Scandale des commandites - Le Bloc s’accorde 48 heures pour décider s’il déposera une motion de censure

Blainville — Le Bloc québécois se donne 48 heures pour décider s’il déposera ou non une motion visant à renverser le gouvernement libéral à la Chambre des communes, a rapporté Radio-Canada hier.

Devant une centaine de militants à Blainville, au nord de Montréal, le chef bloquiste Gille Duceppe a déclaré que les libéraux fédéraux n’ont plus ni l’autorité morale ni la légitimité pour diriger le pays. Mais il a aussi indiqué hier dans une entrevue en anglais qu’il hésitait à provoquer des élections hâtives.
«On sait que les Québécois considèrent très largement que le Parti libéral n’a plus la légitimité morale ni l’autorité morale pour diriger le Canada et notre système repose sur la légitimité morale. Est-ce la même situation dans le reste du Canada? C’est ça qui n’est pas clair.»
Le leader souverainiste a aussi rappelé que sa machine électorale était prête. Toutefois, la certitude qu’a le Bloc québécois d’accroître ses gains aux dépens des libéraux au cours d’élections fédérales ce printemps ne suffit pas à justifier un scrutin, avait par ailleurs assuré M. Duceppe, en entrevue à l’émission Question Period du réseau CTV, un peu plus tôt hier.
Le leader souverainiste avait dit être certain que sa formation pouvait encore mieux se démarquer au prochain scrutin que l’an dernier. Il avait alors remporté 54 des 75 sièges du Québec aux Communes, privant ainsi le gouvernement libéral du premier ministre Paul Martin d’une majorité.
Selon des stratèges bloquistes, des piliers québécois du cabinet Martin, tels que Liza Frulla (Patrimoine) et Pierre Pettigrew (Affaires étrangères), pourraient tomber en cas d’élections, eux qui ont échappé de peu à la vague bloquiste de 2004.
Mais M. Duceppe a répété que l’argument électoraliste n’intervenait pas prioritairement dans son analyse sur l’opportunité de déposer une motion de censure en Chambre cette semaine.
«Nous sommes là pour défendre les intérêts supérieurs du Québec, a déclaré M. Duceppe à CTV. Et nous devons nous demander s’il est dans l’intérêt du Québec de déclencher des élections maintenant ou d’attendre un peu. Alors, on va voir.»
Le Bloc n’a pas intérêt à tenter de renverser le gouvernement libéral si les conservateurs et les néo-démocrates ne se rallient pas, a clairement laissé entendre le chef bloquiste.
Les rumeurs d’élections se font beaucoup plus insistantes depuis la semaine dernière, en raison du dévoilement du témoignage dévastateur de Jean Brault, le patron de Groupaction, à la commission Gomery.
Samedi, le chef conservateur Stephen Harper est intervenu dans une manifestation contre le mariage des couples de même sexe en dénonçant du même coup les libéraux et le scandale des commandites.
Il a esquivé une question sur le comportement de son parti advenant le dépôt par le Bloc d’une motion de censure durant la journée de l’opposition, jeudi, aux Communes.
Un sondage Ipsos-Reid publié samedi le met maintenant à quatre petits points du PLC, à 30 % contre 34. Mais les analystes conservateurs soutiennent qu’il est encore trop tôt pour évaluer si ce réalignement suffirait aux conservateurs pour arracher le pouvoir.
Le dirigeant du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton, a pour sa part adopté l’attitude de l’observateur. En tournée en Saskatchewan, il a confié à la Presse canadienne qu’il préférait d’abord jauger l’opinion des gens.