Martin sera au coeur de la stratégie électorale des libéraux

Ottawa — Les membres du Parti libéral du Canada sont en voie d'articuler une stratégie électorale autour de leur chef, qu'ils considèrent comme l'un des rares atouts en leur faveur à la suite d'une série de sondages accablants.

Tout comme lors de la dernière campagne, le premier ministre Paul Martin sera omniprésent si des élections devaient être déclenchées ce printemps.

La raison en est simple: dans les sondages où les Canadiens expriment leur profond dégoût envers les libéraux à cause du scandale des commandites, M. Martin ne semble pas être la cible de leur colère.

«Il est clair que les Canadiens ont confiance en lui, a affirmé un stratège du Parti libéral. Ils ont de l'affection pour Paul Martin et nous serions fous de ne pas exploiter ce filon.»

La prochaine campagne risque donc d'être encore plus axée sur le chef du parti que l'an dernier, alors qu'on avait apposé le visage du premier ministre sur toutes les affiches électorales. On parlait de «l'Équipe Martin» plutôt que du Parti libéral.

Les libéraux qui se sont moqués de cette tactique en 2004 pourraient y être plus favorables cette fois-ci, à la lumière des récentes révélations ayant trait au scandale des commandites.

Quatre sondages publiés cette semaine ont révélé que la population appuyait davantage les conservateurs que les libéraux. C'est la première fois depuis le début des années 1990 qu'on assiste à un tel phénomène. Selon un sondage réalisé par Environics, les libéraux devancent le Nouveau Parti démocratique (NPD) de justesse.

Toutefois, seulement 28 pour cent des répondants du sondage Environics ont affirmé que M. Martin était «largement responsable» du scandale des commandites.

«Seulement une autre fois ai-je vu l'opinion publique changer autant en dehors du cadre d'une campagne électorale, a souligné Darryl Bricker de la firme Ipsos Reid. C'était à la suite du rapport de Sheila Fraser.»

Les nouvelles sont tellement mauvaises pour les libéraux qu'ils semblent avoir de la difficulté à recruter de nouveaux candidats — surtout au Québec — pour la première fois depuis des lunes.

Ils auraient même du mal à ramener au bercail leurs candidats perdants aux dernières élections.

Le défi sera particulièrement difficile à relever au Québec, où les libéraux se retrouvent derrière les conservateurs pour la première fois depuis l'accord du Lac Meech, en 1990.

Le bras droit de M. Martin au Québec, Jean Lapierre, a convoqué les députés et ministres québécois à une réunion de planification électorale, aujourd'hui, au quartier général du parti à Montréal.

Les libéraux tenteront de démontrer que les individus montrés du doigt lors du témoignage de Jean Brault n'ont jamais été des partisans de M. Martin. Et qu'en fait, ils étaient des alliés de Jean Chrétien ou d'Alfonso Gagliano qui tentaient de bloquer l'ascension de M. Martin, a indiqué une source.

«Il faut que ce soit clair qu'il y avait le parti de Paul Martin, qui était opposé au parti de Jean Chrétien, a déclaré un organisateur haut placé. Nous n'allons pas nous associer aux ordures qui sont responsables du dossier des commandites. Ils n'avaient rien à voir avec nous. Ils ont toujours travaillé contre Paul.»

Les libéraux espèrent également se servir des promesses faites par le gouvernement Martin au cours du dernier budget fédéral comme munitions en campagne électorale. Ils feront valoir que les engagements qu'ils ont pris pourraient disparaître parce que les conservateurs ont déclenché de nouvelles élections.

Selon des sources du parti, les libéraux attaqueront également les conservateurs parce qu'ils sont trop conciliants envers les souverainistes, surtout s'ils s'allient au Bloc québécois pour tenter de faire tomber le gouvernement.