Les États-Unis donnent raison à Cherfi

Québec — Le Canada ne voulait pas de Mohamed Cherfi, mais les États-Unis viennent de lui dire oui. Plus d'un an après avoir été expulsé de l'autre côté de la frontière, le militant d'origine algérienne échappe à l'expulsion vers l'Algérie. Or il veut maintenant revenir ici.

«Quelle ironie!», tonnait hier Gérald Doré, pasteur de l'église où le sans-papiers avait trouvé refuge avant son expulsion aux États-Unis. «Il a fallu que ce soit un tribunal américain qui démontre que nous avons eu raison d'accueillir Mohamed dans cette église!»

Dans une première décision rendue en mars, un juge de Buffalo avait d'abord refusé d'accorder le statut de réfugié politique à Mohamed Cherfi. On avait alors estimé qu'il ne serait pas menacé lors de son éventuel retour en Algérie. Les autorités sont toutefois revenues sur leur décision en appel: «Les craintes du répondant de subir des représailles en Algérie à cause d'opinions politiques sont objectivement raisonnables», peut-on lire dans le jugement daté du 26 mai.

Dans le document, on insiste sur le fait que M. Cherfi a déjà publiquement critiqué le régime algérien à titre de porte-parole du Comité d'action des sans-statut algériens. «Les tentatives du gouvernement algérien de rassurer ses détracteurs en ce qui a trait aux traitements qu'il inflige aux dissidents sont démenties par les preuves de rapports sur les conditions en Algérie», écrit-on. Citant un témoin, le jugement mentionne en outre que des responsables algériens au Canada ont par le passé fait pression sur des Algériens pour qu'ils fournissent des renseignements sur des compatriotes. Le juge rejette enfin le second motif invoqué dans le premier jugement quant au non-respect des délais pour la demande d'asile: «Le danger de persécution doit généralement l'emporter sur presque tous les facteurs défavorables, à l'exception des plus extrêmes.»

Québec se montre ouvert

Mohamed Cherfi doit toutefois se plier à une série de vérifications de routine de la part du Département de la sécurité intérieure avant de recouvrer sa liberté aux États-Unis. Or c'est au Québec que le principal intéressé entend vivre. Devant la presse hier matin, sa conjointe Louise Boivin a demandé aux gouvernements du Québec et du Canada de permettre à M. Cherfi de venir la retrouver. «Ils ont tout en main pour lui accorder ce droit. [...] Il ne faut plus attendre, ne pas imposer plus de stress à Mohamed. Il en a assez enduré.»

Son avocat au Canada, Noël St-Pierre, se dit convaincu que Québec et Ottawa accepteront. «Ils n'ont plus le choix. Québec notamment montre une grande ouverture dans le dossier. Nous avons des contacts de haut niveau et une entrevue est prévue pour la semaine prochaine.» La balle est actuellement dans le camp du gouvernement du Québec, auquel on demande de délivrer un certificat de sécurité. L'attachée de presse de la ministre québécoise Lise Thériault a confirmé hier la tenue d'une entrevue avec M. Cherfi la semaine prochaine et affirmé que le dossier continue de «cheminer»: «Si toutes les parties travaillent ensemble, on va en arriver à une solution d'ici la mi-juin.»

Ottawa circonspect

Du côté d'Ottawa, on se montrait plus circonspect, le cabinet du ministre de l'Immigration, Joseph Volpe, nous référant à un fonctionnaire du ministère. «Ce que je peux vous dire, c'est que nous avons pris acte de la décision du tribunal américain», a commenté Richard St-Louis. D'après celui-ci, à partir du moment où Mohamed Cherfi a le droit de rester aux États-Unis, Immigration Canada renvoie son dossier à la case départ: «Il fera une demande comme n'importe quel immigrant.» M. St-Louis a précisé qu'en dépit de l'avis d'expulsion prononcé par le passé contre M. Cherfi, ce dernier peut espérer obtenir l'autorisation nécessaire à son retour. L'avocat de M. Cherfi ne doute pas que le fédéral emboîtera le pas aux États-Unis, puis au Québec: «Si Québec lui accorde le certificat, le fédéral n'aura pas d'excuse pour le lui refuser.»