«Écoute ben, tu iras voir Corriveau»

Le maire de Longueuil, Jacques Olivier, dit ne pas se souvenir d'avoir dit à Jean Brault, ancien président de Groupaction, «Colle-toi sur [Jacques] Corriveau; ça va t'ouvrir des portes», comme celui-ci l'a affirmé dans le cadre de la commission Gomery.

Jacques Olivier affirme avoir été surpris que Jean Brault évoque son nom lors de son témoignage. En marge d'une conférence de presse hier à l'hôtel de ville de Longueuil, le maire a indiqué qu'il connaissait M. Brault et que tous deux avaient siégé au sein du conseil d'administration d'une compagnie de téléphonie, mais qu'il n'avait aucun souvenir d'avoir eu une conversation avec M. Brault au sujet de contrats avec le gouvernement fédéral. «Est-ce que j'ai dit ça il y a dix ans? Je ne sais pas», a indiqué M. Olivier.

Rappelons que, le 31 mars dernier, Bernard Roy, l'avocat en chef de la commission Gomery, a questionné Jean Brault au sujet de Jacques Corriveau, un ami personnel de Jean Chrétien et imprimeur du Parti libéral du Canada. Me Roy lui a demandé si des personnes lui avaient recommandé de créer des liens plus étroits avec Jacques Corriveau en 1996. Jean Brault a alors relaté qu'au terme d'une rencontre réunissant une vingtaine de gens d'affaires discutant de téléphonie cellulaire, il avait échangé quelques mots avec Jacques Olivier alors présent. Dans un «contexte un peu party», a expliqué M. Brault, Jacques Olivier lui aurait lancé: «Colle-toi sur Corriveau; ça va t'ouvrir des portes.»

«L'essentiel du commentaire, ce n'était pas une dissertation, c'était carrément "Buddy, pourquoi tu te colles pas sur Corriveau, puis tu vas avoir de l'ouvrage"», a ensuite commenté M. Brault.

«Ça faisait 20 ans que je ne faisais plus de politique sauf d'avoir un ami qui s'appelait Paul Martin», a indiqué hier M. Olivier, qui a siégé comme député fédéral de 1972 à 1984. «La dernière fois que j'ai assisté à un événement politique au niveau fédéral, à ma connaissance, c'est quand Paul Martin a perdu aux mains de M. Chrétien [lors du congrès au leadership en 1990] et la deuxième fois où je m'en suis mêlé, c'est quand j'ai essayé de trouver des délégués. Et c'est seulement à Saint-Hubert qu'il y en avait eu, tous les autres appuyaient Jean Chrétien. Tout le monde savait que M. Corriveau était l'organisateur sur la Rive-Sud, c'est bien normal de savoir ça.»

Ami de longue date de Paul Martin, Jacques Olivier n'était pas dans le même camp que Jacques Corriveau, un proche de Jean Chrétien. «Une chose est certaine, M. Corriveau et moi avons toujours eu, je dirais, des rencontres civilisées, mais on a rarement partagé les mêmes idées. [...] J'avais un ami personnel qui se présentait comme chef du parti, et je ne l'ai jamais laissé tomber.»

«Hypothétiquement, s'il m'avait posé ce genre de question-là, j'aurais pu lui dire: "Écoute ben, tu iras voir Corriveau"», a poursuivi M. Olivier, sans toutefois se rappeler d'avoir eu une telle conversation.