Les dollars coupables

Le juge John Gomery a levé hier après-midi l’interdit de publication qui pesait sur le témoignage de Jean Brault, de Groupaction.
Photo: Pascal Ratthé Le juge John Gomery a levé hier après-midi l’interdit de publication qui pesait sur le témoignage de Jean Brault, de Groupaction.

Jean Lapierre a promis, lors de son retour en politique, que les libéraux rembourseraient l'argent sale qu'ils auraient reçu grâce au programme fédéral des commandites. À la lumière du témoignage de Jean Brault, la note sera salée: 1,4 million de dollars.

Le Devoir a comptabilisé les principales révélations faites par M. Brault au sujet de ses paiements en argent comptant, contributions formelles, fausses factures et honoraires versés aux têtes dirigeantes du Parti libéral du Canada (PLC) et à ses principaux collaborateurs. Voici les principales traces de cet argent.

Jacques Corriveau, un ami personnel de Jean Chrétien, a touché 10 % de la commission de 12 % que Jean Brault a perçue sur les commandites de 42,3 millions de Polygone/Expour. Total: 430 370 $.

Le directeur général du PLC Québec, Benoît Corbeil, a exigé 400 000 $ en argent comptant de Jean Brault, mais l'habile négociateur est parvenu à faire diminuer cette somme à 60 000 $ et à la payer avec une facturation de nature non précisée. «C'était ridicule. On me disait qu'il y avait un déficit de un million, puis que tout allait s'arranger dans les futurs contrats qui s'en venaient», s'est souvenu M. Brault. À une autre occasion, M. Corbeil a exigé 50 000 $, somme payée en deux versements liquides de 15 000 et 35 000 $ chacun par M. Brault, ce qui a valu des remerciements empressés du directeur général du parti. Total: 110 000 $.

À la suggestion de Jacques Corriveau, Serge Gosselin a passé un an à l'emploi de Groupaction sans mettre les pieds une seule fois au bureau en 1996. L'année suivante, il publiait un livre sur le ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano. Total: de 80 000 à 84 000 $.

À la demande de Benoît Corbeil, John Welsh, l'actuel chef de cabinet de Liza Frulla, a passé environ un an chez Groupaction, isolé dans un coin et libre de son temps. «Il était très actif au téléphone, et on doit comprendre qu'il faisait du travail d'une forme ou d'une autre pour le parti», a dit M. Brault. Total: 97 000 $.

Alain Renaud, le lobbyiste de bonne famille libérale embauché par Jean Brault pour s'attirer les faveurs du PLC et obtenir des contrats, a présenté une facture à Groupaction pour des dépenses encourues presque exclusivement dans le cadre de son implication «bénévole» au PLC. Total: 400 000 $.

Pour acheminer une contribution non déclarée au PLC, Groupaction a acquitté une facture d'Alain Renaud pour des services obscurs. M. Renaud s'est chargé de verser la contribution au parti. Total: 63 500 $.

Jean Brault s'est rendu à un cocktail de Noël du PLC en 2001 avec une enveloppe pleine de billets verts qu'il a remise à Joe Morselli, le principal organisateur politique d'Alfonso Gagliano. Assis entre Claude Boulay, le patron du groupe Everest, et son épouse, M. Brault s'est décrit comme «la rose entre deux épines». Total: 25 000 $.

M. Brault a promis 100 000 $ à Joe Morselli si le travailleur d'élections s'avérait en mesure de retarder un appel de candidatures du ministère de la Justice pour le registre national des armes à feu, permettant ainsi à Groupaction de compléter le travail. Un seul paiement en liquide a été fait. Total: 50 000 $.

À la suite d'une dispute à la permanence du parti, un important collecteur de fonds dans la communauté juive, Buryll Wiseman, a été payé en argent comptant par Groupaction pour poursuivre son travail, à la demande de Joe Morselli. Total: 25 000 $.

Mal à l'aise devant la perspective de travailler pour l'équipe de publicitaires à la solde du PLC en 1997 tout en étant un donateur du Parti québécois, M. Brault a prêté un de ses employés, Richard Boudreault, au consortium BCP. Celui-ci a reçu une compensation pour son rôle dans la campagne au moyen de fausses factures acheminées par la firme de vérification de Groupaction, Harel Drouin. Total: 24 308 $.

M. Brault s'est servi de Commando Marketing, propriété de Bernard Thiboutot, pour payer le parti et des militants libéraux, dont Franco Iacono, adjoint de M. Gagliano, Guy Bisson, président de la Commission des aînés du PLC, Michel Monette, ex-adjoint politique de Daniel Johnson au PLQ, Jacques Roy, ex-employé du Conseil du trésor fédéral, et Louis Pichette, un conseiller démissionnaire de Jean Charest. Total: 70 000 $.

Le PLC a acheminé la facture pour la réalisation d'un vidéo promotionnel à Groupaction, qui a payé sans rechigner. Total: de 23 000 à 24 000 $.

Deux factures du PLC pour des soupers à La Tarentella et au Printemps Gourmet, peu avant la période des Fêtes, ont été acheminées à Groupaction en 1999 et 2000. Total: 13 449 $.

Gaby Chrétien, le frère de l'ex-premier ministre, a sollicité l'aide de Jean Brault pour la campagne libérale de Yolande Thibault dans la circonscription de Saint-Lambert. M. Brault habite la Rive-Sud et connaît Gaby Chrétien depuis leurs beaux jours à l'hippodrome Blue Bonnets. «Je lui ai dit: "Oui, je ne veux pas de détails, fais-moi une facture."» Total: 4000 $.

De 1996 à 2002, M. Brault, ses entreprises et ses employés (qu'il se faisait un devoir de rembourser en bonis) ont inondé le PLC de dons légitimes avec la certitude que cette générosité serait prise en compte dans l'octroi des contrats de commandite. Total: 166 000 $. Il s'agit là du seul volet déclaré des contributions politiques de Jean Brault à la caisse libérale. Les apports obscurs énumérés ci-dessus se chiffrent quant à eux à 1,4 million de dollars.
1 commentaire
  • marie-paule viau - Inscrite 8 avril 2005 19 h 51

    l'affaire des commandtites

    Savez-vous pouquoi le procureur federal a-t-il accusé j.brault et les autres au criminel s'ils savaient qu'ils devaient être témoins devant la commission Gomery?

    MP.Viau