Les libéraux veulent profiter de leur deuxième chance

Ottawa — Alors que le commissaire John Gomery s'apprête à s'éloigner quelques mois des projecteurs pour écrire son rapport sur le scandale des commandites, les libéraux fédéraux du Québec veulent profiter de l'accalmie médiatique pour regagner la confiance des électeurs.

Ils veulent aussi galvaniser leurs militants en vue de l'échéancier électoral qui se profile à court terme.

Le lieutenant de Paul Martin au Québec et ministre des Transports, Jean Lapierre, appuyé d'un groupe de libéraux de l'exécutif du parti au Québec, travaille à l'élaboration d'un plan d'action qui orientera les troupes et qui sera déployé dès la fin d'août.

«Le bon Dieu nous a donné une deuxième vie, il faut en profiter, a lâché M. Lapierre, faisant référence au vote de défiance que les libéraux ont remporté de justesse, il y a deux semaines. À partir du mois d'août, la saison politique va recommencer et il faudra poser des gestes pour aller regagner la confiance des Québécois.»

Une première rencontre stratégique sur ce plan d'action doit avoir lieu cette fin de semaine et les députés du caucus ont déjà été invités à émettre leurs idées. L'exercice visera aussi à déterminer, dans les prochaines semaines, les besoins des différentes régions en vue de tenter d'influencer l'agenda gouvernemental des mois à venir.

«Il faut être en mode écoute», a souligné Pablo Rodriguez, député et président de la section Québec du Parti libéral du Canada. Il ajoute aussi que les libéraux devront être plus «présents sur le terrain».

À la traîne dans les sondages et au plus bas dans l'estime des électeurs québécois avec les révélations quotidiennes à la commission d'enquête sur le scandale des commandites, les libéraux fédéraux du Québec sont les premiers à reconnaître que le défi est grand.

Ils n'ont pas de temps à perdre puisque des élections auront lieu au plus tard en mars 2006. Le premier ministre Paul Martin a fait la promesse de tenir un scrutin 30 jours après le dépôt du rapport final du commissaire Gomery, attendu en décembre prochain.

Ils sont toutefois convaincus que, le feuilleton quotidien des audiences publiques de la commission terminé, la population sera plus disposée à entendre ce qu'ils ont à dire.

«La réalité, c'est que la commission Gomery, ç'a créé un mur, a fait valoir le ministre Lapierre. Et quiconque suit un peu l'opinion publique sait qu'on a pas mal de croûtes à manger pour regagner la confiance des gens.»

La ministre du Patrimoine, Liza Frulla, abonde dans le sens de son collègue et précise qu'à son avis, le pire est probablement derrière les libéraux.

«Le fait que les audiences se terminent, le fait que les émotions se calment parce que le côté spectaculaire est à toute fin terminé, le fait que le juge Gomery maintenant va en arriver lui-même à ses conclusions [...] et le fait que, parallèlement, on a de belles choses à offrir à la population, je pense que tout ça va faire qu'on va revenir à la normale», espère la ministre.

Aux libéraux de profiter de tous ces éléments pour «reprendre notre position de façon agressive», a poursuivi Mme Frulla.

La ministre du Patrimoine est d'avis que les libéraux doivent d'abord promouvoir, auprès de la population, les mesures budgétaires, «parce que ce n'est pas connu au Québec».

Elle n'est pas la seule à miser sur le budget. «J'ai l'impression que le budget va nous donner beaucoup d'outils en région», a noté pour sa part le député de Brome-Missisquoi, Denis Paradis, qui cite les fonds pour les infrastructures municipales, qui sont très attendus dans son comté.