Ressac sans précédent contre les libéraux fédéraux

Ottawa — Les Canadiens ont été foudroyés avec une puissance et une rapidité jamais vues depuis le début du scandale des commandites par les révélations faites devant la commission Gomery par Jean Brault, l'ancien président de Groupaction. Depuis jeudi après-midi, les bulletins de nouvelles spéciaux sur les grands réseaux, les tribunes téléphoniques dévastatrices sur les ondes radiophoniques et les pages frontispices assassines des plus importants journaux du pays se multiplient. Le reste du Canada, qui suivait d'un oeil distrait les travaux de la commission Gomery depuis quelques semaines, vient d'être frappé par l'orage. Et pour les libéraux de Paul Martin, le ressac pourrait être sans précédent, soutiennent les analystes politiques interrogés par Le Devoir.

Les allégations de Jean Brault ont été qualifiées d'«explosives» et traitées comme telles partout au Canada. De Vancouver à Halifax en passant par Calgary et Toronto, les quotidiens ont lancé à leurs lecteurs des titres décapants, à la mesure des textes qu'ils coiffaient. Les une des journaux d'un océan à l'autre taillent littéralement en pièces le Parti libéral du Canada.

«La réaction au Québec était déjà très forte, les gens suivaient la commission Gomery comme un téléroman, mais il y avait moins de ferveur ici», explique Philip Resnick, politologue à l'université de la Colombie-Britannique. «Cependant, étant donné la dimension que prennent les révélations, il va y avoir un regain d'intérêt très fort, c'est certain. Ça fait les manchettes partout. Les gens voient les pratiques scandaleuses et, pour eux, c'est impardonnable.»

Même scénario dans la Ville-reine, où la population va de nouveau porter un oeil très attentif aux révélations à venir, selon Stephen Clarkson, politologue à l'université de Toronto. Selon lui, le témoignage de Jean Brault a eu l'effet d'un véritable électrochoc en Ontario «mais aussi ailleurs au pays». «À court terme, l'impact est énorme et dévastateur pour les libéraux. Pour la population, les sommes sont faciles à saisir, les enjeux sont clairs et le dossier est connu», a soutenu M. Clarkson.

À la radio et à la télévision, les tribunes citoyennes ne dérougissaient pas hier et jeudi soir, les citoyens criant leur indignation devant l'ampleur que prend le scandale. Les libéraux ont été décrits comme étant «corrompus» et «pourris», mais toute la classe politique en a pris pour son rhume.

Il s'agit d'une réaction épidermique compréhensible, soutient Richard Simeon, professeur de science politique et de droit à l'université de Toronto. «Les gens sont plus exigeants qu'il y a 20 ou 25 ans, dit-il. Nos médias sont aussi plus inquisiteurs et les citoyens ont davantage soif de transparence. Les attentes de la population envers la politique ont donc augmenté.»

Une couverture hors de l'ordinaire

Et la tempête ne risque pas de se calmer de sitôt, si on en croit l'attention que les quotidiens du pays ont accordée aux révélations de Jean Brault. En effet, les manchettes coups-de-poing étaient de mise hier. «Extorsion», titrait le Calgary Herald en gros caractères blancs sur fond noir avec, en guise de sous-titre, les mots «fraud, kickback, shady deal» («fraudes, ristournes, ententes louches»).

Si la couverture du Calgary Herald remporte la palme des manchettes assassines, photos et citations dévastatrices de Jean Brault à l'appui, ce journal est suivi de près par un grand nombre de quotidiens. Tous rivalisaient d'imagination hier pour bien faire comprendre à leurs lecteurs que la situation sort de l'ordinaire et que les allégations dépassent tout ce qui était connu jusqu'à maintenant dans le scandale des commandites.

Le Ottawa Sun, tabloïd de la capitale, titrait «Disgrace» («Une honte»), lui aussi en lettres blanches sur fond noir, avec, en sous-titre, «corruption éhontée». Le National Post, avec sa nouvelle mise en pages plus frappante en kiosque, y allait d'une première page complètement bleue avec, comme manchette, «Bombshell» («l'effet d'une bombe») en lettres de quatre pouces de hauteur. Le Post ne publiait aucun texte en une, seulement une citation de Jean Brault en gros format: «Il n'y a aucun doute à mon esprit. Ma compréhension était que l'argent était destiné au Parti libéral du Canada.»

L'influent Globe and Mail arborait bien en évidence, en lettres noires carrées, le titre «The smoking gun» («preuve tangible») sur toute la largeur de sa une, suivi d'un très long texte détaillé sur les allégations de Jean Brault. Le Toronto Star, qui a le plus fort tirage au pays, y allait d'un titre plus élaboré: «Secret testimony revealed - Cash funnelled to Liberals» («témoignage secret révélé: l'argent était dirigé ver les libéraux»).

