Scandale des commandites - Le juge Gomery rejette une requête des avocats de Jean Chrétien

Alfonso Gagliano a affirmé qu’il n’a jamais cautionné le financement occulte du PLC-Q.
Photo: Jacques Nadeau Alfonso Gagliano a affirmé qu’il n’a jamais cautionné le financement occulte du PLC-Q.

Le commissaire John Gomery a bien failli exploser de colère hier après qu'une fausse alerte à la bombe eut soufflé la moitié des heures d'audience et que l'avocat de Jean Chrétien se fut éparpillé dans un «verbiage» juridique dont il n'avait point besoin.

Les réinterrogatoires qui ont lieu depuis quelques jours n'ont produit rien de concluant, ou si peu, indisposant le commissaire désireux de compléter ses travaux dans les plus brefs délais. La plupart des sujets abordés par les avocats dans la dernière semaine n'ont pas amené de preuves inédites et auraient très bien pu faire l'objet d'arguments dans le cadre des représentations finales des avocats qui débuteront le 13 juin.

Poussant la patience de M. Gomery à la limite, l'avocat de Jean Chrétien, Peter Doody, a présenté une requête afin de s'assurer que les procureurs de la commission ne conseillent pas le juge lorsque celui-ci se retirera pour écrire son rapport final. Me Doody craint que M. Gomery ne subisse l'influence des procureurs et se détache de la preuve.

La requête a été rejetée sur le banc. «Je n'accepte pas facilement la proposition que je pourrais être influencé de quelque façon par des faits autres que ceux que j'ai entendus dans cette salle d'audience, a dit M. Gomery. J'ai pris grand soin, depuis le début de cette commission, de tenir compte seulement de la preuve présentée publiquement, sous serment.»

«Les procureurs sont là pour présenter la preuve, et c'est au commissaire de déterminer ce qu'il en fera à la lumière des représentations qui lui seront faites», a ajouté M. Gomery.

Le «J'accuse» de Gagliano

La commission, qui a habitué le public aux révélations fracassantes, s'est terminée en queue de poisson avec le témoignage d'Alfonso Gagliano, mis en boîte comme une sardine par le juge Gomery et le procureur du gouvernement, Sylvain Lussier.

Questionné sur les nombreuses commandites accordées aux organismes communautaires de sa circonscription, M. Gagliano a accusé Me Lussier de manquer de respect envers les siens. «Depuis des mois, vous avez insulté toute la communauté italienne, et vous le faites encore aujourd'hui», a-t-il lancé.

M. Gagliano était l'organisateur en chef du Parti libéral du Canada, section Québec (PLC-Q), et ministre des Travaux publics lorsque le scandale des commandites a éclaté. Il a réitéré qu'il ne s'est pas mêlé du choix des agences ou des activités à commanditer, laissant le champ libre à Charles Guité ou à Pierre Tremblay. Une exception confirme la règle avec cette commandite de 6000 $ qui a permis d'ériger une «place du Canada» dans le village de Saint-Martin, en Italie.

M. Gagliano avait personnellement insisté pour que ce dossier, géré par Gilles-André Gosselin, ne laisse pas de trace papier au ministère. Selon lui, le Canada a tout de même obtenu une visibilité en retour parce que la délégation d'Italo-Canadiens qui s'est rendue à Saint-Martin pour l'inauguration a organisé une petite fête à son retour au pays.

M. Gagliano jure par ailleurs qu'il n'a jamais cautionné le financement occulte du PLC-Q à même les contrats accordés aux agences de publicité. «Je n'aurais jamais toléré, et j'avais donné une directive de ne jamais accepter de l'argent comptant», a-t-il dit.

Gomery présente ses questions

Le commissaire Gomery a enfin présenté une liste de questions à l'intention des avocats pour orienter leurs plaidoiries finales. Le commissaire veut notamment savoir qui a mis au monde le programme des commandites, s'il y a eu des interventions politiques de MM. Chrétien et Gagliano dans son administration, si les agences de publicité ont rempli leurs obligations contractuelles, si une partie des fonds publics a servi à financer le PLC-Q par le truchement des agences et si la vérification interne, la surveillance et la reddition de comptes ont été menées avec toute la rigueur voulue au sein de la fonction publique.