sera pas possible d'y échapper, peu importe le camouflage ou la rhétorique. L'enjeu ne sera plus le mariage civil mais le recours à la clause nonobstant pour renverser un droit reconnu dans la Charte», a-t-il déclaré.

La majorité des experts estiment que le maintien de la définition traditionnelle du mariage serait contraire au droit à l'égalité des homosexuels et ne pourrait être maintenue qu'à l'aide de la clause nonobstant.

Le vote de mardi soir est venu clore une session mouvementée, marquée par de nombreux votes de confiance qui ont donné des sueurs froides au gouvernement, à une alliance budgétaire avec le NPD et à une courte prolongation des travaux parlementaires.

«Ce fut une session tumultueuse, a reconnu M. Martin. [...] Elle a attiré beaucoup l'attention, mais ce fut aussi une session où beaucoup a été accompli. Fondamentalement, on a fait notre travail.»

Selon lui, son gouvernement minoritaire n'a quand même «pas été forcé à faire quoi que ce soit», passant sous silence l'accord budgétaire de 4,6 milliards avec le NPD qui lui a permis de traverser tous les votes de confiance subséquents. M. Martin, lui, affirme qu'il n'a fait que respecter les objectifs fixés durant la dernière campagne électorale.

Paul Martin avait opté pour l'optimisme, allant jusqu'à dire qu'il croyait que le premier ministre québécois Jean Charest allait gagner les prochaines élections provinciales. Il croit que les Québécois ne veulent pas d'un autre référendum et la réélection des libéraux à Québec est le meilleur remède pour l'éviter.

Il pense d'ailleurs que sa propre cote remontera au Québec grâce à ses actions dans le dossier des commandites et le bon gouvernement qu'il offre aux Canadiens. Il a d'ailleurs réitéré sa promesse de déclencher des élections dans les 30 jours qui suivront le dépôt du rapport final de la commission Gomery.

M. Martin ne ressent pas le besoin d'adopter des mesures particulières pour regagner l'appui des Québécois ou pour aider son homologue provincial. Il persiste à refuser de reconnaître le déséquilibre fiscal et estime avoir livré la marchandise en ce qui a trait à l'allégement des pressions financières sur les provinces. Il cite l'accord sur la santé et ses 41 milliards promis sur 10 ans, les changements apportés à la péréquation, dont une hausse garantie de 3,5 % par année et, enfin, les multiples accords à la pièce conclus avec plusieurs provinces, accords dont il ne s'excuse pas malgré les critiques.

«Il y a eu, depuis la Confédération, des ententes à la pièce avec les provinces. [...] Que ce soit la péréquation ou la santé, on va avoir des ententes pancanadiennes mais, en même temps, on va toujours avoir des ententes qui vont [répondre aux] besoins spécifiques d'une province», a-t-il dit.
 
1 commentaire
  • Yvon Thivierge - Inscrit 4 juillet 2005 20 h 53

    Au Canada, comme en Espagne

    Il m'apparaît tout à fait normal et légitime que les perdants et les opposants au mariage gai promettent de revenir à la charge pour avoir gain de cause.

    Mais c'est plutôt odieux de leur part puisqu'il ne s'agit pas ici de droits niés qu'ils revendiquent, comme cela arrive malheureusement tous les jours et de plus en plus aux États-Unis, mais de droits minoritaires qui ont enfin été accordés et qui n'enlèvent absolument rien aux détenants de droits majoritaires.

    En Espagne, l'épiscopat est en passe de ressusciter le franquisme, d'attaquer la démocratie et de revendiquer le retour à la dictature pourtant rejetée en 1975 par leur Roi qu'il vient de rabrouer en signant la nouvelle loi au grand dam des évêques auxquels le Pape avaient enjoints d'intimider pour faire valoir son pouvoir temporel qu'il fit bien sentir en Italie lors d'un récent référendum.