«On n'a rien à se reprocher», dit Jean Charest

Québec — Le témoignage de Jean Brault à la commission Gomery a révélé que Groupaction avait grassement financé non seulement les libéraux fédéraux mais aussi les libéraux de Jean Charest et même le Parti québécois.

Groupaction a versé 50 000 $ à la campagne électorale de Jean Charest en 1998 par l'entremise du Groupe Everest, une firme proche du député de Sherbrooke, a affirmé M. Brault. De son côté, le Parti québécois a reçu 100 000 $ en deux ans, a-t-il soutenu. Cette somme a transité par 17 employés de Groupaction qui ont personnellement contribué à la caisse du PQ, un parti politique n'ayant pas le droit d'accepter une contribution d'une entreprise en vertu de la loi québécoise.

De Rome, où il assistera aux funérailles de Jean-Paul II, Jean Charest a indiqué que le PLQ avait fait des vérifications et «qu'on n'avait pas trouvé de trace» de ces 50 000 $. «On n'a rien à se reprocher», a-t-il dit.

Par voie de communiqué, la direction du PLQ a répété la même version. «Aucune entreprise n'a versé quelque montant que ce soit au Parti libéral du Québec», a déclaré le directeur général du PLQ, Robert Parent.

Rares sont les ministres et députés libéraux qui ont accepté de commenter l'affaire hier. Le député de Verdun, Henri-François Gautrin, ne s'est pas fait prier. «Ce n'est pas parce que M. Brault le déclare que c'est vrai. Je pense que c'est complètement faux», a-t-il dit.

Il est vrai que si une telle somme de 50 000 $ avait été versée par des gens qui auraient respecté le plafond annuel des contributions de 3000 $ par personne, ni le PLQ ni le Directeur général des élections (DGE) n'auraient pu en trouver la trace.

Mais cela ne signifie pas que la Loi électorale du Québec n'a pas été enfreinte. Le porte-parole du DGE, Clément Falardeau, a expliqué hier qu'une personne qui contribue à la caisse électorale d'un parti doit le faire non seulement elle-même mais «à même ses propres biens». Or, en l'occurrence, les prête-noms se faisaient rembourser par Groupaction. Après cinq ans, il y a prescription, et le DGE ne pourra pas enquêter sur cette contribution de Groupaction.

«Je n'apprécie pas que l'on veuille transposer ce débat à l'Assemblée nationale du Québec», a dit le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier. «C'est une opération fédérale» menée par «des acteurs fédéraux», estime-t-il.

Tout en soulignant la qualité du processus démocratique au Québec. M. Pelletier a dit qu'il examinerait le phénomène des entreprises qui contribuent aux partis politiques en se servant d'individus.

Le directeur des communications, Michel Guitard, qui a été à l'emploi du Groupe Everest pendant 15 ans et qui a travaillé à la campagne de M. Charest en 1998, n'a pas rappelé Le Devoir hier. On ne sait pas si les 50 000 $ versés par Groupaction ont servi à payer ses honoraires.

Lorsque le scandale des commandites éclate sur la place publique, en 2002, Michel Guitard est vice-président aux relations publiques au Groupe Everest, un joueur important dans la controverse, comme Le Devoir l'avait révélé à l'époque. Le Groupe Everest est très lié à la carrière politique de Jean Charest. Par l'entremise du cofondateur d'Everest, Jean-Bernard Bélisle, un ami de Jean Charest, Claude Lacroix est devenu un pilier de l'équipe Charest. Suzanne Poulin, la conjointe de Claude Lacroix, a été la principale collaboratrice de Jean Charest de 1984 à 1998 au Parti conservateur du Canada. Par la suite, elle l'a suivi au Parti libéral du Québec. Le Groupe Everest a été l'artisan de ce passage difficile. Après la défaite libérale de 1998, le Groupe Everest a été écarté, et le seul à avoir survécu à ce grand ménage est Michel Guitard.

Ce que le témoignage de Jean Brault nous a appris hier sur le financement du Parti québécois par Groupaction, Alain Renaud, un libéral notoire et employé de Groupaction, l'avait révélé plus tôt cette semaine. Outrés de se faire entraîner dans le scandale des commandites, les péquistes ont nié avoir reçu 100 000 $ de la firme de communication, qui avait espoir de conserver un contrat lucratif avec la Société des alcools du Québec (SAQ).

Selon le député de Chicoutimi, Stéphane Bédard, Alain Renaud, qui a été entre 1996 et 1999 président du Comité des finances du PLQ, est la «véritable cheville ouvrière du scandale des commandites». Les libéraux cherchent à faire de la diversion, à commencer par Jean Lapierre, alors que la commission Gomery montre que le PLC «a instauré un système généralisée de corruption», a dit M. Bédard.

Dans son témoignage, M. Brault affirme qu'il a rencontré une responsable du financement du PQ qui lui a demandé 50 000 $ pour assurer l'avenir de son contrat à la SAQ. La direction du PQ a nié cette allégation, a rappelé M. Bédard, et la meilleure preuve en est que le contrat de la SAQ n'a pas été reconduit avec Groupaction. Des employés de la firme ont contribué à la caisse du PQ, a toutefois dû convenir M. Bédard.