Scandale des commandites - Alain Renaud accuse sans savoir

Le courtier libéral Alain Renaud a achevé son témoignage approximatif entaché par les trous de mémoire et les contradictions, hier à la commission Gomery, en jurant que l'ex-premier ministre Jean Chrétien s'impliquait directement dans le programme des commandites lors de conversations téléphoniques avec son vieil ami et collecteur de fonds libéral, Jacques Corriveau.

M. Renaud en veut pour preuve un appel qui s'est déroulé en sa présence, au bureau de M. Corriveau. «Ça discutait de différentes commandites, de mémoire. J'étais assis juste à côté pendant qu'ils parlaient au téléphone. [...] J'ai entendu: "c'est un bon projet, il faut que ça fonctionne", et je sais que celui qui est au bout du fil, c'est M. Chrétien. J'ai conclu qu'il était assez branché merci», a-t-il dit au sujet de M. Corriveau.

Toujours selon M. Renaud, Jacques Corriveau parlait également de commandites avec Jean Pelletier et Jean Carle, deux personnes haut placées au cabinet du premier ministre Chrétien.

Lors d'un contre-interrogatoire on ne peut plus incisif de Pierre LaTraverse, l'avocat de M. Carle, Alain Renaud a été forcé d'admettre qu'il n'avait jamais entendu la voix des interlocuteurs de M. Corriveau. Il ne se souvient pas des dates, ni même de l'année de ces entretiens au potentiel explosif dont il n'a finalement qu'une vague idée.

Le témoignage d'Alain Renaud a souffert de sérieux problèmes de crédibilité. Vendredi, il affirmait que Jean Brault lui avait montré des chèques émis au nom de Michel Fournier in trust et Daniel-Yves Durand, que Groupaction aurait payés pour leur travail auprès de Jean Chrétien durant la campagne électorale de 1993. Or M. Fournier ne pratiquait plus la profession de notaire et il ne détenait plus de compte en fidéicommis à cette époque. M. Durand a qualifié pour sa part de diffamatoires les propos de M. Renaud, dans un communiqué diffusé en fin de semaine. Lors de son témoignage explosif devant la commission Gomery, M. Brault n'a par ailleurs fait aucune mention de cet épisode.

Alain Renaud a contredit Jean Brault, son ancien patron, sur plusieurs points. Il nie avoir servi d'intermédiaire pour acheminer des dons en argent comptant au Parti libéral du Canada (PLC). Il assure qu'il n'était pas au restaurant La Samaritaine lorsque Joe Morselli a exigé de M. Brault le paiement d'une somme de 50 000 $ en liquide. Il jure que son ami Benoît Corbeil, l'ex-directeur du PLC au Québec, ne lui a jamais réclamé d'argent. Bref, il ne reconnaît son implication que dans les transactions officielles ayant laissé des traces, comme cette contribution personnelle de 63 500 $ qu'il a versée au PLC avec l'argent de Groupaction. «Je pense que M. Brault a fait beaucoup de choses sans m'en parler», a lancé M. Renaud pour expliquer tout le reste.

Le fondateur de Groupaction a soutenu au contraire que les demandes de financement du parti lui étaient venues de Jacques Corriveau, Benoît Corbeil, Joe Morselli et Alain Renaud lors de son implication dans le programme des commandites.

De 1996 à 2000, Alain Renaud a été payé 1,1 million par Jean Brault pour lui ouvrir les portes du PLC et rabattre des contrats de commandite chez Groupaction. Après avoir touché 188 641 $ lors de sa dernière année d'association avec Groupaction, M. Renaud a déclaré une faillite personnelle et professionnelle l'année suivante. Il a évoqué des «problèmes personnels» sans en dire davantage.

M. Renaud a enfin contrevenu a la loi fédérale sur l'enregistrement des lobbyistes, en ne déclarant pas ses activités comme «ouvreur de portes» de Groupaction auprès du gouvernement Chrétien. Le juge Gomery a pris un malin plaisir à lui faire la lecture du texte de cette loi prévoyant une amende de 25 000 $ en cas d'infraction.