Importantes manifestations à Ottawa pour la fin du commerce d’armes avec Israël
Des centaines de protestataires ont pris la rue à Ottawa, mercredi, pour exiger l’arrêt immédiat et total de tout transfert d’armes, composants et technologies militaires vers et depuis Israël.
Ces manifestations surviennent alors qu’a lieu dans la capitale fédérale le salon professionnel CANSEC, le plus important rassemblement de l’industrie de la défense au Canada.
Mercredi matin, les rues environnantes et l’accès au centre des congrès étaient bloqués par les manifestants qui brandissaient des drapeaux palestiniens et des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Le CANSEC accueille des complices du génocide » ou encore « Arrêtez de profiter d’un génocide ». Les protestataires se sont ensuite déplacés pour bloquer les rues près de la colline du Parlement.
« Des dizaines de personnes ont été brûlées vives lors des attaques israéliennes contre un camp de personnes déplacées à Rafah cette semaine, un endroit qu’Israël avait désigné comme zone “sûre”. Et ceux qui profitent de cette atrocité, qui ont fourni les armes nécessaires au massacre de dizaines de milliers de Palestiniens, se trouvent ici même à CANSEC », a déclaré Rachel Small, du mouvement World Beyond War, qui organise la manifestation.
Le ministre fédéral de la Défense, Bill Blair, a pour sa part répliqué que le gouvernement n’exporte plus d’armes vers Israël depuis le début de l’année.
« Le Canada dispose d’un régime d’exportation armé rigoureux. Depuis janvier, aucun permis d’exportation d’armes unique n’a été délivré par le Canada pour des armes israéliennes et Affaires mondiales a clairement indiqué qu’aucune exportation supplémentaire ne serait autorisée tant que le conflit persiste », a-t-il déclaré aux journalistes mercredi matin.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne
Des centaines de manifestants ont pris la rue à Ottawa mercredi.
En mars dernier, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, avait déclaré aux Communes que le Canada n’avait approuvé aucune licence militaire d’exportation de marchandises destinées à Israël depuis le 8 janvier.
L’organisatrice des manifestations, Rachel Small, estime que le ministre « déforme considérablement » les mesures prises par le Canada « pour éviter toute complicité dans les crimes de guerre d’Israël à Gaza ». « Affaires mondiales Canada a confirmé qu’il continuait d’autoriser l’exportation de biens militaires vers Israël en vertu de permis autorisés avant le 8 janvier 2024. Cela signifie qu’ils continuent d’expédier des armes vers Israël », indique-t-elle dans un courriel au Devoir.
Lors de la période de questions, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a exhorté le premier ministre à « imposer un embargo sur les armes et à sanctionner le cabinet de guerre du gouvernement [israélien] ». Plusieurs députés néodémocrates se sont d’ailleurs joints aux manifestations sur la colline du Parlement mercredi.
Photo: Sandrine Vieira Le Devoir
Les manifestants rassemblés sur la colline du Parlement, à Ottawa, ont affiché leurs revendications sur nombre de barricades improvisées.
Toujours pas de date pour la cible de l’OTAN
Malgré les multiples critiques des alliés du Canada au cours des dernières semaines, le ministre Blair refuse de fixer une échéance pour que le Canada fasse passer ses dépenses militaires à 2 % — l’objectif du PIB recommandé par l’OTAN.
Lors d’une mêlée de presse à CANSEC, le ministre a réaffirmé que le Canada est « engagé » à atteindre cette cible, mais il n’a pas voulu donner un horizon pour y parvenir. « Notre travail consiste à revenir avec un plan sur la manière d’atteindre cet objectif », a-t-il indiqué au premier jour de l’événement qui réunit plus de 280 organisations de l’industrie de la défense.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne
Le ministre fédéral de la Défense, Bill Blair, a réaffirmé que le Canada est « engagé » à atteindre cette cible, sans donner un horizon pour y parvenir.
Sa déclaration survient au lendemain d’inquiétudes soulevées par l’ambassadrice du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman, qui participait à un panel à Montréal. « Les Américains sont contents qu’on ait doublé nos dépenses en défense. Mais ce n’est pas le 2 % d’objectif qui a été accepté à l’OTAN. Alors, oui, on soulève souvent la question. On applaudit la trajectoire en hausse, mais ce n’est pas assez », a-t-elle fait remarquer.
Plus tôt cette année, l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’OTAN, Julianne Smith, déplorait que le Canada soit le seul membre de l’OTAN sans plan ni échéancier pour atteindre l’objectif de l’alliance. La semaine dernière, un groupe de 23 sénateurs américains a aussi envoyé une lettre au premier ministre Justin Trudeau pour lui demander de tenir les engagements du Canada envers l’OTAN.
Les chefs d’État et de gouvernement de l’alliance militaire ont convenu de consacrer 2 % de leur PIB à la défense en 2014, à la suite de l’annexion illégale de la Crimée par la Russie.
« Au cours des deux dernières années, nous avons vu Vladimir Poutine augmenter massivement sa machine de guerre. Et nous, en Occident, n’avons pas toujours fait assez pour suivre le rythme. Nous devons faire plus », a concédé le ministre Blair lors de son discours d’ouverture mercredi matin.
Un rapport du directeur parlementaire du budget en 2022 prévenait que l’objectif de l’OTAN « demeure hors d’atteinte à moyen terme » pour le Canada.
De nouveaux investissements
Dans le cadre de sa participation à CANSEC, le ministre Blair a annoncé que le Canada fera l’acquisition de plus de 70 aéronefs d’entraînement au total, répartis en cinq flottes.
Ottawa investira aussi jusqu’à 2,58 milliards de dollars dans l’acquisition et l’entretien d’un nouveau parc de véhicules logistiques légers et lourds à l’intention de l’armée canadienne. Dans le cadre de ce projet, les Forces armées mettront la main sur plus de 1000 véhicules légers et environ 500 véhicules lourds, ainsi que sur des équipements connexes, tels des ensembles de blindage, des modules, des conteneurs et des remorques.