Martin demande à l'opposition d'être patiente

Ottawa — Au lendemain de la publication des révélations fracassantes sur le scandale des commandites, les libéraux de Paul Martin ont sommé les partis d'opposition de retenir leurs envies d'élections précipitées, une demande qui a rapidement été accueillie par une rebuffade.

Les conservateurs n'ont pas pris de temps à dire non à la demande des libéraux, qui estiment que l'intérêt public ne serait pas servi si le gouvernement était défait avant la publication du rapport de la commission d'enquête sur les commandites présidée par le juge John Gomery. Le rapport final doit être présenté en décembre.

La fièvre électorale a grimpé d'un cran à Ottawa depuis la publication des révélations de Jean Brault, jeudi. L'ancien dirigeant de l'agence Groupaction s'est mis à table en révélant les dessous du scandale des commandites, des allégations qui risquent d'avoir des effets dévastateurs sur le Parti libéral du Canada (PLC) et sur la survie du gouvernement minoritaire de Paul Martin.

Pour tenter de limiter les dégâts, le gouvernement Martin a rapidement répété que le premier ministre n'avait rien à voir avec toute cette affaire et que, d'ailleurs, c'est lui qui a mis sur pied la commission d'enquête.

«On dit qu'on ne veut pas une élection tant et aussi longtemps qu'on n'a pas le rapport du juge Gomery pour savoir exactement ce qui s'est passé, a fait valoir Marc Roy, porte-parole du premier ministre Martin. Et qui joue avec la possibilité d'une élection? C'est le Parti conservateur et l'opposition.»

Hier, les conservateurs ont répliqué qu'ils n'ont absolument pas l'intention de se faire dicter leurs décisions par les libéraux, qui aimeraient trop pouvoir gagner du temps. Seule la population décidera, fait-on valoir dans le clan du chef Stephen Harper.

«Ni le Bloc québécois ni les libéraux ne dicteront la date des prochaines élections», a indiqué Dimitris Soudas, porte-parole de M. Harper.

Quant au Bloc québécois, il soupèse toujours la possibilité de présenter une motion de non-confiance à la Chambre des communes, peut-être dès jeudi, qui correspond à une journée d'opposition où le parti de Gilles Duceppe doit décider de la motion qui sera débattue.

Ça demeure dans l'ordre des possibilités, a répété M. Duceppe, hier, lors d'un point de presse tenu à Québec.

«J'ai comme principe que, lorsqu'on entreprend une bataille, il faut la gagner. Est-ce qu'il y a des chances qu'une motion soit adoptée ou pas? On considère ça, on verra», a dit M. Duceppe, qui a aussi réitéré qu'il croyait que le gouvernement de Paul Martin n'avait plus «l'autorité morale» pour demeurer au pouvoir.

Le Bloc compte analyser de près l'effet que les révélations de l'ancien patron de Groupaction auront au Canada anglais, tout au long de la fin de semaine, pour déterminer si l'opinion publique se transforme et, surtout, si la population semble se tourner vers les conservateurs.