Gagliano aurait dirigé une équipe de financement parallèle

Le successeur de Benoît Corbeil à la direction de la section québécoise du Parti libéral du Canada soutient avoir dissous en 2001 l'équipe de financement parallèle dont la tête dirigeante présumée était Alfonso Gagliano.

À son arrivée comme directeur général du PLC Québec, en mai 2001, Daniel Dezainde découvre une formation politique qui éprouve de sérieuses difficultés financières. Mais il y a un autre problème: des employés responsables du financement ne rendent pas compte de leur travail auprès du directeur général.

«Ils ne respectaient pas la ligne d'autorité. Ils se rapportaient ailleurs. C'était inacceptable pour moi parce que s'il y a quelque chose qui retrousse, comme patron, c'est toi qui dois en répondre. [...] J'ai donc mis à la porte Burryl Wiseman [...], qui relevait de M. Morselli qui, lui-même, se rapportait, je présume, à M. Gagliano parce qu'il était le lieutenant politique», a affirmé au Devoir M. Dezainde, aujourd'hui attaché de presse du ministre Jacques Sadaa.

Après son départ, M. Wiseman a été embauché par Jean Brault, de Groupaction, à la demande de Joe Morselli. Selon le témoignage de M. Brault, M. Wiseman recevait 5000 $ comptant par mois.

Devant la commission Gomery, Jean Brault a raconté avoir versé 1,4 million de dollars au PLC, notamment en argent comptant, à la demande de Benoît Corbeil, Jacques Corriveau, Joe Morselli et Alain Renaud. Ce dernier a empoché 1,1 million en honoraires à titre de lobbyiste.

M. Dezainde soutient n'avoir jamais vu les centaines de milliers de dollars issus du programme de commandites qui auraient transité par Groupaction pour aboutir dans les coffres du Parti libéral du Canada. «Si j'avais vu la couleur de cet argent-là, je n'aurais pas été pris à gérer la situation extrêmement difficile du parti. [...] Quand je suis arrivé, pendant plusieurs mois, rien n'entrait; pas un sou des entreprises. À un point tel que c'est ce qui nous a amenés à mettre en place une structure de financement populaire dont nous, soit les instances élues du parti, aurions le contrôle. C'est ce qui nous a permis de redresser la situation», a expliqué Daniel Dezainde, qui a déjà raconté tous ces faits à la Gendarmerie royale du Canada.

Le grand collecteur de fonds du PLC au Québec au cours de la dernière décennie, Paul Massicotte (sénateur nommé par Jean Chrétien en juin 2003), a donné l'assurance qu'il n'avait aucune connaissance de tout ce qui est révélé à la commission Gomery. Plus tôt cette semaine, il a précisé au Devoir qu'il avait été responsable du financement dirigé vers la permanence nationale. Il organisait chaque année le souper-bénéfice du premier ministre Jean Chrétien, veillait à grossir les rangs du club Laurier (1000 $ par année) et sollicitait les dons des entreprises. Mais le sénateur Massicotte n'a aucun souvenir d'avoir sollicité Groupaction, Lafleur, Gosselin et autres Groupe Everest. «Je ne me souviens pas d'avoir sollicité ces entreprises. Mais avoir su que ces compagnies faisaient autant d'argent, on aurait dû leur demander une certaine aide», a-t-il affirmé.

De passage hier à Montréal, le lieutenant québécois du premier ministre Paul Martin, le ministre Jean Lapierre, a réitéré son interprétation du scandale des commandites, soit que des libéraux sans scrupules ont floué le PLC. «Moi, j'ai l'impression que c'est un groupe isolé. Il faudra voir», a dit M. Lapierre, qui s'attend à ce que les travaux de la commission Gomery nous en fassent «voir des vertes et des pas mûres dans les 60 prochains jours».

Devant la possibilité d'un déclenchement rapide des élections, M. Lapierre ne s'est guère montré enthousiaste. «Moi, je n'ai aucune presse, je peux vous le dire. C'est évident que nous, on veut que la commission fasse son travail. Quand le rapport sera rendu public, peut-être que les partis d'opposition décideront à ce moment-là, dans leur évaluation, que le peuple doit décider. Nous, on a commandé la commission Gomery. La GRC est là-dedans. Et on espère que s'il y a des coupables, ils vont se faire arrêter pis ils vont se faire pogner.»

Avec la collaboration de Jeanne Corriveau