Le SCRS voulait que le Canada abandonne Arar aux Syriens

Ottawa — Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a «clairement laissé savoir» au gouvernement fédéral qu'il voulait que Maher Arar reste en Syrie, et ce, même si des efforts diplomatiques étaient déployés pour tenter de le faire libérer, a révélé un document présenté hier à la commission d'enquête chargée de faire la lumière sur cette affaire.

Le document, une note provenant du ministère des Affaires étrangères, écrite quelque neuf mois après l'expulsion de M. Arar par les États-Unis vers la Syrie, son pays d'origine, où il a été emprisonné, indique sans équivoque qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves contre l'homme pour l'accuser au Canada.

On peut lire dans la note — préparée pour Scott Heatherington, le directeur de la division des renseignements du ministère — que le SCRS «a clairement laissé savoir au ministère qu'il préférerait qu'il reste en Syrie, plutôt qu'il revienne au Canada».

Des extraits de la note datée de juin 2003, qui n'a jamais été envoyée, avaient déjà été soumis à la commission, mais la référence au SCRS avait été initialement soustraite du document.

La note est revenue sur le tapis hier lorsque l'ancien solliciteur général Wayne Easter a témoigné devant la commission.

M. Easter était responsable de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et du SCRS au moment où Maher Arar a été interpellé par les autorités américaines en septembre 2002, alors qu'il faisait escale à New York et qu'il a été expulsé vers la Syrie — où il dit avoir été torturé en prison — quelques semaines après.

Divers responsables syriens et américains — dont l'ancien secrétaire d'État Colin Powell et l'ambassadeur de la Syrie au Canada — ont déjà dit que le SCRS ne voulait pas voir M. Arar revenir au Canada.

Ottawa a toujours nié

Le gouvernement canadien, de son côté, a toujours soutenu que ces responsables étrangers étaient très mal informés.

«Le gouvernement en général avait entrepris tous les efforts pour faire revenir M. Arar au Canada, a dit M. Easter lorsque interrogé devant la commission. Et je ne crois pas, selon mon expérience avec le SCRS, qu'il aurait sapé cet effort.»

M. Easter a dit que personne au SCRS ne lui a jamais dit que l'agence voulait qu'il reste en Syrie.

Maher Arar a été expulsé vers la Syrie parce que les États-Unis considéraient qu'il avait des liens avec le réseau terroriste al-Qaïda.

La commission d'enquête ordonnée par le gouvernement canadien a pour mandat de déterminer si les agences responsables à Ottawa auraient pu faire davantage pour que l'expulsion n'ait pas lieu. La commission doit aussi déterminer si les responsables canadiens ont déployé suffisamment d'efforts pour faire sortir M. Arar de la Syrie.