Commission Gomery - Des remous jusqu'à Québec

Québec — Le Parti libéral du Québec et le Parti québécois sont placés sur la défensive alors que le scandale des commandites soulève maintenant un malaise grandissant à Québec.

Selon un ancien employé de Groupaction, Alain Renaud, dont les propos ont été rapportés par La Presse hier, le principal organisateur de l'ancien ministre Alfonso Gagliano, Joe Morselli, a participé à ses côtés au financement de la campagne électorale du chef libéral Jean Charest en 1998. Les activités de financement organisées par M. Morselli, un homme d'affaires de Saint-Léonard, ont toutefois été conformes à la loi. Or le nom de Joe Morselli a été mentionné devant la commission Gomery. L'ancien président de Lafleur Communication Marketing, Jean Lafleur, a révélé que M. Morselli lui avait demandé de contribuer à la caisse électorale du Parti libéral du Canada avant la campagne électorale de 1997.

Les membres du gouvernement Charest ont refusé, hier, de discuter ouvertement des activités de Joe Morselli au PLQ en 1998. «Nous, on a fait les choses selon les règles de l'art, les lois électorale. À ce qu'on en sait, on n'a rien à se reprocher. Je pense que toutes les vérifications et tout ce qui doit être fait vont être faits. S'il y a quoi que ce soit, les instances du parti vont voir. Mais à ma connaissance, il n'y a aucune manoeuvre ou quoi que ce soit», a lancé le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Claude Béchard. Mitraillé de questions, le premier ministre Jean Charest a refusé de faire des commentaires. L'attachée de presse de M. Charest, Marie-Claude Champoux, a confirmé que MM. Renaud et Morselli sont des militants libéraux, mais elle a précisé que ceux-ci n'avaient «pas de responsabilités officielles nationales» lors des élections de 1998.

Au PLQ, les informations étaient données hier au compte-gouttes. Tout au plus précisait-on qu'Alain Renaud a siégé à la commission des finances du parti de novembre 1996 à 1999. Son collègue Joe Morselli est un militant depuis les années 1970. Lui aussi a joué un rôle au sein de la commission des finances de 1995 à 2000. Selon ce que des sources ont raconté au Devoir, M. Morselli a été écarté après la défaite de 1998: des informations du PLQ circulaient au PLC. Avec le retour des piliers de l'ère Bourassa, l'équipe en place ne prisait pas cette façon de faire. Joe Morselli a une longue feuille de route dans les couloirs de la politique. Il a toujours été aux côtés d'Alfonso Gagliano.

Devant les caméras, des ministres et des députés libéraux se sont faits rassurants et ont défendu l'honneur du PLQ. «Je n'ai aucune indication me faisant croire qu'on devrait être inquiets. On a des règles démocratiques bien établies au niveau du financement des partis politiques. J'ai confiance en nos institutions», a affirmé le député de Hull, Roch Cholette.

Selon Claude Béchard, le scandale des commandites ternit l'image de l'ensemble des politiciens. «Les grands perdants là-dedans, c'est la classe politique en général. C'est comme dans les aéroports. Il y a des centaines d'avions qui décollent tous les jours, et c'est quand il y en a un qui s'écrase que tout le monde a peur de prendre l'avion. C'est exactement ce qui est en train d'arriver avec la commission Gomery. C'est en train de nuire à tout le monde.»

Émoi au Parti québécois

Le Parti québécois a nié catégoriquement hier avoir reçu des sommes d'argent de la part de Groupaction. Dans des entrevues accordées à quelques médias hier, Alain Renaud a révélé que Groupaction avait versé au PQ 100 000 $ à la fin des années 90 dans l'espoir de conserver un contrat de publicité de la Société des alcools du Québec (SAQ) d'une valeur de quatre millions de dollars.

Groupaction n'a jamais versé un seul sou à la caisse électorale du PQ, a assuré le directeur général du PQ, Pierre Châteauvert. «C'est une tentative éhontée et désespérée d'associer le Parti québécois à un système fédéral de corruption institutionnalisé par le Parti libéral du Canada», a-t-il ajouté.

Le gouvernement péquiste avait lancé en 1998 un appel d'offres concernant ce contrat de publicité de la SAQ. Groupaction, qui détenait ce contrat depuis 1989, avait tenté sans succès de le conserver. Une autre agence avait finalement été retenue. «Les règles du Conseil du trésor ont toujours été suivies. Et le fait que le contrat de Groupaction n'a pas été renouvelé après un appel d'offres en 1998, c'est une démonstration encore plus évidente qu'on n'a rien à se reprocher», a souligné M. Châteauvert.

Néanmoins, selon les vérifications faites par le PQ, l'ancien président de Groupaction, Jean Brault, a acheté quatre billets de 200 $ pour participer à un cocktail de financement en 1999. Il a remis un chèque personnel de 800 $ au PQ. Cette opération est conforme à la loi électorale, a martelé M. Châteauvert. La contribution maximale permise s'élève en effet à 3000 $. Jean Brault n'a pas versé d'autres sommes au parti, selon le directeur général. «Il n'y a pas moyen de faire de liens dans nos affaires entre une firme et le financement du parti. On n'a rien à se reprocher», a-t-il dit.

Le chef du PQ, Bernard Landry, refuse toutefois de garantir que d'autres employés de Groupaction n'aient pas versé au PQ des contributions personnelles qui leur ont été remboursées ensuite par leur employeur. «Comment pourrais-je le dire et qui peut le dire?», a-t-il répondu.

Or, selon un reportage de Radio-Canada diffusé hier soir et toujours basé sur les propos d'Alain Renaud, Groupaction avait financé le PQ par l'intermédiaire d'une quinzaine d'employés, puisque les contributions d'entreprises sont interdites au Québec. Huit employés ont versé des sommes totalisant 40 000 $, selon les vérifications faites par Radio-Canada.

Par ailleurs, Bernard Landry a tourné en ridicule le lieutenant politique de Paul Martin au Québec, Jean Lapierre, qui considère qu'une enquête policière devrait être instituée sur l'argent des commandites dont auraient pu bénéficier le Parti québécois et le Bloc québécois. Selon M. Landry, le PLC cède maintenant à la panique.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque et la Presse canadienne