Le Ottawa Citizen peut se targuer d'avoir publié le plus long texte à ce sujet au pays, faisant près de deux pages pleines. Le Vancouver Sun, le grand journal de qualité de la Colombie-Britannique, qui jouait aussi en manchette le témoignage de Jean Brault, affichait une mise en page intérieure toute en couleurs et remplie de montages graphiques et photos saisissants. Tous les journaux consacraient entre quatre et huit pages aux révélations du publicitaire maintenant le plus connu au pays.

Coups de sonde dévastateurs à venir

Le cocktail brassé par les révélations et le battage médiatique va incontestablement se répercuter dans les prochains sondages. Ceux-ci devraient montrer une chute importante des intentions de vote en faveur des libéraux, avancent Philip Resnick et Stephen Clarkson. Une descente aux enfers qui pourrait être comparable à celle consécutive au dépôt du rapport de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, en février 2004. Après les révélations de la vérificatrice, les libéraux avaient perdu 17 points dans les sondages nationaux, en route quelques mois plus tard vers un gouvernement minoritaire.

Et puisque le témoignage de Jean Brault va plus loin, décortiquant un système généralisé de pots-de-vin et de contributions illégales à une caisse secrète du PLC, l'opinion publique pourrait encore davantage prendre la formation politique de Paul Martin en grippe. «À court terme, c'est un sacré coup pour le Parti libéral. C'est très négatif pour lui. Les premiers sondages devraient montrer un net déclin pour les libéraux», affirme Philip Resnick.

Tout serait alors à refaire pour le PLC, qui avait repris du poil de la bête dans les derniers coups de sonde, prenant quelque 14 points d'avance sur les conservateurs. «Les intentions de vote vont chuter, c'est certain, il n'y a pas de doute possible, dit Stephen Clarkson. C'est le grand scandale. L'attention des gens est ravivée, et beaucoup plus qu'au cours des dernières semaines. Aussi, les révélations sont plus grosses que ce que la vérificatrice générale avait démontré.»

Pour le premier ministre Paul Martin, une campagne électorale dans quelques semaines serait très difficile à traverser. «Même si Paul Martin était un politicien habile, ce qu'il n'est pas, il serait impossible pour lui de soutenir une rage publique de cette ampleur, juge Stephen Clarkson. Et même si les élections ont lieu à l'automne, le rapport du juge Gomery ravivera les tensions.»

Le premier ministre devra également se battre contre la fatigue des électeurs à l'endroit du PLC. «Les électeurs n'ont jamais pu punir Jean Chrétien de ses agissements parce qu'il a démissionné pendant qu'il était au pouvoir. Les gens vont vouloir le faire payer, et c'est Paul Martin qui pourrait écoper. Le défi pour lui consiste à se dissocier de ce scandale», soutient Richard Simeon.

Les partis d'opposition à la Chambre des communes continuent d'ailleurs de jongler avec leurs options. Une motion de non-confiance qui ferait tomber le gouvernement n'est pas exclue au cours des prochaines semaines. Le Bloc québécois réfléchit toujours à la possibilité de le faire dès jeudi, même si la formation souverainiste pourrait laisser passer quelques semaines avant de s'allier aux conservateurs, actuellement moins enthousiastes à l'idée d'aller aux urnes aussi tôt.
1 commentaire
  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 10 avril 2005 12 h 29

    Tristes Sires et leurs sbires

    Les chefs-de-file francophones fédéralistes nous démontrent à travers les décennies leur respect de l`espace francophone au Canada.

    Sir Wilfrid Laurier fut le créateur des provinces du Saskatchewan et de l`Alberta mais n`eût pas le courage de défendre les droits à l`école publique francaise dans les prairies. Il avait dit:`Les francophones n`ont pas d`opinions. Ils n`ont que des émotions. Quel mépris!

    Pierre Elliot Trudeau adopta la loi des mesures de guerre et expédia 500 francophones en prison sans droit à l`habeas corpus. Il en rajouta en imposant la constitution rapatriée malgré le refus du Québec. Il utilisa la charte des droits et libertés fédérale pour discréditer celle du Québec et éroder la loi 101 de facon rétroactive.

    Jean Chrétien introduisit la loi sur la clarté référendaire, le plan B de partition, de connivence avec le petit Stéphane Dion, et les commandites.

    Ces tristes Sires on une chose en commun. Ils sont libéraux fédéraux et francophones d`origine.

    Le temps est venu d`interdire l`accès au gouvernement du Canada aux francophones québécois de service, mieux nantis une fois qu`ils ont trahi les leurs.

    L`indépendance est notre seule planche de salut. Une fois accomplie ces serviteurs de la cause canadienne auront à choisir de rester ou partir dans le pays de leur préférence. Le temps des politiciens vils et timorés est terminé.