Le témoignage de Jean Brault

Se décrivant lui-même comme un homme d'affaires peu scrupuleux, Jean Brault a financé le Parti libéral du Canada (PLC) par toutes les voies imaginables — légales ou non — à la demande des ténors de la formation politique. Voici les points saillants de ses six jours de témoignage devant la commission Gomery.

- L'État et le politique «ne faisaient qu'un» dans le programme fédéral de commandites. S'il n'avait pas été aussi généreux à l'égard du PLC, Jean Brault est convaincu qu'il n'aurait jamais obtenu autant de contrats de la part du gouvernement.

- De 1996 à 2002, Groupaction a touché 60,8 millions de dollars en contrats de commandite, permettant ainsi à son fondateur, M. Brault, d'empocher plus de 6 millions de dollars uniquement en revenus et dividendes.

- Jean Brault, ses compagnies et des proches qu'il a toujours remboursés ont versé 166 000 $ en contributions légales au PLC de 1996 à 2002. Les contributions occultes du publicitaire, faites sous forme de versements d'argent comptant, de paiement de factures du parti et d'honoraires versés à des travailleurs d'élections, oscillent autour de 1,4 million de dollars.

- Jean Brault est entré dans les bonnes grâces d'influents membres de la famille libérale en versant des honoraires de 1,1 million de dollars à Alain Renaud, un «ouvreur de portes» littéralement prêté au PLC par Groupaction et apprécié de tous — y compris par le ministre Alfonso Gagliano —, ce qui, en retour, a valu des contrats de commandite à l'agence.

- Benoît Corbeil (directeur général du PLQ), Jacques Corriveau (ami de Jean Chrétien et imprimeur du PLC), Joe Morselli (organisateur de M. Gagliano) et Alain Renaud sont les quatre personnes qui ont sollicité Jean Brault pour renflouer les coffres de la formation politique par tous les moyens possibles, souvent en argent liquide.

- Les demandes du PLC dépassaient la volonté de payer de Jean Brault, qui a dû négocier à la baisse. Les ténors du parti ont même poussé l'audace jusqu'à lui refiler des factures pour la rénovation de locaux, des appels téléphoniques ou la fourniture d'équipement de bureau, qu'il a refusé de payer trois fois plutôt qu'une.

- Groupaction a versé près d'un demi-million de dollars à Pluri-Design, la firme de Jacques Corriveau, sur présentation de factures pour des services jamais rendus. Ces sommes étaient exigées de Jean Brault pour ce que M. Corriveau appelait «la cause» et ont été versées sous la forme d'une ponction de 10 % sur toutes les commissions de Groupaction dans la gestion de la commandite de Polygone/Expour, deux sociétés appartenant à Luc Lemay et dont Denis Coderre était le directeur général avant de se lancer en politique.

- À la demande de Benoît Corbeil et Jacques Corriveau, Groupaction a pris à sa charge deux bons militants libéraux, Serge Gosselin et John Welch (l'actuel chef de cabinet de Liza Frulla), en leur versant des honoraires annuels de 80 000 $ et 97 000 $ sans qu'ils accomplissent une heure de travail pour l'agence de publicité. Le premier a écrit un livre sur Alfonso Gagliano tandis que le second a réalisé du travail pour le compte du parti.

- Jean Brault a proposé 100 000 $ à Joe Morselli pour qu'il intercède en sa faveur afin de permettre à Groupaction de garder un contrat avec le ministère de la Justice dans le cadre du registre national des armes à feu, en 2002. Le contrat a été sauvé, mais seulement la moitié du paiement a été faite en raison des enquêtes de la vérificatrice générale dont M. Brault faisait l'objet.

- Jean Brault a versé 50 000 $ à la campagne électorale de Jean Charest lors des élections provinciales de 1998. L'argent a transité par le Groupe Everest, propriété de Claude Boulay, qui a facturé des services fictifs à Groupaction afin de justifier le paiement. Jean Brault a aussi versé 100 000 $ en deux ans au Parti québécois en utilisant 17 de ses employés comme prête-noms.

- Lithographie Dickson, une entreprise appartenant au fils d'Alfonso Gagliano, Vincent, a reçu 185 267 $ en contrats de sous-traitance de la part de Groupaction. M. Brault, soucieux d'encourager «les enfants de nos amis», a aussi trouvé un stage chez Naya pour la fille du ministre des Travaux publics, Imma.

- Une ordonnance de non-publication partielle a été maintenue sur les portions du témoignage de M. Brault portant sur Charles Guité, l'ex-directeur du programme des commandites.