Harris et Manning prônent la privatisation des soins de santé

Ottawa — Preston Manning et Mike Harris ont ouvert une autre boîte de Pandore hier en publiant un rapport qui recommande à Ottawa de se retirer du domaine de la santé et de lever les obstacles à la privatisation des soins par les provinces.

Selon M. Manning, fondateur de l'ex-Parti réformiste, et M. Harris, ancien premier ministre conservateur de l'Ontario, il s'agit là d'une recommandation non partisane. Leur rapport, intitulé Pour un Canada fort et prospère, a été rédigé pour le compte de l'Institut Fraser, un organisme de droite, en collaboration avec l'Institut économique de Montréal.

Il s'agit toutefois d'un sujet qui risque d'alimenter les discussions au moment où Stephen Harper, chef de l'opposition conservatrice, pourrait bientôt provoquer la tenue de nouvelles élections.

Le premier ministre Paul Martin, qui espérait obtenir un peu de répit à la suite des révélations entourant le scandale des commandites, a juré qu'il lutterait farouchement pour protéger l'assurance maladie.

Les objectifs des conservateurs ne sont plus secrets, a déclaré M. Martin aux Communes.

«Ils ne veulent pas que le gouvernement fédéral joue un rôle dans le domaine de la santé, ils ne veulent plus de la Loi canadienne sur la santé, ils ne veulent plus personne pour dire non à la privatisation», a-t-il affirmé.

M. Martin a laissé entendre que MM. Manning et Harris n'étaient pratiquement que les porte-parole de M. Harper. Affirmation que le chef de l'opposition a fermement niée.

«Il ne s'agit pas de ma position, a déclaré M. Harper à sa sortie des Communes. Ce n'est pas la position du Parti conservateur. C'est la position d'un groupe de réflexion indépendant.»

M. Harper a accusé M. Martin de tenter de faire oublier les répercussions du scandale des commandites. Il a qualifié la sortie du premier ministre de «performance navrante».

Plus tôt dans la journée, à sa sortie de la réunion du caucus de son parti, M. Harper a fait remarquer que la plupart des provinces explorent déjà certaines formes de privatisation des soins de santé, mais à l'intérieur du contexte général d'un système public.

«Nous l'avons déjà dit, nous sommes prêts à en faire l'expérience, a-t-il indiqué. M. Martin a dit y être opposé, mais non seulement a-t-il signé un accord avec les provinces qui le permet, il se fait soigner dans une clinique privée, contrairement à moi.»

M. Harper faisait ainsi allusion à la clinique montréalaise où travaille le médecin personnel de M. Martin. Amy Butcher, porte-parole du premier ministre, a toutefois précisé qu'il s'agit d'une clinique ouverte à tous.

M. Harper tente depuis quelque temps de se déplacer vers le centre, notamment en matière de soins de santé.