Commandites

Sept millions de dollars puisés à même le programme des commandites seraient retournés dans les poches de Jacques Corriveau, un ami personnel de Jean Chrétien et collecteur de fonds libéral dont le témoignage à la commission Gomery est attendu cette semaine.

M. Corriveau a reçu 6,7 millions de Polygone et d'Expour, deux entreprises appartenant à l'homme d'affaires Luc Lemay, pour des services dont la nature n'est pas tout à fait élucidée. À cette somme s'ajoutent 430 370 $ versés par Jean Brault, soit 10 % de sa commission, pour des services fictifs.

Au total, 7,1 millions de dollars auraient donc été déviés du programme des commandites pour revenir à Jacques Corriveau et à son entreprise de graphisme et impression, Pluri-Design.

C'est par l'entremise de Jacques Corriveau que de nombreuses demandes de financement du Parti libéral du Canada (PLC), très souvent en liquide, ont été acheminées à Jean Brault, le fondateur de Groupaction. Lors de son témoignage, M. Brault a affirmé que M. Corriveau n'avait exécuté aucune heure de travail pour percevoir près d'un demi-million de Groupaction. Les montants étaient exigés de lui pour «la cause», lui avait fait savoir M. Corriveau en lui laissant entendre que sa générosité à l'égard du PLC serait généreusement compensée en contrats de commandite.

Luc Lemay a manqué de temps pour expliquer en détails sa relation d'affaires avec Jacques Corriveau. Celui-ci lui a trouvé une commandite de 450 000 $, in extremis en 1997, pour l'organisation du premier Salon national du grand air de Montréal. «Un moment donné, il m'a dit: "Écoute là, je t'ai obtenu à peu près 400 000 $", a dit M. Lemay. Ça venait d'Ottawa. Moi, j'ai interprété ça comme une subvention.»

Luc Lemay n'avait pourtant rien demandé à Jacques Corriveau. Tout au plus avait-il confié un mandat de 125 000 $ à Pluri-Design pour la réalisation de documents préparatoires. M. Lemay a appris en préparant son témoignage que Jacques Corriveau avait facturé 27 292 $ au Groupe Everest pour les mêmes services. «Je l'ai su hier soir. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise», a-t-il laissé tomber.

M. Corriveau a par ailleurs présenté Luc Lemay à Claude Boulay, le patron d'Everest, à qui a échu le mandat de trouver des commandites pour le premier Salon du grand air. C'est également grâce à Jacques Corriveau que Luc Lemay a pris conscience de tout le potentiel des contrats avec le gouvernement, à la faveur d'une rencontre à quatre au printemps 1997 à laquelle participaient Charles Guité, directeur du programme des commandites, et Roger Collet, directeur général du Bureau d'information du Canada (BIC).

M. Lemay, qui a travaillé à la fois dans l'édition (Polygone) et dans l'organisation de salons (Expour), a conclu par la suite une entente avec Jacques Corriveau en vertu de laquelle il lui versait une commission de 17,65 % sur toutes les commandites qu'il lui trouvait. L'information ne cadre pas avec les chiffres mis en preuve hier à la commission Gomery. Pour toucher 6,7 millions de Polygone et Expour, Jacques Corriveau aurait dû rabattre 38 millions de dollars en commandites. Or la valeur totale des contrats du gouvernement décrochés par Luc Lemay s'élève à 36,7 millions.

Qui plus est, cette entente révèle un sérieux problème de dédoublement puisque, de 1997 à 1999, Luc Lemay avait déjà passé un contrat avec Everest pour obtenir des commandites d'une valeur inconnue pour l'instant. En vertu de cet accord, Everest avait droit à une commission de 20 % sur toutes les commandites trouvées pour Polygone et Expour et de 15 % si celles-ci étaient renouvelées.

Toute cette affaire devrait être élucidée aujourd'hui avec la suite du témoignage de M. Lemay.

Un homme riche, un autre

Le programme des commandites a fait la fortune de Luc Lemay, un homme qui avait déjà connu un succès évident avec l'édition de l'Almanach du peuple, la revue Sentiers, chasse et pêche et les encyclopédies Grolier.

De 1998 à 2003, Polygone-Expour a tiré un peu plus du tiers de ses revenus du programme des commandites. Luc Lemay a empoché pour sa part 13,2 millions de dollars en salaires et dividendes.

C'est comme gagner à la loterie, ou recevoir un cadeau du ciel, lui a fait remarquer le juge John Gomery. «Effectivement, on était très heureux», s'est contenté de répondre M. Lemay.

Luc Lemay a par ailleurs exigé hier la confidentialité sur les états financiers de ses entreprises et d'une fiducie familiale au nom de ses trois filles et lui, sous prétexte que la divulgation de ces renseignements lui causerait un préjudice et n'amènerait rien de plus aux travaux de la commission.

M. Lemay a entamé des démarches pour vendre ses entreprises en tout ou en partie et il craint de perdre son pouvoir de négociation si leurs états financiers sont rendus publics. La fiducie familiale n'a jamais été mêlée au programme des commandites, a assuré en outre M. Lemay par la voie de son avocat, Louis Bélanger.

La preuve à venir démontrera que certaines des sommes détenues dans la fiducie familiale de M. Lemay proviennent du programme des commandites, a avancé au contraire Guy Cournoyer, procureur de la commission. Me Cournoyer s'est opposé à cette requête au même titre que l'avocat des médias, Mark Bantey. Le juge Gomery fera connaître sa décision ce matin au sujet de cette requête.

Corroboration de Brault

L'ex-comptable de Groupaction, Bernard Michaud, a enfin corroboré en partie le témoignage de Jean Brault, en matinée, lors de sa brève comparution devant la commission Gomery.

M. Michaud a confirmé qu'il a fait un chèque de 15 000 $ à son nom, en 1997, pour l'encaisser aussitôt et remettre l'argent à M. Brault. Il s'est exécuté à la demande de M. Brault, qui lui a toutefois caché la raison de cette transaction inusitée.

M. Michaud a fait passer le chèque comme une avance. Groupaction lui a remboursé par la suite 9550 $ pour éviter qu'il ne soit obligé d'assumer les cotisations à l'assurance-emploi, à la Régie des rentes et à l'impôt provincial et fédéral.

Lors de son témoignage incendiaire devant la commission, Jean Brault a indiqué qu'il avait recouru à l'aide de son comptable pour acheminer des dons en liquide au PLC, dont une contribution de 15 000 $ en 1997. Il a aussi indiqué qu'il avait toujours remboursé ses employés en tenant comte de l'impact fiscal lorsqu'il se servait d'eux comme prête-noms.

M. Michaud a enfin confirmé que Jean Brault lui avait demandé de faire un chèque de 150 000 $ en imputant la dépense à la commandite du Grand Prix de F1 de Montréal. Il n'a jamais su à quoi l'argent avait servi.
1 commentaire
  • Sylvain Gagneir - Inscrit 13 avril 2005 12 h 25

    Assurons-nous que les coupables soient traduits en justice!

    Signez la pétition "Arrêtons le Parti Libéral du Canada" au
    http://www.petitiononline.com/stoplib0