Anna Gainey remporte la course à trois de l’investiture libérale dans NDG-Westmount

Anna Gainey en 2016
John Woods Archives La Presse canadienne Anna Gainey en 2016

Proche du cercle de Justin Trudeau, la candidate Anna Gainey a remporté lundi soir la course à trois que représentait l’investiture libérale dans la circonscription de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount, laissée vacante par l’ancien ministre Marc Garneau. Au coeur des préoccupations des militants venus voter se trouvait celle de « préserver les droits » des anglophones.

Avant même que le résultat du décompte soit connu, ils étaient déjà nombreux à applaudir et à crier de joie au terme d’un bref discours tenu par la candidate vers 17 h dans une église de Westmount, deux heures avant la fin du vote.

Anna Gainey a appris qu’elle avait remporté l’investiture peu après 20 h 30, sous un tonnerre d’applaudissements de la part des dizaines de militants venus participer au dévoilement du résultat de ce vote.

« C’est vraiment un grand honneur d’avoir été choisie comme candidate libérale dans cette circonscription » , a lancé Mme Gainey, qui a été présidente du Parti libéral du Canada (PLC) de 2014 à 2018. « Je suis prête à me mettre au travail dès demain », a-t-elle ajouté dans un bref discours tenu essentiellement en anglais, après l’annonce du résultat. Elle a ensuite serré sa fille dans ses bras avant de quitter les lieux sans s’adresser aux médias.

Anna Gainey, qui est la fille de l’ancien directeur général des Canadiens de Montréal Bob Gainey, était la candidate la plus en vue dans le cadre de cette investiture. La mère de trois enfants avait d’ailleurs reçu publiquement l’appui de ténors libéraux ces derniers jours, à commencer par la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, de même que le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller.

Mme Gainey représentera donc le PLC dans la circonscription de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount lors de l’élection partielle qui aura lieu le 19 juin prochain. Ce siège est vacant depuis que l’ancien ministre des Transports puis des Affaires étrangères Marc Garneau a annoncé son départ de la politique, en mars dernier.

Trois candidats

Mme Gainey faisait toutefois face à un adversaire de taille, Fred Headon, qui a serré les mains de nombreux militants ayant voté pour lui lundi. Depuis 2006, il a occupé de nombreux postes au sein d’Air Canada, avant de devenir l’an dernier vice-président et conseiller général en droit du travail et de l’emploi au sein de la compagnie.

Cette investiture représentait cependant, pour le bénévole du PLC depuis 1988, une première tentative de devenir candidat à une élection. « Je me suis dit que j’étais rendu là dans ma carrière », a lancé M. Headon, tout sourire, quelques heures avant que le résultat de cette investiture ne soit dévoilé. La vitalité économique du secteur et l’intégration des immigrants comptaient parmi ses priorités, a-t-il indiqué en entrevue. 

Jonas Fadeu était certainement le candidat le moins connu de cette investiture. Il a d’ailleurs été accueilli sur scène par un silence pesant, pendant que se tenait le vote dans la pièce d’en face. Conseiller stratégique au cabinet de la ministre du Revenu national, M. Fadeu avait tenté sa chance aux dernières élections fédérales comme candidat libéral dans la circonscription de La Pointe-de-l’Île. C’est toutefois le bloquiste Mario Beaulieu qui y a obtenu un troisième mandat.

« Montréal a besoin d’être représentée par les gens qui l’habitent », a lancé M. Fadeu en entrevue, en soulignant l’importance d’augmenter la proportion de membres des minorités visibles à la Chambre des communes. « Il faut s’assurer que les députés noirs représentent la population. »

Droits des anglophones

Cette investiture est survenue le jour même de l’adoption à la quasi-unanimité lundi soir du projet de loi C-13 à la Chambre des communes. Le document poursuivra ainsi son chemin vers le Sénat avant de devenir officiellement une loi du Canada.

Or, ce projet de loi, qui propose une première réforme de la Loi sur les langues officielles depuis 1988 et qui crée une nouvelle loi sur l’usage du français dans les entreprises de compétence fédérale, est critiqué par plusieurs militants libéraux. Marc Garneau l’avait d’ailleurs lui-même critiqué dans les derniers mois, affirmant que celui-ci brimait les droits des anglophones au Québec.

« Les anglophones sont vraiment inquiets de ça. L’enjeu, c’est que le gouvernement ne devrait pas dire aux gens comment vivre leur vie », a fait valoir David Taylor, un militant libéral venu exercer son droit de vote dans le cadre de cette investiture.

Dans la langue de Shakespeare, d’autres militants rencontrés par Le Devoir ont fait part d’inquiétudes similaires lundi soir. « Les défis de la communauté anglophone, ils existent. C’est vrai qu’elle se sent un peu bousculée. Mais j’ai bon espoir qu’on est capable de reconstruire une situation où tout le monde se sent bien, tout le monde est respectueux, et que la question linguistique sera résolue de façon à plaire à tout le monde », a quant à lui déclaré Fred Headon.

En entrevue, il a fait valoir l’importance, selon lui, de mettre en place des programmes pour assurer « la vitalité de la langue anglaise » au Québec. « Une langue qui n’a pas de culture, ça meurt. »

Avec Boris Proulx

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